Dany Laferrière, L’odeur du café

VLB Éditeur, Montréal, 1991, 200 p.

Elisa Hamel

Bibliographical reference

Dany Laferrière, L’odeur du café, VLB Éditeur, Montréal, 1991, 200 p.

References

Electronic reference

Elisa Hamel, « Dany Laferrière, L’odeur du café », Revue Quart Monde [Online], 150 | 1994/1 et 2, Online since 19 May 2020, connection on 20 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8979

Fermez les yeux, pensez à un moment heureux de votre enfance, à une odeur ou à un parfum qui souligne cet instant...

L’odeur de l’enfance de Dany Laferrière, écrivain haïtien, est en priorité celle du café des Palmes que sa grand-mère Da adorait. La « vieille dame au visage serein et souriant », assise continuellement sur la galerie de sa maison, l’a élevé quand sa mère a rejoint son père à Port-au-Prince. Ce café, elle ne peut plus l’acheter en grande quantité comme autrefois et quand les paysans voient qu’elle n’a pas d’argent, ils déposent sur la galerie un demi-sac de café en grains. Da regarde alors ailleurs, et ils s’en vont sans se faire payer. Tout le livre, un récit fait par l’enfant de 10 ans, alors malade et pour qui tous les êtres - fourmis, chiens, camarades, adultes - ont la même importance, est rempli de ces gestes de respect pour l’autre, même si cela n’est pas toujours facile, comme l’exprime Dany à propos de son chien : « Nous avons un chien, mais il est si maigre et si laid que je fais semblant de ne pas le connaître... Personne ne le prend jamais dans ses bras. A part moi. »

Les journées s’écoulent rythmées par les visites des gens de Petit-Goâve à Da, oreille complaisante qui permet au facteur, au médecin, au marchand, à la folle... d’exprimer ce qu’ils pensent. Ou de venir confier sa peine, comme cette maman qui apprend que son fils a manqué l’école depuis un mois : « J’ai été atteinte dans mes tripes. Vous savez, Da, combien de sacrifices j’ai fait pour ce garçon. Chaque jour, il met son uniforme que je passe la nuit à laver et à repasser parce qu’il n’en a qu’un, déjeune pendant que moi je ne mange rien. C’est toute ma vie qui part en cendres. »

Le monde de l’enfance de Dany Laferrière apparaît comme tranquille, calme, bien que de nombreuses personnes qui ont beaucoup souffert traversent sa route. L’histoire de chacune d’entre elles est connue et elles font partie de la vie du village.

Lors d’une interview parue dans un journal, Dany Laferrière précisait qu’il n’avait pas voulu écrire la misère dans son pays - tout le monde en a entendu parler - mais l’émerveillement et la tendresse pour les êtres humains, transmis par sa grand-mère.

C’est cette lumière de l’enfance que le lecteur appréciera dans ce livre. L’enfant sait toute la pauvreté et la souffrance des êtres, mais il voit à travers la beauté de l’instant vécu et la chaleur des relations humaines.

Elisa Hamel

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