Colette Pétonnet. Variations sur la ville

CNRS Éd. Biblis, 2018

Catherine Cugnet

p. 61

Bibliographical reference

Colette Pétonnet. Variations sur la ville. CNRS Éd. Biblis, 2018, 316 p.

References

Bibliographical reference

Catherine Cugnet, « Colette Pétonnet. Variations sur la ville », Revue Quart Monde, 250 | 2019/2, 61.

Electronic reference

Catherine Cugnet, « Colette Pétonnet. Variations sur la ville », Revue Quart Monde [Online], 250 | 2019/2, Online since 01 June 2019, connection on 16 October 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8022

Constitué de textes choisis parmi les nombreux écrits de l’ethnologue Colette Pétonnet (1929-2012), ce recueil permet de saisir les tâtonnements méthodologiques de la chercheuse et de comprendre les intérêts profonds qui l’ont amenée à s’engager dans cette discipline d’ethnologie urbaine qu’elle a créée.

Ces textes sont présentés dans l’ordre chronologique (de 1970 à 2000). Le titre du dernier, texte d’une intervention à Rio de Janeiro, inédit en français, résume ce que l’auteur a toujours recherché dans la ville : Itinéraire d’une anthropologue en milieu prolétarien.

En 1970, Colette Pétonnet se questionne sur l’inquiétude face à la croissance des villes et le manque d’intérêt réel qu’elle suscite : pourquoi qualifier les quartiers neufs et denses « d’ensembles » ? Une ville est « toujours un ensemble »... Elle dénonce l’opinion publique fixée à des « critères obsolètes », comme l’habitat « normal » ou « précaire donc anormal », qui désigne d’abord l’habitat puis glisse vers l’humain qui l’habite.

Son intérêt pour les démunis, elle l’explique dans l’intervention rapportée dans son Itinéraire... Chargée d’accompagner des jeunes filles marocaines pauvres, à Casablanca, elle a « appris la pauvreté simple, celle qui ne dépare pas la dignité humaine, et la générosité, et l’hospitalité ». Rentrée en France, auprès de jeunes de banlieue, elle découvre la misère et son cortège de corollaires, les services sociaux, les incompréhensions de toutes parts dans l’urbanisation galopante des années 60.

Alors son objectif prend forme : « Chercher la raison de la stagnation des prolétaires français ». Elle s’inscrit à l’Institut d’Ethnologie. Il lui apparaît nécessaire de faire un grand détour par l’observation d’immigrés récents. Elle s’intéresse donc aux bidonvilles et elle souligne qu’il y manque l’intervention d’un ethnologue pour « étudier en profondeur les hommes des bidonvilles dont on ne parle jamais ».

Elle constate que « les générations anciennes s’adaptent à leur espace, les plus récentes se normalisent ». D’ailleurs elle voit la « cité de transit » comme un lieu inventé pour « apprendre à habiter de façon normale ».

Dans plusieurs écrits, elle revient sur l’évolution de l’ethnologie urbaine en France aux débuts difficiles (malgré le soutien de Lévi-Strauss, Leroi-Gourhan et Roger Bastide) et regrette que la plupart des études menées soient des études « dans la ville » et non « de la ville ».

Sa réflexion sur l’anonymat dans la ville est éclairante : « L’anonymat est collectif, ce sont les individus qui le vivent et le gèrent, dans les limites précisément secrétées par chaque collectivité ».

On retrouve cette exigence de recherche de vérité dans tous les articles, qu’ils portent sur les rapports des citadins à la nature, ou les perspectives qui s’ouvrent pour l’ethnologie.

Catherine Cugnet

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