Christian Page. Belleville au cœur

Éd. Slatkine & Cie, 2018

Catherine Cugnet

p. 60-61

Bibliographical reference

Christian Page. Belleville au cœur. Éd. Slatkine & Cie, 2018, 156 p.

References

Bibliographical reference

Catherine Cugnet, « Christian Page. Belleville au cœur », Revue Quart Monde, 252 | 2019/4, 60-61.

Electronic reference

Catherine Cugnet, « Christian Page. Belleville au cœur », Revue Quart Monde [Online], 252 | 2019/4, Online since 01 December 2019, connection on 15 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8370

Cent cinquante pages pour entrevoir ce qu’il faut de détermination, d’esprit pratique mais aussi d’« intuition de l’autre » pour survivre quand on est SDF à Paris.

Christian Page nous révèle un peu de sa vie d’avant, interrompue brutalement par une situation « destructrice mais banale ». Il nous fait partager son adaptation aux difficultés durant trois ans de galère. Il reste rarement à son propre niveau d’inconfort. Il se fait le témoin de ce que vivent les sans-abri. Il livre par petites touches les réflexions que les incohérences du monde lui inspirent. Mais il mentionne aussi les petites joies auxquelles il se raccroche...

Il campe des portraits sans concession ou pleins de tendresse... Pour lui, l’humanité se classe en deux catégories : ceux qui respectent les sans-abri et parfois les aident et ceux qui les ignorent et les condamnent d’avance.

Le moteur de tout ce travail pour Christian Page, c’est de pouvoir retrouver son fils dont l’image est restée fixée à l’âge où ils se sont vus pour la dernière fois sans le savoir, comme sur la photo de son précieux téléphone : un « fils pixels ». Précieux téléphone, pourvoyeur de musique, lien avec le monde, pas celui des copains d’avant qui ont tourné le dos très vite, mais celui des services administratifs nécessaires, des nouvelles du monde par le journal du même nom qu’il lit sur l’écran.

Témoigner de l’importance des aides comme celles de la Mission Évangélique et de celles de quelques commerçants, restaurateurs, policiers... Témoigner de la vie terrible que vivent les femmes à la rue, de la honte quand il faut voir un médecin, de l’existence de « dépouilleurs » qui sévissent auprès de ceux qui ne peuvent rien mettre à l’abri. Témoigner de la dérive qui guette ceux qui sont trop jeunes et pas assez construits : l’alcool, la drogue..., la violence qui s’en suit mais aussi la folie et le suicide. Témoigner de la façon dont on s’organise pour tenir.

Rester debout, rester soi, se rappeler son identité ; mais les Morts dans la rue n’aspiraient plus parfois qu’à l’anonymat. Rester vivant, en éveil, suivre ses itinéraires favoris dans Paris en évitant les lieux critiques, en passant par des coins « nature », sentir le danger.

Note d’espoir à la fin de ces pages : un logement lui est attribué et Christian Page rêve de pouvoir s’y installer et y recevoir son fils.

Catherine Cugnet

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