Teona Strugar Mitevska. Teresa

Film de fiction, 2025

Bella Lehmann-Berdugo

p. 46

Référence(s) :

Teona Strugar Mitevska. Teresa. Film de fiction, décembre 2025. Teona Strugar Mitevska. Belgique, Macédoine, Suède, Danemark, Inde. VOST. 1 h 44.

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Bella Lehmann-Berdugo, « Teona Strugar Mitevska. Teresa », Revue Quart Monde, 277 | 2026/1, 46.

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Bella Lehmann-Berdugo, « Teona Strugar Mitevska. Teresa », Revue Quart Monde [En ligne], 277 | 2026/1, mis en ligne le 01 mars 2026, consulté le 02 mars 2026. URL : /11894

Calcutta 1948, les sept derniers jours au couvent de celle qui deviendra Mère Teresa1. Dans le couvent de l’école qu’elle dirige, avec autorité et détermination, la jeune femme de trente-sept ans attend l’autorisation du Vatican pour fonder l’ordre des Missionnaires de la Charité, sa propre congrégation. Elle veut mener des actions plus concrètes auprès d’une population indienne miséreuse, sans droit à l’éducation, auprès des lépreux abandonnés de tous. Elle prépare activement sa succession en la personne d’Agnieska, une nonne polonaise toute dévouée à elle.

D’emblée Teresa apparaît comme une femme ambitieuse, infatigable, en mouvement du matin au soir : organiser le travail, faire la classe aux filles, prier ensemble, dialoguer avec le père supérieur Friedrich très attaché à elle, confectionner du pain, former les novices et répondre à leurs questionnements, distribuer la nourriture et les soins aux indigents, voire assister une accouchée. Rien ne la ferait faiblir. Mais elle ne se leurre pas et la rumeur le lui dit : il y a peut-être de l’orgueil dans la mission de son « héroïne ».

Dans la première partie, une succession de scènes courtes, très maîtrisées, une photo esthétique (cadrages, plans rapprochés), un rythme presque vertigineux.

C’est en pétrissant le pain dans la lenteur que la Mère fait tomber cette fièvre, puise sa force, qu’elle se recentre, en façonnant les boulettes de mie qu’elle offrira dans les rues de Calcutta. Elle y forge sa détermination intime et la transmet aux aspirantes.

Derrière la religieuse, il y a une femme humaine, complexe, ambivalente : attentive envers le père Friedrich très attaché à elle, douce et patiente envers les enfants, les sœurs, et Agnieska en particulier, sa future remplaçante qu’elle « couve » avec tendresse. Des scènes intimes, sensibles, inattendues.

Dans la seconde partie un drame se noue, secouant les certitudes de Teresa. L’actrice déploie toute la palette des émotions. D’abord submergée, Teresa y fait face avec fermeté, jusqu’à une cruauté dont elle se repentira.

Le récit devient alors un huis clos, une controverse entre deux femmes, puis un trio soudé avec le prêtre Friedrich mais aussi un puissant questionnement intérieur, occasion pour la réalisatrice d’évoquer des points de vue avant-gardistes de Teresa, comme la maternité, l’avortement et surtout la liberté d’être indépendante dans une vie, et pour elle au sein de l’Église catholique.2

La population de Calcutta, la ville, se résument plus à un décor assez conventionnel entrecoupé de quelques images difficiles de la misère et de la maladie. Elles permettent sans doute d’ancrer les motivations humanitaires de Teresa, pour qui la sainteté c’est l’action.3

Voici donc un portrait moderne, personnel, elliptique, original de Mère Teresa, loin de l’hagiographie, servi par des interprètes très convaincants. Il est rythmé par une bande musicale imprévue, adéquate avec le propos. Un portrait qui suscitera des discussions.

1 Film de fiction, décembre 2025. Teona Strugar Mitevska. Belgique, Macédoine, Suède, Danemark, Inde. VOST. 1 h 44.

2 Le film s’inspire d’entretiens exceptionnels de la réalisatrice avec les quatre dernières sœurs fondatrices de l’ordre ayant connu Mère Teresa (

3 Tournage en partie en Belgique, aux abbayes d’Aulne à Thuin et du Saulchoir à Kain, et à Bruxelles.

1 Film de fiction, décembre 2025. Teona Strugar Mitevska. Belgique, Macédoine, Suède, Danemark, Inde. VOST. 1 h 44.

2 Le film s’inspire d’entretiens exceptionnels de la réalisatrice avec les quatre dernières sœurs fondatrices de l’ordre ayant connu Mère Teresa (vidéos inédites).

3 Tournage en partie en Belgique, aux abbayes d’Aulne à Thuin et du Saulchoir à Kain, et à Bruxelles.

Bella Lehmann-Berdugo

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