Rose Ann FABROS, Jérémy IANNI, Lilian TIGLAO (dir.). Épargner en milieu de grande pauvreté urbaine aux Philippines

Éd. Chronique sociale / Éd. Quart Monde, 2025

Daniel Fayard

p. 59

Bibliographical reference

Rose Ann FABROS, Jérémy IANNI, Lilian TIGLAO (sous la direction ). Épargner en milieu de grande pauvreté urbaine aux Philippines. ATD Quart Monde avec un groupe d’habitantes du cimetière Nord de Manille. Préface de Vincent EUGENIO. Éd. Chronique sociale, Collection Comprendre la société, Éd. Quart Monde, 2025, 140 p.

References

Bibliographical reference

Daniel Fayard, « Rose Ann FABROS, Jérémy IANNI, Lilian TIGLAO (dir.). Épargner en milieu de grande pauvreté urbaine aux Philippines », Revue Quart Monde, 277 | 2026/1, 59.

Electronic reference

Daniel Fayard, « Rose Ann FABROS, Jérémy IANNI, Lilian TIGLAO (dir.). Épargner en milieu de grande pauvreté urbaine aux Philippines », Revue Quart Monde [Online], 277 | 2026/1, Online since 01 March 2026, connection on 02 March 2026. URL : /11905

Dans son introduction, Jérémy Ianni, principal rédacteur de l’ouvrage, nous dit que celui-ci a pour ambition de rendre compte de « l’initiative Sulong » (= aller de l’avant). Il s’agit d’un dispositif, expérimenté depuis une dizaine d’années, proposé par des membres du Mouvement ATD Quart Monde à des personnes qui vivent dans un cimetière public et dans des conditions d’extrême pauvreté, pour leur permettre d’épargner de l’argent chaque semaine. Depuis la genèse même de ce projet dans les années précédant sa mise en œuvre, en présentant un état des lieux des pratiques de l’économie informelle et de l’exclusion bancaire aux Philippines et des précarités vécues en particulier dans le cimetière Nord de Manille. Jusqu’à sa récente évaluation participative qui fait la part belle aux points de vue des plus pauvres concernant, à partir de leurs expériences de vie, leurs propres conceptions et leurs propres attitudes vis-à-vis de l’épargne et de la gestion financière. En passant par les différentes phases d’adaptation du dispositif dont la caractéristique est d’avoir su s’affranchir des « doxa » méthodologiques et militantes pour s’ajuster aux capacités et possibilités des participantes (des femmes en grande majorité) selon la nature, le gain et le rythme de leurs activités rémunératrices (entretien des tombes, vente de fleurs ou de cigarettes, par exemple).

Le récit à plusieurs voix qui est fait de cette expérimentation, sur la base principalement des rapports d’activités des volontaires sur toute cette période et d’interviews réalisés ensuite par les auteurs auprès des volontaires comme des participantes, est présenté ici, ce qui en fait son originalité, sous la forme d’une recherche à la fois progressive et rétrospective, faisant droit aux multiples questionnements qui ont jalonné le chemin faisant l’avancée de cette expérimentation pour parvenir à une coproduction des connaissances avec les personnes directement impliquées dans l’action Sulong. Cela explique sans doute que cette relecture évaluative ait pu s’inscrire assez naturellement dans la perspective des sciences de l’éducation, illustrant une pratique des apprentissages ou comment la proposition d’un dispositif (apprendre à épargner) permet aux « pratiquantes » de se l’approprier en le modifiant.

À ceux qui, dubitatifs, pourraient s’interroger, au vu des très faibles sommes épargnées au cimetière Nord de Manille, on peut faire entendre ce que Pierre Johan Laffitte (professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Paris 8) écrit dans la conclusion : « Avec Sulong, nous sommes ici dans une conception du monde qui dit : ‘Nous ne sommes toujours rien, mais laissez-nous être au moins un peu quelque chose, et que ce quelque chose nous permette de devenir toujours plus ce que nous avons le droit d’être’ ».

CC BY-NC-ND