Entre dominations et résistances : l’impensé du genre à la rue

Mauro Almeida Cabral

p. 8-13

References

Bibliographical reference

Mauro Almeida Cabral, « Entre dominations et résistances : l’impensé du genre à la rue », Revue Quart Monde, 257 | 2021/1, 8-13.

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Mauro Almeida Cabral, « Entre dominations et résistances : l’impensé du genre à la rue », Revue Quart Monde [Online], 257 | 2021/1, Online since 01 September 2021, connection on 13 April 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10146

La réalité de vie et les stratégies de survie des femmes à la rue sont méconnues des mondes institutionnel et politique, ce qui explique l’inadéquation des réponses proposées. Pour rester sujets de leur propre vie, ces femmes sont conduites à investir les marges d’une société qui les ignore.

Le monde social de la rue est souvent (im)pensé à travers un prisme androcentrique qui renforce incontestablement l’invisibilité des habitantes de la rue. En effet, dans les représentations occidentales, un « SDF » correspond le plus souvent à un homme édenté – et non pas à une femme – qui porte des vêtements répugnants et qui consomme de l’alcool à outrance sur le banc d’un espace public. Inconsciemment, la « question SDF » est donc essentiellement posée afin d’apporter des réponses aux besoins des hommes : des institutions sociales aux pratiques socio-psycho éducatives, la question du genre semble rester un détail trop peu souvent pris en considération au Grand-duché de Luxembourg notamment.

La rue est un espace représentatif de la société où se (re)jouent des relations empreintes de dominations et de violences, tant symboliques que réelles, où les rôles sociaux sont genrés. Ces représentations stéréotypées trouvent leur fondement dans la vie quotidienne où, par exemple, les femmes...

1 Il s’agit d’une manière de penser le monde avec un regard essentiellement masculin. Dans La domination masculine, Pierre Bourdieu (1998) évoque « l’

2 Ce terme propose une lecture issue d’une observation clinique (« habiter la rue ») et s’oppose aux dénominations aliénantes que j’ai rencontrées sur

3 L’idée est moins de débattre si une approche « mixte » ou « non mixte » serait plus adaptée à ces femmes (selon qui, d’ailleurs ?) que d’interroger

4 À noter que le terme « conjugal » a toute son importance puisque subir des violences de la part de son conjoint donne accès à des droits sociaux

5 Goffman E., Les rites d’interaction, Paris, Éd. de Minuit, 1974.

6 Agier M., « La ville nue : des marges de l’urbain aux terrains de l’humanitaire », Les annales de la recherche urbaine, 93, 2003, pp. 57‑66.

7 Agier M., Anthropologie de la ville, Paris, PUF, 2015.

8 Métraux J.C., « Nourrir la reconnaissance mutuelle », Le journal des psychologues, 9(252), 2007, pp. 57‑61.

9 Depenne D., Éthique et accompagnement en travail social, Montrouge, ESF Éditeur, 2017.

10 Castel R., Les métamorphoses de la question sociale : une chronique du salariat, Paris, Éd. Fayard, 1995.

11 Paugam S., La disqualification sociale, Paris, PUF, 2013.

12 Dans la rue, cette expression fait référence à l’état de manque occasionné par un sevrage à l’héroïne.

Mauro Almeida Cabral

Mauro Almeida Cabral est éducateur spécialisé et travailleur de rue au Grand-duché de Luxembourg. Il intervient auprès de personnes adultes qui vivent dans les interstices urbains et qui côtoient les marges de la société, la toxicomanie, la prostitution et la grande précarité. Par ailleurs, il est activement engagé auprès des Yanomami en Amazonie brésilienne. Il poursuit actuellement un Master en Anthropologie à l’Université Catholique de Louvain (Belgique).Il est l’auteur de (L)armes d’errance. Habiter la rue au féminin, Editions Academia, mars 2020.

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