Des jeunes Européens débattent de l'avenir de l'Europe

Sarah Welford

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Sarah Welford, « Des jeunes Européens débattent de l'avenir de l'Europe », Revue Quart Monde [Online], 202 | 2007/2, Online since 05 November 2007, connection on 05 March 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/915

L’auteur livre ses réflexions au lendemain du sommet des jeunes « Votre Europe – Votre avenir ! » auquel elle a participé à Rome en mars 2007.

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Europe

Cinquante ans depuis la signature du traité de Rome et la création de l’Union européenne ! Cinquante ans depuis que le Mouvement ATD Quart Monde a rejoint les plus exclus et demande que leur voix soit entendue. Cinquante ans plus tard, nous continuons à mener les mêmes combats dans l’arène politique.

Plus de deux cents représentants de la jeunesse européenne se sont réunis au « Campidoglo » à Rome le 25 mars 2007, là où la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont signé le premier traité de la CEE. Pour célébrer cet évènement historique et dans un effort pour tenir sa promesse de dialogue, de démocratie et de débat, la Commission européenne a réuni des jeunes de toute l’Europe pour qu’ils fassent entendre leur opinion sur l’Europe d’aujourd’hui et leurs aspirations pour l’avenir. Ces messages ont été transmis à tous les leaders européens qui se réunissaient au même moment à Berlin sur ce même sujet.

Mais ceux-ci ont-ils bien entendu la vraie voix de la jeunesse européenne ? On peut se le demander. Les représentants des conseils nationaux des jeunes et des organisations non gouvernementales de la jeunesse n’ont eu que six semaines pour organiser des consultations avec les jeunes de leurs pays respectifs. Le thème avait été préalablement choisi et il était présenté dans un document plein de jargon, accessible seulement à des initiés.

Sachant cela, on ne peut que se demander si les institutions européennes ont vraiment essayé de créer un dialogue avec les jeunes pour connaître leurs opinions sur ce qui est important pour l’avenir de l’Europe.

Le Mouvement ATD Quart Monde, fidèle à son histoire, voulait s’assurer que la voix de la partie la plus oubliée et la moins reconnue de la société ne serait pas absente de ce débat historique. Nous voulions faire en sorte que « nous bâtissions une Europe basée sur les droits de l’homme pour tous. » Cela s’est révélé être un défi bien difficile et frustrant, étant donné le processus très bureaucratique de ce sommet.

Des façons de faire qui excluent...

Je suis ressortie de cette conférence en me posant une question qui me semble fondamentale : peut-on considérer que la société dans laquelle nous vivons est vraiment démocratique alors qu’il existe tant d’obstacles qui empêchent la représentation et la participation de l’ensemble des membres de la société ? Le Mouvement ATD Quart Monde peut témoigner du réel intérêt des jeunes en grande difficulté pour contribuer aux débats concernant la société. Bien qu’elle soit très sous-estimée, ces jeunes ont une importante contribution à faire. Ils peuvent apporter des réflexions nombreuses et profondes sur le monde dans lequel ils vivent. Ce sont précisément ces réflexions qui ont fait défaut dans le débat, ce qui montre que l’Europe n’est pas encore à la hauteur des idéaux qu’elle proclame volontiers et qu’elle prône ardemment dans d’autres pays. Tout ce qu’entreprend ATD Quart Monde témoigne qu’il est possible d’impliquer ces jeunes et que leur intérêt est réel si on leur parle avec des termes vrais qui signifient quelque chose pour eux. Ce qui manque, c’est la possibilité de participer pleinement au débat, parce que les façons de faire des institutions contribuent à l’exclusion. Si des moyens sont pris pour créer ces possibilités et atteindre des jeunes qui ne sont pas forcément des « militants politiques » mais qui ont une perspicacité unique sur les sociétés dans lesquelles ils vivent, on verra que leurs réflexions sont provocantes, riches et réfléchies. Alors, peut-être sera-t-il possible que l’Union européenne revienne à ses valeurs humaines. Car, en fin de compte, que serait vraiment l’Union européenne sans les peuples qui la composent et la construisent ? Et que signifierait la grande avancée économique de l’Union si nous perdions notre humanité dans le processus ?

Nous continuons à affirmer que l’Europe doit être fondée sur les droits de l’homme et que ces droits doivent être accessibles à tous. L’impossibilité des jeunes les plus pauvres à apporter leur contribution montre que nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre nos idéaux de liberté, de justice sociale, de dialogue et de droits de l’homme pour tous. Sans l’effort que nous avons fait pour apporter la participation de ces jeunes, la déclaration finale des jeunes d’Europe pour le 50ème anniversaire du traité de Rome aurait omis de reconnaître cette situation et n’aurait reflété que la réflexion d’une certaine partie de la jeunesse européenne, celle qui a eu le privilège de prendre part au débat.

La question qui me reste n’est pas de savoir comment la Communauté européenne peut promouvoir une citoyenneté plus active, mais plutôt : jusqu’où l’Europe est-elle prête à aller pour faire tomber les barrières qui empêchent la participation afin de créer des sociétés plus démocratiques pour tous et basées sur les valeurs humaines ? Me situant comme une jeune Européenne qui travaille avec ces deux mondes si éloignés l’un de l’autre, je peux dire que nous avons encore un long chemin à faire pour bâtir les ponts nécessaires entre les institutions politiques et les citoyens. Une chose est sûre, nous allons continuer d’essayer.

Sarah Welford

Britannique, volontaire d’ATD Quart Monde depuis janvier 2005, Sarah Welford est actuellement à Bruxelles dans l’équipe de la délégation ATD Quart Monde auprès de l’Union européenne

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