Le dessin adoucit les mœurs

Hélène Perdereau

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Hélène Perdereau, « Le dessin adoucit les mœurs », Revue Quart Monde [Online], 218 | 2011/2, Online since 05 November 2011, connection on 08 April 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5173

Itinéraire d’une illustratrice professionnelle pour laquelle le dessin conduit à un échange et une connivence avec les personnes exclues et participe à leur lutte.

Index de mots-clés

Culture

Il y a une vingtaine d’années, alors que j’étais étudiante à l’ENSAD2 notre professeur de graphisme, François Miehe, nous a fait travailler sur le Mouvement ATD Quart Monde.

A cette époque, je dessinais tout le temps. Je remplissais des carnets quand j’étais en voyage et je commençais à travailler en réalisant des reportages dessinés pour la presse et l’édition.

Avec les détenus de la prison de la Santé

En parallèle, je donnais quelques cours de dessin dans des lieux différents. Une année, j’ai eu la chance de faire cette expérience avec les détenus de la prison de la Santé à Paris. Ça a été une expérience humaine très forte pour moi, pendant laquelle j’ai eu l’impression d’apprendre plus de choses sur moi et les autres que les notions de bande dessinée que j’étais censée transmettre aux détenus. Je me souviens très clairement de l’importance que ce rendez-vous hebdomadaire avait pour eux, de l’énergie et de l’exigence que certains d’entre eux mettaient dans leurs créations.

En reportage dessiné en Afrique et en Amérique latine

L’année suivante, je suis partie avec Jean-Michel Rodrigo en reportage dessiné au Pérou, pour la collection Carnets du Monde chez Albin Michel jeunesse. Ce livre relatait la vie et la solidarité active au cœur de la Villa El Salvador, un bidonville hors du commun aux abords de Lima. A la sortie du livre, j’ai été invitée aux Journées du Livre contre la misère à la Cité des Sciences et de l’Industrie (Paris, la Villette)3 pour en parler.

Jean-Michel Rodrigo était rédacteur en chef de la revue du Comité français contre la faim. Avec le CFCF, je suis repartie plusieurs fois faire des reportages dessinés en Afrique et en Amérique Latine, période magique de ma vie, teintée de mille rencontres et de beaucoup de partage.

« Pourriez-vous dessiner des poulets ?... »

Au retour d’un voyage, un ami m’a parlé de la Lettre aux Amis du Monde4 qui avait besoin d’un dessinateur…C’était en 1993. Cela fait donc presque vingt ans que je lis et illustre de quelques dessins, avec beaucoup de plaisir, chaque numéro !

Je suis très heureuse d’apporter cette humble contribution, même si je suis consciente que ces dessins ne sont qu’une petite goutte d’eau dans la lutte contre la misère. Les témoignages de ces gens formidables qui, partout dans le monde, luttent au quotidien, réfléchissent et agissent pour trouver des solutions durables et satisfaisantes, forcent mon respect.

Quand je dessine pour la LAM, les témoignages des correspondants du Forum permanent me replongent dans des sensations vécues au cours de mes voyages et m’aident à dessiner ces scènes de vie et ces gens comme s’ils étaient devant moi.

Je me souviens qu’en Bolivie, pendant le tournage du documentaire Cocafé, je dessinais des paysans qui défendaient leurs terres en campant dans des tentes de fortune jour et nuit, résistant aux assauts successifs des autorités. Il y avait déjà eu plusieurs affrontements avec la police. Ces gens étaient fatigués et tendus. L’un d’entre eux est venu me voir pendant que je dessinais cette scène et m’a dit : «  Pourriez-vous  dessiner des poulets, cela serait plus utile, car nous avons faim... » Je me suis sentie bien bête  et  très décalée.

Mais je me suis dit aussi que ce film et les dessins qui l’accompagneraient et qui parleraient de ces gens, de leur lutte, de leur courage, aideraient leur cause un jour, même indirectement, même si je ne pouvais pas leur donner à manger, les aider concrètement, tout de suite.

Continuer à diffuser les couleurs et l’énergie

La plupart du temps, j’ai constaté que le dessin adoucissait les mœurs autant que la musique, et qu’il était une grande source de partage et de joie avec les gens. J’ai rarement ressenti de l’hostilité à mon égard quand je dessinais dans des endroits publics. Le temps de réalisation du dessin laissant la place à une connivence, un échange. Avec les enfants surtout. En Afrique, certains jours, il m’était impossible de dessiner la moindre perspective de rue parce que, immanquablement, un attroupement d’enfants curieux et hilares se formait autour de mon carnet, et de ma boîte d’aquarelle… Je dessinais donc surtout des portraits, qui les faisaient hurler de rire et leur plaisaient beaucoup.

Je suis devenue plus sédentaire aujourd’hui. C’est pourquoi lire et dessiner pour la LAM  a du sens pour moi. Ces dessins sont une manière de continuer à transmettre, à diffuser doucement toutes les couleurs et l’énergie emmagasinées au cours de ces voyages et de ces rencontres.

2 Ecole nationale supérieure des arts décoratifs.
3 Organisées chaque année par le Mouvement ATD Quart Monde France.
4 Publiée trois fois par an par le Forum permanent sur l’extrême pauvreté dans le monde. Voir le site : http://www.atd-quartmonde.org/-Forum-permanent-sur-l-extreme-.html
2 Ecole nationale supérieure des arts décoratifs.
3 Organisées chaque année par le Mouvement ATD Quart Monde France.
4 Publiée trois fois par an par le Forum permanent sur l’extrême pauvreté dans le monde. Voir le site : http://www.atd-quartmonde.org/-Forum-permanent-sur-l-extreme-.html

Hélène Perdereau

Hélène Perdereau est illustratrice1 et collabore gracieusement aux publications du Mouvement ATD Quart Monde depuis de longues années.

CC BY-NC-ND