Permettre la survie ou investir dans l'homme

Mascha Join-Lambert

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Mascha Join-Lambert, « Permettre la survie ou investir dans l'homme », Revue Quart Monde [Online], 159 | 1996/3, Online since 01 March 1997, connection on 06 May 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/756

L'aide sociale se doit de promouvoir l'homme. Mais est-il possible de vivre dignement lorsqu'on en dépend ?

Texte écrit en 1996 avec un portrait cité à l'Assemblée annuelle du Mouvement ATD Quart Monde en Allemagne, Munich, 1988

Lors de sa dernière visite aux amis du Mouvement international ATD Quart Monde en Allemagne, le père Joseph Wresinski parla de liberté. « Un homme est libre s'il est libéré du mensonge », dit-il.

« Ce que j'ai souffert, je ne peux le raconter à personne. Si je crie, ils disent que je suis folle ou bien malade » dit une jeune femme à ce propos et d'autres ajoutent : « Mon mari a droit à l'aide sociale seulement si on le déclare invalide. Mais il pourrait encore bien travailler un peu », « Mon mari est un raté », « Je suis le canard boiteux de ma famille ». Comment puis-je expliquer ma propre vie si moi-même je dois me traiter de raté ?

Comment trouver sa propre vérité si celle-ci doit toujours s'effacer devant les explications des autres, de ceux qui exercent une autorité ?

Le père Joseph Wresinski rappela encore qu'un homme est libre s'il est libéré de la peur. Libéré de la peur d'être sanctionné, par exemple, pour n'avoir jamais pu apprendre à bien élever des enfants. Peur parce qu'il est « trop peu mûr », « trop peu crédible ». Peur de s'effondrer devant l'instituteur car il ne parvient pas à lui expliquer que son enfant est malheureux dans sa classe. Peur de devoir donner ses enfants à d'autres qui ont eu une vie meilleure.

Cette réflexion veut aider à faire comprendre comment et contre quoi des familles allemandes défendent leur liberté, pourquoi elles avancent sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, pourquoi madame Breiter, que nous avons interviewée, parle à voix basse pour évoquer la dignité humaine.

Une histoire « significative »

Elle ne parle pas l'allemand académique ; souvent, elle ne trouve pas ses mots. Pour exprimer ses pensées, elle doit effectuer des détours.

Lors d'une réunion électorale, sa voix ne porterait pas. Peut-être n'oserait-elle même pas prendre la parole parce qu'elle sait fort bien que « cela » ne lui est pas permis et qu'elle ne doit rien dire, à personne, de ce qui s'est passé il y a déjà plus de trente ans. Comment elle a volé des pommes de terre pour donner à manger à ses enfants. Comment tôt le matin, de six heures à huit heures, elle a vendu des journaux lorsque que son mari était interné en clinique psychiatrique. Et comment ses voisins l'ont dénoncée pour avoir travaillé au noir. C'est pourquoi sa voix se fait encore plus discrète.

Pourtant, elle fait un discours, - notre Président fédéral n'en ferait pas de meilleur -, qui nous amène à comprendre où se trouve la racine du combat contre la pauvreté.

Son mari, lui, ne dit rien. Sa voix est cassée. Il se tient dans un coin de la pièce, là où le chien est couché. Il se tourne vers l'animal lorsque ce qui est dit le touche. Probablement a-t-il perdu des occasions de s'exprimer - mais en a-t-il jamais eues ? Il ne s'exprime que par sons entrecoupés. Il nous laisse l'impression d'un homme profondément découragé.

Madame Breiter est originaire de Silésie. En 1945, elle a dû fuir avec ses parents pour aller vivre chez un fermier en Bavière. En 1947, son père a trouvé un travail d'employé municipal à Stuttgart. Il a fait venir sa famille que l'on a installée dans un préfabriqué en dehors de la ville.

Les préfabriqués - anciennes baraques de prisonniers - étaient tous identiques : deux pièces, toilettes communes, eau à l'extérieur. Madame Breiter y vécut environ douze ans. D'un premier mariage, elle mit au monde cinq enfants dont deux handicapés : l'un atteint d'une méningite et l'autre handicapé à vie après un accès de violence de son mari - il n'y avait jamais assez d'argent. D'un second mariage, elle eut trois enfants.

Dire oui à une vie nouvelle.

Certains événements décisifs qu'elle raconte peuvent aider … comprendre comment elle a réussi à maintenir sa famille et son couple unis. Et ce, non grâce aux services sociaux mais plutôt parallèlement à eux.

C'est après son divorce qu'elle a connu son mari actuel. Il venait d'Allemagne de l'Est où il travaillait dans l'armée. Il a trouvé refuge chez elle, dans les préfabriqués. Mais les voisins les ont dénoncés et la police des mœurs est venue.

