Aki Kaurismäki, Le Havre

Film finlandais, 2011

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 48

Bibliographical reference

Aki Kaurismäki, Le Havre, comédie dramatique finno-franco-allemande produite, écrite et réalisée par Aki Kaurismäki avec André Wilms, Jean-Pierre Darroussin, Kati Outinen et Blondin Miguel, Prix Louis Delluc 2011.

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Aki Kaurismäki, Le Havre », Revue Quart Monde, 222 | 2012/2, 48.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Aki Kaurismäki, Le Havre », Revue Quart Monde [Online], 222 | 2012/2, Online since 01 November 2012, connection on 20 November 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5337

Étrange et beau, il se présente comme une succession de compositions de cartes postales surréalistes. Il est déroutant. On est surpris par les acteurs comme si on les regardait subrepticement, au travers d’un œilleton indiscret, en train de répéter leurs textes alors que leur diction reste encore un peu trop théâtrale.

Passé l’effet de cette première cocasserie, on finit par s’adapter.

Comme en contre-feux à l’exposition à l’émotion, la distance et le décalage semblent bien avoir là pour mission de susciter une véritable réflexion.

Nous sommes devant une histoire qui ne nous prend pas d’abord par les émotions, mais par la dérision, le désuet. Son impact est poétique et politique.

De quoi s’agit-il donc ?

Le personnage principal (joué par André Wilms) porte le nom impossible de Marcel Marx ; il a une femme qui s’appelle Arletty (jouée par Kati Outinen), une femme malade et qui ne se plaint pas, une chienne prénommée Laïka, un ami irrégulier, vietnamien ou peut-être chinois nommé Chang (ça dépend du point de vue qu’on adopte) qui l’aide à cirer des chaussures en gare du Havre. Il a en plus un passé d’écrivain non reconnu et vit dans une zone populaire du Havre sans chichi, avec des habitudes de prolo. Voilà tout d’abord à la fois un vécu et un décor de couleur bleue et enfin une belle série de clins d’œil !

Cependant la vie tranquille de Marcel Marx va basculer.

Comme dans le film Welcome surgit une réalité dure. Celle des immigrés clandestins tous sortis d’un container arrivé par voie d’eau et dont, en principe, la destination finale était Londres …

Tous arrêtés par la police, et conduits au centre de rétention administrative, sauf un gamin de quatorze ou quinze ans qui s’enfuit avec agilité... Alors qu’un policier, Monet, (joué par Jean-Pierre Darroussin), énigmatique personnage d’un bout à l’autre du film, couvre sa fuite…

La rencontre de l’enfant Idrissa et de Marcel Marx se fera au bord de l’eau et dans le monde simple de Marcel Marx ! La caméra explore le décor d’une France peuplée de « petites gens » et de policiers investis d’une mission précise. Les uns au grand cœur, les autres se délectant dans le rôle de « délateurs ». Ce sont des commerçants issus du petit peuple - la boulangère qui ne veut plus faire crédit, le légumier qui fait mine de se fâcher - qui tous, tour à tour se montrent « durs en affaires » ou généreux. Autres petites gens du Havre, ces piliers de bistrot aux mines patibulaires de fin fond de province, le rocker Little Bob convoqué par Marcel Marx pour trouver des subsides afin d’aider Idrissa à rejoindre Londres, la patronne du bistrot, Claire, et même le médecin de l’hôpital (Pierre Étaix) qui va soigner Arletty. Ils sont plus qu’émouvants, ils sont vrais. Tous sont des Français moyens semblables à leurs concitoyens qui, aux heures sombres de l’occupation, devaient décider dans un court instant des choses de la vie et de la mort. Un film donc sur la fraternité des hommes du peuple, réalisé par un cinéaste finlandais, Aki Kaurismäki, dont il apparaît bien qu’il aime la France dans ses détails.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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