Michaël Bernadat, “La métaphysique du berger”

Documentaire, 2021

Bella Lehmann Berdugo

p. 49

Bibliographical reference

La métaphysique du berger. Documentaire de Michaël Bernadat. 1h20. Distribution La Vingt-Cinquième Heure. Sortie 28 Juillet 2021.

References

Bibliographical reference

Bella Lehmann Berdugo, « Michaël Bernadat, “La métaphysique du berger”  », Revue Quart Monde, 259 | 2021/3, 49.

Electronic reference

Bella Lehmann Berdugo, « Michaël Bernadat, “La métaphysique du berger”  », Revue Quart Monde [Online], 259 | 2021/3, Online since 01 September 2021, connection on 18 October 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10411

Dès les premières images et les premiers mots en voix off, Boris apparaît comme un berger de la nouvelle ère : « (Je suis comme) une immense conscience dans le ventre de l’univers ». Le jeune homme vit trois mois en estive sur les hauts plateaux du Vercors, en totale solitude au milieu des brebis que lui confient des éleveurs. La caméra caresse les dos mouvants des moutons, le large béret aplati du berger, les voiles brumeux de la montagne. Cadrages, plans très esthétiques, silences. La bande sonore est ponctuée d’haïkus, composés par le berger. Là-haut, coupé des contraintes administratives, matérielles, familiales, « tout paraît plus simple », confesse‑t‑il.

Mais le gardien des troupeaux ne passe pas son temps à rêvasser : il faut faire grimper les bêtes, les rassembler avec les chiens, soigner les blessées, couper du bois, se nourrir, préparer des clôtures. Boris aime mettre de la conscience, presque du sacré, dans chaque tâche. « La spiritualité pour moi n’a rien de coupé avec le réel ».

En contrebas, il y a la yourte, où vit sa compagne avec leur nourrisson de trois mois. L’hiver se passe dans la vallée au service d’éleveurs. Sur le cheptel, il a droit à une brebis qu’il égorge lui-même et dont il remonte la carcasse à la maison, sur son dos. Se confronter à la mort des bêtes – dans le respect – l’aide à apprivoiser sa propre mort.

« On est des animaux, pourtant on passe son temps à s’extraire de son état naturel, ça cloche ».

Boris confie qu’en sortant de l’école il ne savait ce qu’il avait en lui. Il aurait été bien incapable de choisir un métier. C’est à la fac de philo, grâce à des lectures et à des conversations qu’il a appris à remettre en cause le modèle établi : « Déconstruire et reconstruire un truc en me l’appropriant, c’est ça que j’essaie de faire de ma vie ».

« Quand tu fais cuire au bois, tu sais exactement ce qu’il te faut tandis qu’avec le gaz on ne se rend pas compte ». Boris a instinctivement senti le besoin de « revenir à la base » pour subvenir à ses besoins primordiaux sans détruire un territoire. Il a acheté un terrain à un ancien, il aimerait le léguer à son propre fils. Il avait comme plan d’élever des chevaux en hiver. Très belles images de l’homme et ses chevaux, libres en pleine nature.

Quelques mois plus tard, le berger idéaliste a finalement (provisoirement ?) fait une concession à sa jeune famille : vivre en appartement dans un village.

Un récit1 filmé pas à pas, au plus près des réalités concrètes et des pensées en mouvement d’un jeune d’aujourd’hui, en devenir.

1 La métaphysique du berger. Documentaire de Michaël Bernadat. 1h20. Distribution La Vingt-Cinquième Heure. Sortie 28 Juillet 2021.

1 La métaphysique du berger. Documentaire de Michaël Bernadat. 1h20. Distribution La Vingt-Cinquième Heure. Sortie 28 Juillet 2021.

Bella Lehmann Berdugo

By this author

CC BY-NC-ND