La police a-t-elle saisi ce que demandait, dans ce d‚nuement, avec des enfants malades, après l'échec d'un premier mariage, de dire oui à une nouvelle vie commune ? Nous l'ignorons. Elle proposa néanmoins l'alternative suivante : « Ou bien vous vous mariez ou bien les enfants sont placés en foyer dans les vingt-quatre heures ». (Aujourd'hui on dirait probablement le contraire car il existe des aides pour parents isolés). « Je me serais mariée sans cela » ajoute madame Breiter en se tournant vers son mari.

Sa mère lui a prêté une robe, son père a trouvé un costume noir dans une poubelle - un beau costume ! - et une nouvelle vie commença. Monsieur Breiter a accepté la responsabilité de chef de famille nombreuse.

Il a vite appris qu'il ne pouvait vraiment compter que sur lui. Alors qu'il demandait à une administration une aide pour ses enfants, il se vit répondre que, ayant une voiture, il n'avait qu'à la vendre, qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait en se mariant.

Alors, il a vendu la voiture, son seul capital. Peu de temps après, son beau-père lui a trouvé un emploi dans les services municipaux. Mais une visite médicale a révélé une tuberculose avancée. Depuis, il passe la plupart de son temps en sanatorium. La famille vit de l'aide sociale.

Lors d'une visite chez lui est arrivé le drame : il crachait du sang et aurait dû être opéré d'urgence. Il a refus : « Si c'est pour mourir, je reste comme je suis »

Les services de santé, l'association de protection des enfants, les services sociaux, tous ont dépêché des émissaires. Un nouveau logement fut rapidement trouvé pour la famille tandis que les enfants handicapés sont allés dans un centre de soins.

Monsieur Breiter ne peut pas travailler. Il est en conflit avec les services sociaux parce qu'il ne supporte pas que chaque centime lui soit compté, que l'aide lui soit supprimée s'il d‚passe de 2 DM, soit 7 FF, le seuil fixé. Cela le rend malade de ne pouvoir parler à personne de ce qu'il trouve injuste, cela le rend malade de devoir toujours baisser la voix.

Il est malade de regarder, passif, sa femme subvenir seule aux besoins de la famille.

Monsieur Breiter boit. Il ne supporte rien. Il a des crises de folie furieuse et il est interné en clinique psychiatrique. Sa femme raconte : « Il m'a tout casé. Le lendemain, je suis allée chez le médecin et je lui ai parlé. Voyez-vous, pour remonter la pente, il a besoin d'aide. Si quelqu'un touche le fond et qu'il n'a personne auprès de lui pour lui dire "allez, allez", alors là, cela devient vraiment grave. Il faut que quelqu'un soit là et dise : « il faut que j'y arrive, il faut que j'y arrive, il faut que j'y arrive » sinon c'est perdu »

Aujourd'hui, monsieur et madame Breiter élèvent leur petite-fille, enfant de leur fille qui a payé de sa santé la détresse de ses parents. Ils connaissent un collaborateur de l' « Arbeiterwohlfahrt »1, qui, chaque jour, vient s'occuper de l'enfant. Madame Breiter économise sur l'argent de l'assurance chômage pour soutenir l' « Arbeiterwohlfahrt ». « Nos enfants ne doivent pas payer pour les fautes que nous avons peut-être commises, n'est-ce pas ? »

N'avons-nous pas chacun l'expérience que « l'égalité des hommes grandit dans le cœur des hommes », comme le disait le père Joseph Wresinski ? Pourquoi nous est-il si difficile d'offrir notre confiance … ces familles qui, tout au long de leur vie, sauvent la dignité humaine comme un trésor ?

« Je dois courir d'une administration à l'autre et me battre contre la société » dit une jeune mère.

Les plus pauvres - les familles Breiter du monde entier - sont pour nous des maîtres en matière de droits de l'homme car ils d‚tiennent le sens de la justice sous forme « cristallisée ». C'est peut-être ce que nous pouvons retenir comme premier point.

Bâtir son propre bonheur

Vous allez me dire : « Mais personne ne leur conteste leurs droits. Viennent-ils quand on les convoque ? Ne nous mènent-ils pas par le bout du nez et ne nous racontent-ils pas des histoires ? Ils ne sont pas capables de prendre leur vie en main. Ils quittent les emplois et les places d'apprentissage que nous leur en avons trouvés »

« Désintéressés », « sans caractère », voilà ce que l'on entend à leur propos, à propos des plus pauvres, dans la rue, dans les foyers, dans les refuges pour sans-abri, dans les pensions et les abris les plus rudimentaires.

N'idéalisons-nous pas la pauvreté quand nous parlons des idéaux des plus pauvres ? Ne vaut-il pas la peine de s'engager pleinement pour chacun d'entre eux ? Le devoir le plus urgent n'est-il pas de créer les conditions qui permettent au plus grand nombre de bâtir son propre bonheur ?

