Assurer l’éducation primaire pour tous les enfants

Lenen Rahaman

References

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Lenen Rahaman, « Assurer l’éducation primaire pour tous les enfants », Revue Quart Monde [Online], 228 | 2013/4, Online since 05 May 2014, connection on 12 August 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5798

Comment réussir une éducation pour tous qui inclue la coopération entre les enfants, les enseignants, les parents et les communautés? L'auteur1 réfléchit à cette question en se référant à l'expérience du « village du millénaire » Harguzirpar, dans le nord du Bangladesh2

Index de mots-clés

Ecole, Education, Enseignement

Index géographique

Bangladesh

Au Bangladesh le taux d’illettrisme est de 55% (des personnes de plus de 14 ans). Malgré l’engagement du gouvernement à assurer l’éducation primaire gratuite, dans les familles pauvres, nombreux sont les enfants qui ne sont pas scolarisés, ou qui quittent l’école très tôt.

Qu’est-ce qui empêche les gens d’accéder à l’éducation ?

  • L’école coûte : même si l’école ne demande pas des frais directs, des coûts liés à l’écolage, comme les livres, l’uniforme, des cours particuliers, sont trop pour les familles pauvres.

  • Les enfants sont indispensables comme source de revenus pour assurer la survie de la famille ; certains enfants de la fratrie travaillent pour assurer l’écolage d’autres enfants de la même fratrie.

  • Il y a des barrières sociales: certains enseignants ou écoles sont réticents à prendre des enfants de famille pauvres. D’autre part, les parents ne savent pas gérer les formalités administratives pour que leurs enfants soient admis à l’école.

  • Manque d’infrastructure : dans les régions isolées il n’y a pas assez d’écoles.

Les perceptions culturelles: l’éducation des filles est perçue comme un luxe inutile, puisque les ressources sont rares.

Même si les enfants de familles pauvres atteignent le niveau  primaire, souvent ils arrêtent avant de terminer la 5e classe. Ceci pour différentes raisons :

  • Les parents sont illettrés et ne peuvent pas apporter leur soutien pour les affaires d’école, ils ne peuvent pas aider pour les devoirs ; les enfants qui vont à l’école sont parfois perçus comme paresseux car ils ne participent pas aux revenus de la famille.

  • En cas de difficultés financières, les enfants doivent quitter l’école pour économiser les dépenses.

  • Souvent les enseignants ne soutiennent pas les enfants pauvres, ils ne comprennent pas leurs difficultés, comme les absences pour les récoltes, ou le manque de temps pour étudier à la maison, ou le manque d’argent pour les frais et les livres.

  • Les classes sont souvent trop grandes, les enfants pauvres se retrouvent au fond de la classe et perdent leur intérêt.

Souvent le système d’éducation officiel discrimine les pauvres et les minorités, les personnes qui ne rentrent pas dans les « normes prescrites ».

Comment réussir une éducation participative ?

Harguzirpar est un village de 300 ménages dont 70% vivent dans la pauvreté ou l’extrême pauvreté. Depuis 2009, Mati y développe avec les villageois une approche participative des objectifs du Millénaire. Il s’agit d’améliorer leurs conditions de vie selon leurs priorités.

Beaucoup d’enfants n’allaient pas à l’école. Il n’y a avait pas de pré-primaire dans le village et l’école d’une autre ONG n’avait que peu de places disponibles. Afin d’être admis dans une première classe d’une école publique, les enfants avaient besoin d’une éducation préscolaire pour passer l’examen d’entrée.

Les villageois ont construit ensemble un centre communautaire au milieu du village. Une pièce était destinée pour l’école, l’autre pour une formation de couture pour les femmes. Chaque année, 40 enfants (âgés entre 4 et 6 ans) vont à la pré-école, en deux équipes (20 dans chacune). L’enseignante est une femme lettrée de la communauté. L’école est au centre du village, à seulement quelques mètres de la maison des enfants. Une journée d’école dure 1h30, cela correspond à leur capacité de concentration. Les mères peuvent s’asseoir dans la cour et suivre ce qui se passe à l’école. Souvent la communauté discute des objectifs qu’elle voudrait que l’école ou l’enseignante puisse atteindre.

La communauté perçoit l’école comme une étape importante pour assurer l’alphabétisation de leurs enfants. Ces gens sont prêts à de grands sacrifices pour pouvoir envoyer leurs enfants aux écoles publiques coûteuses.

L’éducation se passe de diverses manières, pas seulement à l’école. Cela se passe partout où les gens agissent ensemble et apprennent les uns des autres. Les parents illettrés sont aussi les éducateurs de leurs enfants et leur apprennent beaucoup de choses :

  • le comportement social,

  • les connaissances en agriculture, des affaires traditionnelles,

  • l’histoire orale de la communauté, des chansons et histoires,

  • la valeur de leur communauté et de leur environnement.

C’est pourquoi l’éducation n’a pas seulement lieu en classe mais dans beaucoup d’endroits en dehors de celle-ci et de manière informelle. Cette éducation informelle est souvent d’une très grande valeur pour former les êtres humains. Malgré cela, pour les parents en situation de pauvreté il est souvent d’une grande importance que les enfants puissent participer au système scolaire officiel et obtenir un diplôme reconnu car cela leur permet d’intégrer la société dominante.

Cependant le système scolaire traditionnel a une approche du haut vers le bas. Seule la transmission de l’enseignant envers les enfants est reconnue comme éducation. Que ce soit aussi les enfants qui éduquent (leurs parents, leurs frères et sœurs, leurs camarades, la société…) est souvent ignoré et la participation des parents et de la communauté dans des processus d’éducation officielle n’est souvent pas souhaitée par les écoles.

1 Intervention au séminaire Connaissance à partir de l'expérience : Construire l'agenda du développement durable post-2015 avec des personnes vivant
2 Traduit de l’anglais par Juliet Harding.
1 Intervention au séminaire Connaissance à partir de l'expérience : Construire l'agenda du développement durable post-2015 avec des personnes vivant dans l'extrême pauvreté, New York, 26 juin 2013.
2 Traduit de l’anglais par Juliet Harding.

Lenen Rahaman

Lenen Rahaman est le fondateur et directeur exécutif de Mati, une ONG locale au nord du Bangladesh travaillant dans les domaines de l'éducation, des moyens de subsistance et du renforcement de la capacité d'action des femmes.

CC BY-NC-ND