Alan Forrest, La Révolution française et les pauvres

Librairie Académique Perrin, 1986, 284 pages

Michèle Grenot

Bibliographical reference

Alan Forrest, La révolution française et les pauvres, Librairie Académique Perrin, 1986, 284 pages

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Michèle Grenot, « Alan Forrest, La Révolution française et les pauvres », Revue Quart Monde [Online], 123 | 1987/2, Online since 22 June 2020, connection on 17 October 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8682

« L’indigence, pour les hommes de la Révolution, est une insulte à l’idéal sacré d’égalité ». En 1790, l’Assemblée Constituante institue un Comité dit de « mendicité » (nom significatif...) présidé par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Ce comité déclare : « L’assistance ne sera plus une forme de charité, mais un droit humain fondamental, une dette que la nation a contractée envers ses citoyens. »

Au-delà du débat entre « privé » et « public », c’est une nouvelle conception de l’assistance qui est mise en œuvre - au moins au niveau des législations - avec une part importante de responsabilité de l’Etat.

Le Comité demande aux départements des enquêtes détaillées et systématiques sur la nature et l’étendue des « poches » de misère. Cinquante et un départements fournissent des rapports complets. Sur cette base, le travail du Comité aboutit à une œuvre législative gigantesque.

Mais le livre d’Alan Forrest s’intéresse moins aux lois qu’à leurs réalisations et leur impact sur les pauvres. Il les aborde conformément à une classification des pauvres introduite par le rapport au Comité de mendicité, selon les remèdes à apporter.

- Les pauvres à cause de circonstances individuelles : maladie, infirmité, vieillesse, enfants trouvés, etc. Le Comité veut améliorer le fonctionnement de l’hôpital, maison du pauvre et véritable « mouroir ». Ce sera l’échec car la compétence du personnel ne sera pas améliorée et, à partir de 1792, les fonds publics déjà insuffisants iront en priorité aux hôpitaux militaires. En revanche, une assistance à domicile sera établie par le biais de cette importante mesure qu’est la Grande Loi de Bienfaisance générale de 1794. Cependant, réservée aux pauvres « méritants » qui peuvent, en outre, fournir les preuves de leur « vertu révolutionnaire », cette loi aura peu d’effets : les fonds ne seront pas dégagés.

- Les pauvres accidentels : pour eux, le Comité va créer les Ateliers publics, où vont affluer une main d’œuvre féminine employée essentiellement dans les filatures des villes et une main d’œuvre masculine orientée vers les grands chantiers de terrassement.

- Restent les pauvres jugés coupables, les vagabonds « professionnels ». Ils sont objet d’aversion pour le Comité Révolutionnaire qui, sur ce point, ne se démarque guère de l’Ancien Régime. Les « dépôts de mendicité », créés en 1767, sont maintenus. Cependant leurs ressources sont réduites bien qu’ils soient obligés d’accueillir de nouveaux mendiants non seulement à cause de l’augmentation du niveau de la misère, mais aussi à cause de l’épuisement de toutes les autres formes d’assistance. Ils participent à une répression qui ira jusqu’à la déportation des mendiants récidivistes.

« Toute expérience humaine s’exprime dans cette période de turbulence » écrit Alan Forrest, expliquant son intérêt pour la Révolution française. Il ajoute : « l’application des lois promulguées fut décevante. Les pauvres muets et pas assez musclés pour se faire entendre au milieu des autres catégories de citoyens furent relégués. »

A l’approche du bicentenaire de 1789, qu’en est-il aujourd’hui ?

Michèle Grenot

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