Quelles inspirations nouvelles pourraient apporter ces plus pauvres pour lesquels, dans toute civilisation, des hommes et des femmes de bonne volonté se sont sacrifiés sans parvenir à bout de la destruction de l'homme par l'homme ?

A travers nos doutes, dans nos familles, dans notre milieu professionnel, n'éprouvons-nous pas tous combien il est difficile de tenir face aux difficultés de la vie ? Madame Breiter nous offre une leçon de courage et de tendresse : se lever chaque matin en disant oui à l'humanité. En fait, toutes les madames Breiter, celles d'hier et d'aujourd'hui, leur mari, tous les enfants qui, à leur façon, aident leurs parents nous donnent une leçon de courage...

Que cette leçon soit entendue, qu'elle soit « com-prise », éprouvée avec « com-passion » et pas seulement, comme on le dit aujourd'hui, pour que les hommes aient « un peu plus de cœur entre eux »

Il ne s'agit pas d'être un peu plus amical, il s'agit d'apprendre de la résistance de ces familles. Leur expérience de vie ne demande qu'à entrer dans notre m‚moire commune, dans notre conscience historique. La résistance de ces familles est un indicateur nécessaire pour l'état de la démocratie, des politiques économiques, sociales et culturelles. Ceci devrait être le second point à retenir.

L'ambition de la dignité

A cet égard, l'histoire de la famille Breiter pose bien des questions :

  • Pourquoi madame Breiter n'a-t-elle pas appris de métier ?

  • Pourquoi monsieur Breiter n'a-t-il rien appris ? Que faisait-il dans l'armée de la R.D.A. ?

  • Pourquoi est-il devenu tuberculeux ?

Ces questions nous emmènent plus loin dans l'histoire de la pauvreté en Allemagne. Il est possible que ces familles aient connu des temps meilleurs lors du miracle économique des années soixante et soixante-dix ; elles n'ont pourtant jamais trouvé le lien qui les rattacherait à la vie sociale. Les syndicats, les partis, les églises, les associations de jeunesse, les associations de parents, les associations de musique…, n'ouvrent durablement leurs portes aux plus pauvres que de façon exceptionnelle.

A défaut d'intégration, des structures d'aide sociale avec de nombreuses portes d'entrée ont été améliorées. Mais où sont-les portes de sorties ? « J'ai toujours vécu du social » dit madame Breiter. « Ce qui va véritablement changer pour les enfants ? Je ne sais pas » dit, au nom de tant d'autres, une jeune mère de Cologne qui bénéficie de l'aide sociale.

La porte de sortie, selon madame Breiter, se trouve dans la solidarité qui refuse la déchéance humaine, qui exprime l'ambition de la dignité. Le système allemand d'aide sociale ‚tait sens‚ en être un instrument. En réalité, il est devenu une administration qui gère et encadre les plus pauvres leur vie entière, à leur corps défendant. Vivre dans la dignité - principe originel de la loi d'aide sociale - non pas grâce aux aides mais malgré elles est devenu le souci des plus démunis.

Un court retour en arrière sur la protection sociale et sur ce qu'a été l'esprit des soins apport‚s aux plus pauvres peut éclairer ce glissement.

La protection des pauvres a souvent signifié, et signifie encore, la protection contre les pauvres. De Sainte Elisabeth de Thuringe2 à Friedrich von Bodelschwingh3, des hommes et femmes ont entièrement consacré leur vie à la défense des plus pauvres. Cependant, l'aide aux plus d‚munis a longtemps été une traduction juridique de la peur qu'ils inspiraient. Ainsi, en Allemagne, il y a droit au logement parce qu'existe une ordonnance policière interdisant le vagabondage dans le souci de veiller au calme et à l'ordre public. C'est aussi particulièrement vrai dans le domaine de la santé où les soins aux pauvres et aux malades, le droit à l'hygiène (et l'obligation d'hygiène) servaient surtout à protéger la population. L'apparition des services sociaux au moment de la crise de tuberculose décrite par madame Breiter l'illustre bien. Plus encore, un homme sans abri de Stuttgart en témoigne intuitivement lorsqu'il dit : « Ils auront bien un logement pour moi lorsque je serai mort et que j'aurai senti mauvais pendant trois jours... »

Une nouvelle conscience

Il y a eu un tournant après la deuxième Guerre mondiale et l'Holocauste. La Déclaration générale de l'Organisation des nations unies en 1948, la Convention européenne des Droits de l'homme, reconnaissent d'imprescriptibles sécurités, l'inaliénabilité de la dignité humaine, le droit à la vie, l'interdiction des discriminations. L'humanité s'est créé une nouvelle conscience, précisément vivifiée par l'expérience des faiblesses et des humiliations. C'est en cet esprit que les plus pauvres du monde peuvent réellement se sentir chez eux aux Nations unies et au Conseil de l'Europe.

