Pierre Merle, La ségrégation scolaire

Éd. La Découverte, 2012, 128 p.

Clémence Boyer

p. 61-62

Bibliographical reference

Pierre Merle, La ségrégation scolaire, Éd. La Découverte, 2012, 128 p.

References

Bibliographical reference

Clémence Boyer, « Pierre Merle, La ségrégation scolaire », Revue Quart Monde, 229 | 2014/1, 61-62.

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Clémence Boyer, « Pierre Merle, La ségrégation scolaire », Revue Quart Monde [Online], 229 | 2014/1, Online since 01 September 2014, connection on 30 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7878

L’auteur, sociologue et professeur à l’IUFM (ESPE) de Bretagne, entreprend - au moyen d’études historiques, structurelles et statistiques - une démonstration implacable de l’écart de niveaux d’« éducabilité » et de qualité des établissements scolaires pour les enfants de familles aisées d’une part et ceux d’origine modeste d’autre part. Et ceci dès l’enseignement primaire et encore plus au lycée et dans les classes préparatoires aux grandes écoles.

Il reprend toute l’histoire de la ségrégation scolaire. D’abord, les filles n’ont été scolarisées qu’à la fin du 19ème siècle, puis admises dans des lycées ad hoc. A partir de 1960, elles sont en classes mixtes, mais orientées plutôt vers des diplômes littéraires ou professionnels et non scientifiques. Des ségrégations tant ethniques qu’académiques ont ensuite amplifié les discriminations sociales.

Ainsi, les parents aisés ont choisi pour leurs enfants les établissements prestigieux et les diplômes les plus performants que les parents pauvres ne peuvent offrir aux leurs. Or, le monde du travail exige de plus en plus de diplômes et la sélection est de plus en plus sévère, réservée à ceux qui bénéficient de relations.

Le collège unique, créé en 1975 par la réforme Haby, a sans doute ouvert l’entrée du lycée aux jeunes de milieu populaire.

Mais il fait place, après 2007, au « collège pour chacun », afin de tenir compte :

- des « mérites » divers, assimilés aux dons d’intelligence - comme si la compétence intellectuelle n’était pas éducable ;

- du choix de filières de lycées plus cotées.

Sans doute, une carte scolaire a été instituée pour rapprocher les habitants d’un même quartier, mais elle est vite contournée par de fausses domiciliations ou des demandes d’options de langues européennes que ne peuvent fournir certains collèges de quartiers, d’autant plus que la mixité sociale des villes se désagrège fortement.

La création de zones d’éducation prioritaires (ZEP), puis de réseaux d’ambition-réussite (RAR) et d’internats d’excellence, devait procurer une remise à niveau des collégiens en difficulté, grâce à des classes moins chargées et à des travaux pratiques. Mais elle n’a pas amélioré leur niveau, faute de professeurs expérimentés et faute d’une émulation stimulante. L’étiquetage ’éducation prioritaire’ a par ailleurs stigmatisé ces établissements, accentuant la ségrégation scolaire.

Les établissements privés en ont profité, comme refuge pour les enfants de milieux aisés, offrant plus de choix, à des coûts plus élevés, alors qu’ils avaient été fréquentés par des enfants de milieux modestes, suite à leur faible coût lié à la prise en charge par l’État des salaires des enseignants.

La comparaison des systèmes d’enseignement par PISA - qui ne classe pas le système français parmi les meilleurs - montre l’efficacité des politiques éducatives moins ségrégatives :

- régulation des choix familiaux,

- homogénéisation des zones urbaines et des enseignements publics et privés,

- référence aux efforts, aux réussites des jeunes plutôt qu’à leurs mauvaises notes ponctuelles, à leurs échecs.

Ainsi la Finlande, qui a réalisé le collège unique, avec une affectation scolaire très régulée, se classe parmi les premiers. Elle ne note pas les enfants du primaire et seulement de 1 à 4 pour ceux du secondaire.

Un ouvrage éclairant, pédagogique, exigeant cependant une lecture attentive à cause de tous les tableaux insérés, doté d’une documentation riche qui s’accompagne d’une bibliographie de 7 pages.

Clémence Boyer

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