Procréatique, côté pauvres

Bertrand Boureau

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Bertrand Boureau, « Procréatique, côté pauvres », Revue Quart Monde [Online], 124 | 1987/3, Online since 05 February 1988, connection on 19 October 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/3014

Index chronologique

1987/3

La famille Stern aux États-Unis s’est vu retirer son enfant attribué par la justice au couple qui le lui avait « commandé ». Mme Stern était une de ces « mères porteuses » obligées de faire passer le contrat financier avant la relation affective que toute femme enceinte, riche ou pauvre, éprouve envers l’être qu’elle porte. Cette mère n’aura aucun droit de revoir l’enfant qu’elle a mis au monde.

Au mépris de toute connaissance psychologique de ces cent dernières années sur le lien entre mère et enfant, cette relation est bannie par contrat. Est-ce à ceux qui maîtrisent la science d’en utiliser la seule part qui les arrange alors qu’elle devrait être la base de tout un partage du savoir qui relie des êtres et non qui les ligue les uns contre les autres ?

Argument du jugement : d’une part, il faut respecter le contrat passé et, d’autre part, le couple payeur a plus de moyens matériels que le couple géniteur. Ce dernier vit dans un appartement des plus modestes, le mari est éboueur. Raisons suffisantes paraît-il, pour lui retirer l’enfant après plusieurs mois de présence auprès de sa vraie mère ; sans parler des accusations d’ordre psychiatrique qui se sont abattues sur cette femme. Elles relèvent plus, en de tels moments, d’arguties de prétoire que de la raison humaine ; cette mère avait, nous dit-on un instinct maternel trop envahissant. Dire qu’il y a peu, les pauvres étaient accusés du contraire…

Jadis, le sein des femmes pauvres a nourri les enfants des riches qui ne voulaient pas s’user dans l’allaitement. À la fin du XXe siècle ; le ventre des pauvres va t-il servir à enfanter pour les riches ?

Caricature ?

Les familles pauvres, en tout cas, ont suffisamment payé leur tribut à la dynamique familiale pour avoir droit à poser, comme la famille Stern à travers de tels faits, des questions fondamentales : le progrès oui. La maîtrise de la conception de l’enfant, oui. Mais pour quel but ? Pour quelles nouvelles relations entre les êtres humains ?

Le progrès permet-il réellement de faire grandir l’humanisme, cette part humaine qui se trouve en chacun de nous et que toute communauté essaye d’appréhender et d’approfondir sans cesse pour qu’elle reste la mesure de son évolution ? Quel être le progrès permet-il de mieux comprendre et en quoi permet-il aux plus pauvres de participer à cette recherche de sens ?

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