Philippe Lioret, Welcome ;Cherien Dabis, Amerikka

Film français, 2008 ; Film USA et Palestine, 2009

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 60

Bibliographical reference

Philippe Lioret, Welcome, France 2008

Cherien Dabis, Amerikka, USA/Palestine, 2009

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Philippe Lioret, Welcome ;Cherien Dabis, Amerikka », Revue Quart Monde, 212 | 2009/4, 60.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Philippe Lioret, Welcome ;Cherien Dabis, Amerikka », Revue Quart Monde [Online], 212 | 2009/4, Online since 01 May 2010, connection on 30 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4381

Welcome est un film français de 2008 et Amerrika est un film conjointement produit par les USA et la Palestine en 2009. Chacun des réalisateurs a pris le parti de nous présenter un personnage très sympathique réalisant son projet d’émigration sur un fond historique qui donne beaucoup de relief aux histoires individuelles. C’est la confrontation de ce rêve avec la réalité du pays d’accueil qui est particulièrement intéressante.

Dans Amerrika, Mouna est une palestinienne généreuse, volontaire, qui a des problèmes de cœur, une mère à charge et un jeune fils adolescent qui rêve d’Amérique. Ça tombe bien, son mari infidèle avait demandé une green card pour partir aux USA avant les événements du 11 septembre 2001. Au début du film la guerre d’Irak a déjà commencé. Les problèmes de Mouna au quotidien, les passages aux check-points sont pesants. Le fils Fadi ne supporte plus les humiliations. Elle a des craintes pour le présent et des aspirations légitimes pour l’avenir de son fils. Elle décide de partir.

Dans Welcome, le héros est Bilal, un jeune Kurde qui est déjà arrivé à Calais quand le film commence. Il veut aller en Grande-Bretagne pour y rejoindre une jeune fille qu’il a connue au pays lors de vacances de celle-ci. Il est amoureux. Il vient de faire quatre mille kilomètres à pied tendu vers cet amour, mais aussi sans doute par le désir d’un avenir qu’il imagine magnifique. Sa tentative de passage de la Manche dans un camion avec d’autres passagers clandestins se solde par un échec. À Calais la façon de détecter les passagers clandestins au moyen de détecteurs de CO2 et de chiens féroces fait peur. La violence est intense.

Aux USA l’arrivée est tout aussi effrayante. Les chiens sont là, menaçants, terrorisant Mouna et son fils. On les imagine dressés à détecter l’étranger … du Moyen-Orient.

La présence de membres de la famille qui, en apparence, ont réussi aux USA et en Grande-Bretagne a été dans les deux cas une incitation au départ. Or les problèmes d’intégration sont ignorés des candidats au départ. Ignoré le fait que la situation se détériore aux USA pour les personnes issues de pays où l’Islam est religion majoritaire, à mesure que se déroule la guerre en Irak avec ses morts, et à mesure que grandit la crainte et la perception qu’a la population de l’axe du mal ! Ignoré, de même, le repliement de la famille de la jeune fille qu’aime Bilal sur ses traditions et sa communauté, et l’absence de liberté dont celle-ci dispose. Problèmes cachés au début, ils apparaissent petit à petit. La réalité est donc, pour ces émigrés, désincarnée, réduite aux contours de rêves dont ils devront déchanter douloureusement. Ils souffriront considérablement.

Dans les deux cas, c’est un paradoxe : cette immigration ratée fait progresser en humanité l’autochtone qui, parti d’un déni de réalité, prend finalement conscience de sa responsabilité, sort de son individualisme et s’investit un peu plus pour réduire la misère du monde … Comme toujours c’est au partenaire qu’est le spectateur que le message s’adresse.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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