Catherine DELCROIX, Bénédicte GOUSSAULT. L’éducation, ça se partage ? Ressources des familles et de leur entourage

Éd. L’Harmattan, 2023

Michèle Monte

p. 60

Bibliographical reference

Catherine DELCROIX, Bénédicte GOUSSAULT. L’éducation, ça se partage ? Ressources des familles et de leur entourage. Éd. L’Harmattan, Collection Logiques sociales, 2023, 336 p.

References

Bibliographical reference

Michèle Monte, « Catherine DELCROIX, Bénédicte GOUSSAULT. L’éducation, ça se partage ? Ressources des familles et de leur entourage », Revue Quart Monde, 277 | 2026/1, 60.

Electronic reference

Michèle Monte, « Catherine DELCROIX, Bénédicte GOUSSAULT. L’éducation, ça se partage ? Ressources des familles et de leur entourage », Revue Quart Monde [Online], 277 | 2026/1, Online since 01 March 2026, connection on 02 March 2026. URL : /11910

Cet ouvrage, rédigé par deux sociologues, se penche sur les ressources des parents dont les enfants ont connu ou connaissent des difficultés scolaires et/ou psychologiques ou sont en situation de handicap. Les dix personnes interviewées ont pour la plupart connu le placement ou un suivi éducatif en milieu ouvert et leurs enfants également. Certaines ont vécu à la rue à leur arrivée en France. Plusieurs ont subi des violences familiales. Mais les situations sociales sont hétérogènes et toutes les familles n’ont pas eu l’expérience de la grande pauvreté. L’objectif du livre est de comprendre, grâce aux entretiens, les valeurs qui motivent l’action de ces familles et les appuis qu’elles ont pu trouver dans leur entourage (famille, voisins, bénévoles associatifs) ou auprès de professionnels (certains enseignants, des éducatrices qui ont cru en le jeune malgré ses bêtises et ne l’ont pas lâché). Les autrices ont été frappées par la grande aptitude des personnes interviewées à analyser leur situation, et par le fait qu’elles-mêmes aident d’autres personnes en difficulté et font du bénévolat. Les entretiens ont mis en relief le discrédit dont souffrent les familles, leur peur du placement, leur soif d’écoute et leur désir que leur parole soit reconnue à égalité avec celle des professionnels. On relève au fil du livre des paroles fortes des familles : « On se met en quatre pour répondre aux exigences du juge et on est toujours déçus de voir qu’on n’en tient pas compte », « Laissez-moi vous aider à m’aider. » Contrairement à un préjugé tenace, les parents qui ont été maltraités ne deviennent pas pour autant maltraitants et cherchent au contraire le meilleur pour leurs enfants.

Les autrices ont constaté que l’action sociale peine à intégrer un certain nombre de principes pourtant affirmés dans des textes récents : la prise en compte du contexte familial (problèmes d’accès aux droits, besoins matériels non satisfaits) pour déterminer l’aide à mettre en œuvre, la reconnaissance de la diversité des valeurs et des normes (par exemple, certaines familles mettent l’accent sur l’autonomie de l’enfant, d’autres sur les règles à respecter), un accompagnement sur un temps long avec un même interlocuteur (la stabilité du travailleur social est un facteur important dans les parcours résilients), et surtout une relation basée sur le respect et l’estime qui renforce l’autorité des parents au lieu de l’affaiblir.

C. Delcroix et B. Goussault estiment que les capacités des personnes et l’appui que peut apporter l’entourage ne sont pas suffisamment pris en compte par les travailleurs sociaux quand ils évaluent la situation des familles. Elles soulignent l’importance des groupes de parents qui donnent envie aux participants de s’ouvrir à l’autre. Elles insistent sur la nécessité pour les professionnels de tenir compte des priorités des familles et de leurs propres systèmes de valeurs. Elles proposent de repenser la formation des professionnels pour qu’ils trouvent un équilibre entre la protection des enfants et l’aide à apporter aux parents. L’engagement des citoyens qui accompagnent les familles bénévolement devrait être valorisé. Elles concluent en affirmant que toute politique d’aide à l’enfance doit être pensée à partir des personnes concernées, et en valorisant leurs capacités.

Michèle Monte

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