Film Vidéo – «Un métier, un avenir» (mai 1992)

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Film Vidéo – «Un métier, un avenir» (mai 1992) », Revue Quart Monde [Online], | 1994/, Online since 19 April 2010, connection on 01 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4582

Présentation, Madame Chantal Pot, Membre du Conseil économique et Social Régional Rhône-Alpes

Ce film relate le projet « Comme l’exclusion, une qualification » en Région Rhône-Alpes. Sur une durée de trois ans, le projet a permis à soixante-quinze adultes chômeurs longue durée

de préparer le CAP et de retrouver une insertion professionnelle.

Le film est constitué de trois témoignages : le premier dans l’entreprise Téfal qui a ouvert ses portes à des travailleurs, chômeurs de longue durée en grande difficulté. L’idée de cette insertion dans l’entreprise est née d’une volonté commune, d’une part, d’un salarié membre du Comité d’Entreprise et, d’autre part, du PDG, M. Rivier. Les deux autres témoignages résultent d’une action expérimentale qui a été menée avec soixante-quinze adultes choisis volontairement parmi les plus pauvres de l’agglomération de Lyon. Il s’agissait d’un parcours de trois ans, piloté conjointement par la Direction Régionale du Travail et de l’Emploi et par ATD Quart Monde avec, pour objectif, l’accès à l’insertion professionnelle par une formation qualifiante. Le film nous montrera le « comment » de cette opération, terminée en août 1992.

Je voudrais vous partager deux ordres d’enseignements que nous ne tirons aujourd’hui.

Tout d’abord est apparue la nécessité d’inventer des moyens nouveaux : imaginer des statuts administratifs pour permettre cette nécessaire durée, ou alors favoriser l’enchaînement  des mesures administratives. Trouver également les moyens de cette nécessaire rémunération, souvent évoquée ce matin. La deuxième ordre d’enseignement, c’est l’instauration d’une démarche, un état d’esprit dont je voudrais rapidement évoquer trois points :

- Premier point : aucune personne n’est inemployable. La mise en situation de réussite à révélé la forte aspiration et la capacité de ces adultes à travailler, alors que cette aspiration est souvent enfouie après des années d’échecs ;

- Deuxième point : l’insertion gagnée est globale.

Cette insertion est beaucoup plus large que l’insertion professionnelle acquise. Face à une situation de misère qui est globale elle aussi, elle a permis aux adultes d’avancer dans de multiples domaines de la vie, que ce soit en matière de logement, de vie de famille - certaines familles ont retrouvé leurs enfants placés -, en matière de santé, en manière de citoyenneté ;

- Le troisième point, très important, a été largement souligné ce matin, c’est le partenariat.

Partenariat d’abord avec les adultes en formation eux-mêmes : ce partenariat-là a été intense dès le départ, à tel point que la conception du dispositif a été fortement inspirée de l’expérience et de l’aspiration de ces personnes. Le partenariat avec le public a été poursuivi pendant toute la durée du parcours sous des formes diverses, mais entre autres avec une dynamique collective dont il a été question ce matin. Ce partenariat est réel : qu’est-ce à dire ? Cela veut dire que tout le monde a progressé en même temps : non seulement les bénéficiaires, mais aussi les acteurs. Au contact de ce public, les acteurs ont changé leurs habitudes ou leur vison des choses. Par exemple, des formateurs ont complètement réinventé leur pédagogie ; des entreprises cherchent à ce que des postes de travail de faible qualification ne soient plus occupés par des personnes surqualifiées, mais soient au contraire réservés aux travailleurs plus défavorisés. Les mêmes entreprises essaient d’améliorer considérablement le tutorat. Le partenariat a également existé entre tous les acteurs. Il a été d’une grande qualité humaine et professionnelle. Aujourd’hui, ce partenariat continue et il s’est même élargi : avec l’Etat décentralisé (tous les services de l’Etat de la région), puis le Conseil Régional, le Conseil Economique et Social, quelques Conseils Généraux, quelques communes, des organismes de formation. J’insisterai particulièrement sur l’implication très forte des partenaires de l’entreprise. Le partenaire patronal et le partenaire syndical ont tous deux beaucoup d’importance. D’autres acteurs autour de l’entreprise sont également partie prenante. Nous aurons tout à l’heure le témoignage d’un représentant de l’ANACT dans la région Rhône-Alpes (ARAVIS).

Un groupe composé de tous ces acteurs réfléchit actuellement aux propositions qui pourront êtres faites dans le prochain Contrat de Plan Etat-Région, pour que la promotion des populations très pauvres soit prise en compte. Cela nous paraît très important parce que ce Contrat est un moyen d’inscrire des actions dans la durée. Et nous savons à quel point cette notion de durée est importante dan la lutte contre la pauvreté. Je terminerai sur une question : toutes ces propositions et, nous l’espérons, leur concrétisation auront un coût : qui, aujourd’hui, est prêt à évaluer ce coût au regard du gâchis non évalué de la non-qualification, de l’exclusion et de la pauvreté ?

Rédaction de la Revue Quart Monde

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