Humiliée par la pauvreté

Asha Athumani

p. 38-39

References

Bibliographical reference

Asha Athumani, « Humiliée par la pauvreté », Revue Quart Monde, 252 | 2019/4, 38-39.

Electronic reference

Asha Athumani, « Humiliée par la pauvreté », Revue Quart Monde [Online], 252 | 2019/4, Online since 01 June 2020, connection on 08 July 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8345

Chaque année, lors de la Journée Mondiale du refus de la misère, des diplomates et des fonctionnaires des Nations Unies écoutent des personnes vivant dans la pauvreté afin d’en apprendre sur elles. En 2018, ATD Quart Monde a invité Asha Athumani à parler à l’ONU. Malheureusement, l’Ambassade des États-Unis à Dar es Salaam (Tanzanie) a rejeté la demande de visa de Mme Athumani pour participer à cet événement. Elle évoque ici sa déception de ne pas avoir pu partager son expérience de la pauvreté avec un public plus large.

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Tanzanie

Lorsque l’ambassade a rejeté mon visa pour me rendre à New York, j’ai réalisé que les personnes vivant dans la pauvreté étaient souvent humiliées et méprisées1. J’ai eu le sentiment que mes droits n’avaient pas été respectés. Je me suis rendu compte que je n’avais pas le même droit que les autres de voyager et de participer au monde qui nous entoure.

Un manque de confiance envers les personnes vivant dans la pauvreté

À l’ambassade des États-Unis, ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me délivrer de visa parce qu’ils pensaient que je ne reviendrais pas dans mon pays après l’événement (à l’ONU). J’étais très déçue. Je pensais que mon invitation à New York me permettrait de partager mes connaissances et mon expérience et que j’en apprendrais des autres également. Ils ont refusé ma demande de visa parce que je n’avais aucune valeur à leurs yeux.

La société et les institutions prennent rarement en considération les savoirs et l’expérience des personnes vivant dans la pauvreté, qui se sentent comme prisonnières. Personne ne leur fait confiance et ne croit en elles. On ne les laisse pas s’exprimer.

Les personnes vivant dans l’extrême pauvreté s’entraident, mais elles n’ont pas leur mot à dire au niveau des actions politiques. Lorsque les décideurs politiques planifient des stratégies de développement concernant celles et ceux qui sont laissés de côté, ils n’incluent pas les personnes qui vivent vraiment dans la pauvreté. Pourtant, elles sont les seules à avoir connu la pauvreté et à pouvoir choisir les solutions qui pourraient changer leurs vies. Si on prenait davantage en considération les droits humains et la dignité de toutes et de tous, le monde serait probablement meilleur.

Rater volontairement ses examens

Malgré ma pauvreté et mes difficultés, j’étais une très bonne élève. Cependant, ma mère a dû me conseiller de rater mon examen national à la fin de l’école primaire. Elle s’inquiétait au sujet du coût du collège car elle était célibataire. Elle se souciait également de l’exclusion dont nous étions victimes à cause de notre situation difficile. À cette époque, si un enfant réussissait l’examen national et que ses parents ne l’envoyaient pas au collège, ils pouvaient aller en prison. C’était une honte pour les parents si leur enfant avait réussi l’examen mais qu’ils ne pouvaient pas se permettre de l’envoyer au collège.

Mais quel autre choix ma mère pouvait-elle avoir ?

La pauvreté vous incite à faire des choix que vous n’auriez pas forcément faits pour vous et votre famille.

1 Cet article est adapté d’un texte publié initialement dans la Newsletter d’ATD Quart Monde Tanzanie . Le discours de Mme Athumani a été lu à la

1 Cet article est adapté d’un texte publié initialement dans la Newsletter d’ATD Quart Monde Tanzanie . Le discours de Mme Athumani a été lu à la commémoration de la Journée mondiale du Refus de la misère en Tanzanie. Célébrée dans le monde entier le 17 octobre, cette journée permet aux personnes vivant dans la pauvreté de partager leurs expériences de vie. C’est aussi l’occasion pour tout un chacun de les rejoindre dans la lutte contre la pauvreté.

CC BY-NC-ND