Léonora Miano, La saison de l’ombre

Éd. Grasset, 2013, 237 p., 17 €

Clémence Boyer

p. 61

Bibliographical reference

Léonora Miano, La saison de l’ombre, Éd. Grasset, 2013, 237 p.

References

Bibliographical reference

Clémence Boyer, « Léonora Miano, La saison de l’ombre  », Revue Quart Monde, 233 | 2015/1, 61.

Electronic reference

Clémence Boyer, « Léonora Miano, La saison de l’ombre  », Revue Quart Monde [Online], 233 | 2015/1, Online since 01 September 2015, connection on 29 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7852

L’auteure est camerounaise de naissance et vit en France depuis 1991. Elle évoque, dans ce roman anthropologique et poétique, les rapports plus ou moins commerciaux et belliqueux qu’entretiennent des communautés africaines noires, isolées géographiquement.

Elle se penche surtout avec compassion sur l’ethnie Mulongo, qui vient d’être incendiée et dont douze adolescents en cours d’initiation ont été enlevés, avec leurs guides. Cette ethnie, déjà déplacée sur un nouveau territoire pour cause de dangers encourus, reste ancrée dans ses traditions : transmission du pouvoir par une femme aux hommes seulement, après consultation d’une commission de sages âgés. C’est ainsi qu’est décidé le confinement, dans une case, des mères « dont les fils n’ont pas été retrouvés », pour conjurer sur elles le mauvais sort. Mais une matrone, très respectée, prend leur défense, tandis que le jeune chef décide de partir à travers la brousse, avec seulement une garde de huit hommes, pour s’enquérir du devenir des disparus auprès de l’ethnie avec laquelle les Mulongo commercent : les Bwele. De leur côté, des mères et des enfants, à la personnalité plus dynamique que d’autres, entreprennent ce même voyage risqué.

Il s’avère que les Bwele ont capturé ces garçons pour les échanger contre des biens précieux (armes, bijoux) avec une autre ethnie côtière, elle-même tributaire de navigants en pirogues sur l’Océan. Finalement, l’ethnie Mulongo sera exterminée.

Cette tragédie met en valeur les malheurs et les tensions de cette ethnie, mais encore plus la vie spirituelle propre à chaque être (sens du mystère, prémonition, interprétation de l’ombre comme maléfice, recherche de la vérité…), en dépit de tous les obstacles, symbolisés par la boue, la marche pénible, l’assistance, la quête de découvertes jusqu’à l’Océan, limite de la Création.

Ce roman a obtenu le Prix Femina, peut-être justement grâce à la puissance du style, des symboles, et surtout de la résistance courageuse de ces femmes, opprimées.

Clémence Boyer

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