Franklina Blass, Je m’appelle Tigre

Traduit de l’Américain, « Marvin and Tiger » (St-Martin Press, 1977) Editions Stock, Paris, Collection « Bel Oranger », 1986, 271 pages

Sylvie Daudet

Bibliographical reference

Franklina Blass, Je m’appelle Tigre, Traduit de l’Américain, « Marvin and Tiger » (St-Martin Press, 1977) Editions Stock, Paris, Collection « Bel Oranger », 1986, 271 pages

References

Electronic reference

Sylvie Daudet, « Franklina Blass, Je m’appelle Tigre », Revue Quart Monde [Online], 126 | 1988/1, Online since 01 October 1988, connection on 05 March 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8760

Tigre est un petit garçon noir des quartiers pauvres d’Atlanta, qui après le décès de sa mère, il a alors onze ans, va rencontrer Martin, un blanc d’une cinquantaine d’années. Ils vont vivre un certain temps en marge de la société, et l’amitié qui se tissera entre eux va prendre progressivement plus d’importance que leurs difficultés d’existence.

Quand il vit encore chez sa mère, l’enfant connaît une vie précaire. Vanessa, prématurément vieillie par un travail dans une usine où elle tue et conditionne des poulets, est malade et ne peut plus faire face aux échéances de loyer et aux factures. Elles pressent sa fin : « même pas trente ans et déjà prête pour le trou ».

Tigre manque l’école pour vendre des journaux et utilise toutes sortes de combines pour rapporter un peu d’argent et de quoi manger. Il porte sur sa mère un regard plein de compréhension et d’amour. Quand elle lui dit : « j’fais tout c’que je peux pour toi, fiston. J’peux pas faire plus ». Tigre commente : « ça se terminait toujours comme ça ». Elle se sent coupable de ne pas pouvoir faire plus ; il se sent responsable de cette culpabilité.

La rencontre avec Martin, leur amitié, l’apprentissage du respect de l’autre vont modifier leurs deux vies. Martin est frappé, comme le lecteur, par le pessimisme du jeune garçon persuadé qu’il ne dépassera pas onze ans. Devant Martin qui fouille les poubelles en poussant un caddie, Tigre se voit « grandir pour finir comme lui : un adulte qui récupère les ordures des autres ».

Ce livre est attachant notamment parce que la société américaine avec ses injustices et ses laissés pour compte y est vue à travers les yeux d’un enfant. Martin dit de Tigre qu’il est très facile d’oublier que c’est un enfant car il a le regard lucide et désabusé de l’adulte qu’il n’est pas encore et la capacité d’émerveillement, d’oubli mais aussi d’intransigeance de l’enfance. C’est avant tout un ami.

CC BY-NC-ND