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Ceux qui ont le plus besoin d’aide

Rédaction de la Revue Quart Monde
  • publié en août 2010
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2010/3
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Afrique du Sud : Construire des maisons ?

Échoués dans un camp fait de baraques de tôles alignées, les sans abris du Cap accusent la municipalité de les cantonner à l’écart des visiteurs attendus pour le Mondial-2010 de football en Afrique du Sud. « Ils évacuent les gens qui vivent dans la rue ou dans les cabanes des arrière-cours », affirme Mohammed Ali, l’un des résidants de l’immense camp, qui s’étend avec une rigueur militaire sur un terrain de sable balayé par les vents.

« Ils amènent tous ces gens ici pour le Mondial. C’est du grand nettoyage », lance Mohammed, 38 ans, qui vit avec sa femme et deux enfants à Blikkiesdorp, le « village de tôle » en afrikaans, la langue dominante autour du Cap.

A quelques kilomètres de là s’élève le stade flambant neuf de Green Point, qui accueillera 70 000 spectateurs pour une demi-finale de la Coupe du monde entre mer et montagne, dans l’un des plus beaux sites de la ville. Il a coûté 4,5 milliards de rands (450 millions d’euros environ).

Au total, l’Afrique du Sud a investi 40 milliards de rands pour le Mondial, construisant des stades, refaisant les routes, modernisant les aéroports et déployant 44 000 policiers pour la sécurité de la compétition.

Tandis que la fièvre du football monte dans les grandes villes du pays, rien ne laisse présager à Blikkiesdorp la proximité du coup d’envoi, le 11 juin.

« Pourquoi n’ont-ils pas utilisé une partie de cet argent pour construire des maisons ? », demande un responsable de la communauté, Beverley Jacobs, qui, à 42 ans, entame son troisième hiver dans l’une des baraques de 18 m2.

Seize ans après la chute de l’apartheid, la première économie du continent se débat toujours avec une pauvreté endémique.

Pour tenter de réparer les injustices du passé, le gouvernement construit des maisons dans les anciens ghettos noirs. Quelque 2,3 millions de ces cubes de brique, pourvus de toilettes et reliés à l’électricité, ont été remis aux plus pauvres depuis 1994.

Mais la liste d’attente semble s’allonger indéfiniment. 2,1 millions de maisons ont encore été promises dans ce programme pour abriter les 12 millions de personnes qui ne vivent toujours pas dans des conditions décentes.

Faute d’endroit où habiter, les squatters sont de plus en plus nombreux. L’Afrique du Sud compte plus de 2 700 camps informels, dont 220 au Cap. (AFP, web Le Point.fr, 24/06/10).

Canada : Pas dans ma cour

À deux reprises, le jardin collectif « La tomate joyeuse » de Charlesbourg devait déménager sur des terrains municipaux (...) À deux reprises, des voisins se sont opposés. Très vigoureusement. La liste des arguments évoqués par les citoyens, qui se défendent bien de souffrir du syndrome du « pas dans ma cour », est longue. Baisse de la valeur des propriétés, obstruction de la vue, perte d’espace de jeu pour les enfants, augmentation de la circulation, surplus de poussière. (...) « Un jardin communautaire, ça n’a pas sa place dans un quartier résidentiel », a martelé une résidante (...) Devant le tollé provoqué, le conseil d’arrondissement de Charlesbourg a décidé d’oublier tout déménagement. (...) En attendant, les joyeux jardiniers continuent de cultiver les terres d’un agriculteur à la retraite qui leur prête gracieusement un terrain de 2760 mètres carrés. Comme l’endroit est promis au développement résidentiel, il faudra cependant trouver un autre lieu dans les prochaines années. (Le Soleil, 25/04/10, cité par Pauvreté et droits humains, 04/10, ATD Quart Monde).

Roumanie : Contre le plan de rigueur

À partir de mardi 1er juin, les salaires des fonctionnaires seront amputés de 25%

Opérations chirurgicales repoussées, trains et bus à l’arrêt, guichets administratifs fermés... Les principaux syndicats roumains ont déclenché lundi une grève générale illimitée dans la fonction publique pour protester contre les mesures draconiennes que le gouvernement a adoptées, mercredi dernier, pour réduire le déficit. (...)

Particulièrement frappée par la crise mondiale, l’économie roumaine s’est rétractée de 7,1% en 2009, forçant Bucarest à demander l’aide du FMI avec la promesse de ramener son déficit à 6,8% de son PIB. Pour tenir ses engagements, le gouvernement démocrate-libéral a adopté, mercredi 26 mai, le plan de rigueur le plus sévère de l’Union européenne, par lequel il entend réduire les salaires des fonctionnaires de 25%, les retraites de 15% et les allocations chômage de 15%. (...)

Toutefois, le chef du gouvernement a assuré que les personnes percevant le salaire ou la retraite minimum - qui s’élèvent respectivement à 145 euros et 85 euros - seraient finalement épargnées par le plan. (Mehdi Chebana, Le Courrier des Balkans, 31/05/10).

Un appel de l’Unicef : Non à l’échec moral

« Demain, les responsables politiques de l’Union européenne vont se réunir à Bruxelles pour discuter de leur position quant au sommet organisé en septembre par le secrétaire général des Nations unies sur les objectifs du Millénaire. (...) La réunion de Bruxelles est une chance à saisir pour l’Union européenne pour réaffirmer son engagement historique en faveur des droits de l’enfant, en particulier des enfants les plus négligés et marginalisés. Nous, l’Unicef, espérons vivement que les responsables de l’UE saisiront cette opportunité. (...)

En effet, les statistiques montrent des fractures de plus en plus grandes entre les pays riches et les pays pauvres et des disparités flagrantes au sein même des pays en développement.

Dans des pays comme l’Afghanistan et la République démocratique du Congo, par exemple, la mortalité des enfants de moins de cinq ans n’a pas baissé de plus d’un point, alors qu’elle a globalement chuté de 30% entre 1990 et 2008. (...)

Dans les pays en développement, les enfants issus des catégories les plus pauvres sont deux à trois fois plus exposés au risque de malnutrition que les enfants issus des catégories les plus riches ; ils sont deux ou trois fois plus susceptibles de souffrir d’un retard de croissance. Ils ont aussi deux ou trois fois moins de chances d’aller à l’école. (...)

Si, pour atteindre les objectifs du Millénaire, nous concentrons nos efforts sur les zones et les populations les plus faciles à atteindre, nous remporterons sans doute un succès statistique, mais ce dernier, laissant de côté ceux qui ont le plus besoin d’aide, masquera un échec moral. Nous devons davantage concentrer nos efforts sur les enfants oubliés. » (Web Unicef.fr, 16/06/10).

Pour citer cet article Rédaction de la Revue Quart Monde, « Ceux qui ont le plus besoin d’aide », Revue Quart Monde, Année 2010, Développement durable : avec ou sans misère ?, Presse, mis à jour le : 02/09/2018,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/4981.