"La Déclaration universelle des droits de l’homme est pour moi une référence"

Claudette Salustro and Patrick Schmitt

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Claudette Salustro and Patrick Schmitt, « "La Déclaration universelle des droits de l’homme est pour moi une référence" », Revue Quart Monde [Online], 168 | 1998/4, Online since 05 June 1999, connection on 19 October 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/2811

Oeuvrer à ce que les droits de l’homme soient connus, reconnus, respectés, est une lutte en faveur de la personne humaine, avec elle. Cela demande de donner sa confiance, une confiance qui n’est pas statique mais qui circule. Cela nécessite aussi d’apprendre à ne rejeter personne, à créer des ponts, à entrer en permanence en dialogue. Enfin, c’est s’ouvrir à la portée universelle de ces droits et découvrir que nous avons à apprendre des situations et des pensées très différentes des nôtres.

Index chronologique

1998/4

Claudette Salustro : Le point de départ, pour moi, c’est que chacun prenne conscience qu’il a des droits. Ce n’est pas facile.

Quand je parle là des droits, c’est de la Déclaration universelle des droits de l’homme et pas seulement des droits qu’on a chacun et qu’il faut défendre. Cette Déclaration, c’est pour moi une référence, c’est elle qui fait que nous ne sommes pas des mendiants quand nous demandons un logement mais aussi le respect, la dignité. Ce n’est pas facile.

Revue Quart Monde : Selon vous, comment y arrive-t-on ?

Claudette Salustro : Il faut le vouloir d’abord. Mais, ça ne suffit pas. On a besoin, à côté de soi, de personnes qui vous font confiance, qui vous disent “ tu es capable ”

Patrick Schmitt : On peut, en effet, être conscient qu’on a droit à une vie digne, mais quand on est dans la misère, ça demande un tel effort d’aller réclamer qu’on ne trouve pas toujours le courage de le faire.

RQM : Qu’est-ce qui donne le courage ?

Patrick Schmitt : D’être à côté, de soutenir.

Claudette Salustro : Oui, ça passe par la rencontre, l’amitié, la manière dont on les regarde, dont on leur parle: est-ce qu’on les respecte ?

RQM : Est-ce que c’est quelque chose qui s’apprend ou ça vient naturellement ?

Claudette Salustro : Moi, je l’ai appris du mouvement ATD, ça c’est clair, même si au départ, j’avais un tempérament qui me portait à ça.

Patrick Schmitt : La confiance qu’on nous donne, ça nous permet de faire des choses qu’on n’oserait jamais faire autrement. Toi, Claudette, tu m’as donné ta confiance.

Claudette Salustro : J’ai redonné ce qu’on m’avait donné.

Patrick Schmitt : Oui, je sais, tu m’as donné ce que le père Joseph t’a appris.

Claudette Salustro : Je n’ai pas le droit de le garder. Je te l’ai donné, mais toi tu as bien voulu le prendre, on est libre de prendre le risque, de recevoir. Mais toi, en acceptant ma confiance, tu m’as aussi redonné confiance en moi.

Patrick Schmitt : Le 17octobre j’ai pris la parole en public à l’inauguration de la réplique de la dalle à Toulon. C’était la première fois. J’aurais pu échouer, bégayer, ç’aurait pu être un désastre. Mais toi, tu avais tellement confiance en moi, que ça m’a donné la force pour réussir.

Claudette Salustro : C’est un peu comme ça qu’on arrive au droit à la dignité. Le respect pour moi, je te respecte, je te dis bonjour. Mais la dignité, c’est plus fort pour moi. C’est de dire à l’autre : tu es capable et de lui donner comme un pouvoir, celui de choisir, d’exister. Là, pour moi, on est au niveau du Droit qu’on fait vivre ensemble.

RQM : Il y a donc des événements, comme le 17 octobre qui révèlent ce que vous pensez des droits de l’homme, non comme une série de revendications, mais des espaces, des rencontres où on se retrouve pour que le droit à la dignité soit effectif par exemple. Est-ce qu’il y a des étapes, des moments phares qui vous ont permis de vivre cette expérience ?

Claudette Salustro : En mars dernier, l’université populaire qui s’est déroulée à Toulon, avec des assistantes sociales qui sont devenues des amies maintenant. Il y en a eu des combats avant ! parce que moi, les assistantes sociales, je ne les aimais pas beaucoup.

RQM : Comment s’est fait ce changement ?

Claudette Salustro : J’ai appris à dialoguer avec elles. A partir du moment où je suis arrivée à aller voir une assistante sociale et que j’ai pu calmement, posément, tenir ferme sur les droits. A partir du moment où j’ai pris conscience qu’il ne s’agit pas d’un secours, mais d’un droit. Pour un secours, la personne en face peut l’accorder ou le refuser, tu ne peux rien dire. Pour le droit, tu n’es pas dépendante de celle qui est en face de toi. Un droit ça rend libre, alors les relations sont différentes.

RQM : Donc, vous voyez cette université populaire comme un exemple d’avancée dans la compréhension que l’on a des droits de l’homme…

Claudette Salustro : Il y a un mur qui est là. Il faut le dépasser, le casser pour avancer mutuellement. Il faut pour cela des lieux de rencontre où on va avoir un autre regard, une autre parole entendue, pas seulement écoutée.

Pour préparer, nous avions fait une enquête près de personnes à qui on ne demande jamais leur avis et qui ont peur des services sociaux. C’est ce que l’on veut à l’université populaire, que cette parole soit entendue. Les assistantes sociales, même si ce n’était pas facile pour elles, elles étaient ravies. Elles non plus ne venaient pas que pour elles.

RQM :Qu’est-ce que les assistantes sociales ont retenues d’essentiel à votre avis ?

Claudette Salustro : De voir les plus pauvres avec un autre regard. Cette université populaire nous a aidés à ne plus avoir peur. Cette peur, elle était des deux côtés, cette barrière, elle a sauté. A un moment où on faisait un théâtre forum, l’assistante sociale a pris la place de la personne qui vient la voir et la personne a pris la place de l’assistante sociale. Là, le regard change, on comprend l’autre.

Là, tu ne regardes plus les vêtements, l’histoire passée, tu as devant toi un être humain et en tant qu’être humain, il a droit à une vie décente.

Vous avez participé à des rencontres internationales, avec des personnes venant de tous les continents. Qu’est-ce que vous avez appris au niveau des droits dans ces rencontres ?

Claudette Salustro : J’ai découvert que même si les droits ne sont pas inscrits dans les constitutions de leurs pays, partout, les plus pauvres se battent pour leur famille et là on se retrouve, cette pensée-là me donne une force.

J’ai découvert aussi combien on avait à apprendre d’eux sur la créativité, la manière dont ils regardent les autres, je suis revenue de ces rencontres plus humble je crois, et plus déterminée encore peut-être sur ce combat pour le droit à la dignité, parce que c’est vraiment un combat.

Claudette Salustro

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Patrick Schmitt

Militante Quart Monde depuis vingt ans et visiteuse de prison, Claudette Salustro participe au Conseil départemental de concertation des Bouches-du-Rhône et à ce titre a travaillé au rapport « Construire un partenariat avec les plus démunis pour refuser la fatalité du chômage ». Patrick Schmitt est militant Quart Monde.

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