Au début des années soixante, la prospérité laissa espérer en Europe que l'on pourrait compléter la démocratie politique d'une démocratie économique. Naquit alors la Charte sociale européenne. En Allemagne, aux Pays-Bas, en Grande Bretagne, on institua le droit à un revenu minimum. La protection des travailleurs, la protection de la famille, le droit à la santé, la protection sociale, furent reconnus comme droits légitimes de tout individu. Cependant, dès leur mise en application, ces droits ont été ébranlés jusque dans leur principe même. La vieille suspicion vis-à-vis des pauvres a pris le dessus avec son cortège de justifications.

Que s'est-il passé ?

A chaque fois qu'une avancée a été faite dans la protection des plus pauvres, elle a immédiatement été limitée. Par exemple, la Convention européenne, d'un côté, renforce le droit à la libre expression mais, d'un autre, elle accepte que celle-ci soit limitée si « le calme et l'ordre, la moralité et les bonnes mœurs, l'hygiène et la santé » sont en danger. Les plus pauvres ne sont-ils pas les premiers à être concernés par ces restrictions ?

Ou encore, comme dans le cas de monsieur Breiter, l'obligation d'avoir liquidé tout son capital avant d'avoir droit à l'aide sociale et l'interdiction de dépasser un plafond très bas de revenus empêchent les plus pauvres de se constituer un petit pécule ou d'épargner. L'aide sociale reste un instrument de survie mais non de lutte contre la pauvreté

Citons encore le fait que les allocataires reçoivent l'aide sociale sous forme de tickets de vestiaires, de bons pour des objets ménagers bien d‚finis, et ce pour des durées déterminées, comme s'ils n'étaient pas capables de décider eux-mêmes. Il en résulte que le système paraît détestable à ceux qui l'administrent tant qu'à ceux qui en bénéficient. Il est humiliant et il empêche la promotion sociale : il est doublement contre-productif

Respecter le contrat social

Les droits de l'homme sont indivisibles parce que la personne humaine est indivisible : pour s'épanouir, il lui faut un « contrat social » et non pas des bons. Là où tel contrat est bafoué, là où les droits économiques et sociaux sont reconnus comme « des aumônes de la société », comme l'exprime une mère irlandaise, l'humanité de l'homme est aussi bafouée que là où la torture est pratiquée.

Le risque des « réformes » actuelles de l'aide sociale est de raviver la méfiance envers les pauvres. Or, du fait des restrictions budgétaires, il faut plus de solidarité. Comme elle est une valeur constitutive de la démocratie, l'Etat se doit d'en être le garant. Appliquer l'indivisibilité des droits et assumer ses responsabilités, c'est aussi investir. Investir dans l'éducation, la formation et le travail pour que la société cesse de gâcher la richesse que sont aussi les plus pauvres. C'est permettre aux ménages défavorisés d'économiser pour préparer l'avenir de leurs enfants. C'est peut-être aussi les y inciter. C'est donc prendre en compte les coûts sociaux à long terme - ignorés jusque là - que la pauvreté engendre.

Nous devons faire connaître le rapport Wresinski4 en Allemagne et réaliser ses propositions pour que la dignité de nos démocraties soit protégée grâce aux efforts des plus pauvres.

1 Oeuvre d'entraide de la social-démocratie

2 Epouse du comte régnant sur la Thuringe, elle fut veuve très jeune et consacra sa vie aux plus pauvres. Elle a été canonisée en 1236, cinq ans après

3 Né en 1877, mort en 1946. Pasteur fondateur de l'institution Bethel, l'un des plus grands centres de thérapie pour handicap‚s physiques et mentaux

4 Grande pauvreté et précarité économique et sociale. Avis et rapport du Conseil économique et social présent‚ par le père Joseph Wresinski. Journal

1 Oeuvre d'entraide de la social-démocratie

2 Epouse du comte régnant sur la Thuringe, elle fut veuve très jeune et consacra sa vie aux plus pauvres. Elle a été canonisée en 1236, cinq ans après sa mort

3 Né en 1877, mort en 1946. Pasteur fondateur de l'institution Bethel, l'un des plus grands centres de thérapie pour handicap‚s physiques et mentaux aujourd'hui en Europe

4 Grande pauvreté et précarité économique et sociale. Avis et rapport du Conseil économique et social présent‚ par le père Joseph Wresinski. Journal officiel, 28 février 1987

Mascha Join-Lambert

Mascha Join-Lambert, allemande, française par mariage, diplômée en sciences politiques, est volontaire du Mouvement international ATD Quart Monde. Elle y a été longtemps attachée à la coopération avec les organisations internationales européennes. Maintenant responsable de l'équipe d'Allemagne, elle vit, depuis trois ans, avec sa famille dans l'ancienne Allemagne de l'Est.

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