Elise Fischer, Les enfants de l’apartheid

Collection "Les enfants du fleuve", Fayard, Paris, 1988

Dominique de Saint Géraud

Bibliographical reference

Elise Fischer, Les enfants de l’apartheid, Collection "Les enfants du fleuve", Fayard, Paris, 1988

References

Electronic reference

Dominique de Saint Géraud, « Elise Fischer, Les enfants de l’apartheid », Revue Quart Monde [Online], 133 | 1989/4, Online since 18 May 2020, connection on 09 December 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8881

Même si l’on a le sentiment d’être extrêmement sensibilisé à la gravité de cette question, à travers les nombreuses campagnes de presse sans résultat depuis plus de vingt ans, il faut lire ce livre très courageux qui dénonce l’inacceptable : les arrestations arbitraires et les tortures perpétrées sur des enfants, sans parler des assassinats et des « disparitions. »

Après avoir consacré une trentaine de pages à retracer dans ses grandes lignes l’histoire de l’Afrique du Sud qui permet de mieux comprendre les racines de la politique de l’apartheid, Elise Fischer laisse ensuite la parole à Audrey Coleman, une mère de famille sud-africaine blanche qui, malgré les risques encourus, est venue plaider en Europe et devant l’ONU la cause des enfants détenus et torturés. Elle est le porte-parole du DPSC (comité de soutien des parents d’enfants détenus) créé en 1981. Depuis cette date, 22 000 personnes ont été arrêtées dont 40 % d’enfants. Sur 65 cas étudiés par le DSPC, un seul enfant n’a pas été violenté.

Sous le titre « Un quotidien aux couleurs de désespoir », un chapitre est consacré à une série de témoignages directs d’enfants arrêtés arbitrairement et à la description des sévices et tortures. Ce chapitre est bouleversant : on prend réellement conscience de l’atmosphère de terreur dans laquelle vit toute une génération, « la génération perdue » dont parle Mgr Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, une génération sacrifiée vivant dans la haine et l’angoisse la plus totale. Le livre se termine par une série de messages d’espoir signés James Matthews, Nelson Mandela, Allan Boesak et par la Charte de la Liberté adoptée par l’African National Congress en 1955.

La lecture de ce livre laisse perplexe sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre l’une des négations les plus révoltantes des droits de la personne humaine, jamais conçue par un cerveau humain... Continuer inlassablement à informer l’opinion publique internationale semble commencer à porter quelques fruits aujourd’hui.

CC BY-NC-ND