Hélène Thomas, Les vulnérables : la démocratie contre les pauvres.

Éd. du Croquant, Vulaines-sur-Seine, 2010, 254 p.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

Bibliographical reference

Hélène Thomas, Les vulnérables : la démocratie contre les pauvres, Éd. du Croquant, Vulaines-sur-Seine, 2010, 254 p.

References

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Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Hélène Thomas, Les vulnérables : la démocratie contre les pauvres. », Revue Quart Monde [Online], 215 | 2010/3, Online since 01 January 2011, connection on 27 November 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8983

Hélène Thomas, sociologue et psychanalyste, professeur de Sciences politiques, a une longue expérience des publics dits « vulnérables ». Son livre en porte la trace. Les droits inaliénables des citoyens et la perte de citoyenneté des plus pauvres forment le cœur de sa réflexion.

L’auteur s’interroge sur le contenu de l’action publique en matière sociale. Elle considère les inflexions récentes, en dévoile les sources d’inspiration et en montre les dangers. L’analyse d’Hélène Thomas repose sur une définition politique du rapport entre l’État et les inégalités sociales. En France, « de la libération à la fin des années 80, les inégalités sociales, plus qu’une injustice de fait, constituent une injustice de type politique car elles sont le signe d’une non-effectivité des droits et liberté pour certains en démocratie ».

Faisant un travail d’historienne autour de l’apparition et de l’usage actuel des concepts théoriques tels que vulnérabilité, résilience, fragilité, précarité, devenus centraux dans le langage savant et dans les institutions, elle avance que cette modification dans le langage a eu pour effet de changer l’action publique concernant les inégalités et de mettre en place un nouveau modèle politique de contrôle des pauvres et des sans pouvoir. Elle constate que même les porte-paroles des mouvements sociaux et les intellectuels se sont emparés de ces concepts.

Avec des exemples elle montre comment les pauvres sont coupés de l’exercice de leurs droits humains et cantonnés dans le rôle de victimes.

Selon elle l’égalité a été remplacée par l’équité, principe juridique et technique qui « justifie l’abandon de la visée égalitaire ». La liberté a été remplacée par la dignité qui « contrairement aux droits fondamentaux du citoyen constitue un droit non exigible par ses titulaires. Qui plus est, elle leur est opposée comme obligation ». Et enfin la fraternité a été remplacée par la responsabilité notamment sous la forme d’une obligation d’autonomie et à l’invisibilité politique qui « les relègue dans une citoyenneté marginale. ». Elle affirme que « désormais la guerre est déclarée non plus à la pauvreté mais aux pauvres, enrôlés dans ce combat contre eux-mêmes ».

Elle conclut : « Des dispositifs législatifs et réglementaires concrétisant ces principes antidémocratiques ont matérialisé le traitement d’exception désormais appliqué à tous les vulnérables. Leurs droits sont conditionnels et leur liberté aliénable. »

Hélène Thomas a une grande exigence démocratique et sait la faire partager à travers un texte ardu dans lequel cependant la vie des plus pauvres palpite.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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