Le rassemblement des citoyens autour des plus pauvres

Geneviève de Gaulle Anthonioz

p. 59-60

References

Bibliographical reference

Geneviève de Gaulle Anthonioz, « Le rassemblement des citoyens autour des plus pauvres », Revue Quart Monde, 255 | 2020/3, 59-60.

Electronic reference

Geneviève de Gaulle Anthonioz, « Le rassemblement des citoyens autour des plus pauvres », Revue Quart Monde [Online], 255 | 2020/3, Online since 01 March 2021, connection on 13 April 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10040

À l’occasion de l’année célébrant le centenaire de sa naissance, nous reproduisons la préface écrite par Geneviève de Gaulle-Anthonioz pour le livre Et vous que pensez-vous ? L’Université populaire Quart Monde, de Françoise Ferrand, aux éditions Quart Monde, en 1996.

Le jour où les Assemblées, les Universités, les Tribunaux, les Entreprises, les Syndicats, les Associations se mobiliseront pour entendre vraiment la voix de ceux qui n’ont pas encore acquis les moyens de la parole publique et de la participation sociale ; le jour où ils tiendront compte de leur expérience de vie, de leur savoir, de leur pensée et de leurs droits humains ; le jour où ils réajusteront en conséquence les décisions, les analyses, les jugements, les activités, les solidarités qu’ils ont la charge d’assumer dans la société… Ce jour-là seulement, nous aurons gagné une bataille décisive pour une véritable citoyenneté1.

La conquête de la citoyenneté est une longue marche à travers l’histoire de notre civilisation pour affranchir l’homme de la dépendance, de l’exploitation et de l’exclusion qui sont autant d’atteintes à sa dignité. C’est à l’honneur de nos sociétés d’avoir entrepris hier de honnir d’abord, de bannir ensuite le servage, l’esclavage, l’apartheid… même si le racisme demeure encore une tentation diabolique et parfois une tragédie dévastatrice. C’est à l’honneur de notre société d’entreprendre aujourd’hui de refuser d’abord, de vaincre ensuite la grande pauvreté qui assaille toujours ou menace à nouveau des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants parmi nos propres contemporains et compatriotes.

Ce sursaut d’honneur, nous le devons, pour une part à des voix qui se sont insurgées contre le scandale de la misère, au premier rang desquelles il nous faut nommer l’Abbé Pierre. Mais nous le devons, pour une autre part, à une voie ouverte par le père Joseph Wresinski : le rassemblement des citoyens autour des plus pauvres pour repenser avec eux la dignité et l’activité humaines, comme en témoigne l’aventure des Universités populaires fondées et animées par le Mouvement ATD Quart Monde.

Là, s’expérimente une nouvelle école de citoyenneté. Il est possible, sous certaines conditions, de rassembler ceux qui font l’expérience de la grande pauvreté et des citoyens qui ont les moyens d’exercer leurs droits et responsabilités : des gens qui ont « pignon sur rue » et des gens qui sont « à la rue ». Oui, il est possible de concevoir et de mettre en œuvre leur reconnaissance mutuelle et leur formation humaine commune.

C’est d’ailleurs absolument nécessaire pour notre démocratie : les plus pauvres et les plus exclus savent mieux que d’autres ce que devrait être une société juste et fraternelle et jusqu’où devraient aller les efforts d’une nation pour respecter la dignité de tous ses membres.

Mais si personne ne leur reconnaît ce savoir et cette capacité contributive, comment y croiraient-ils eux-mêmes alors que la société leur renvoie souvent l’image de leur inutilité sociale ? Si personne ne s’associe avec eux pour forger le langage de leur propre message, comment parviendraient-ils à se faire entendre d’une société qui ne voit souvent en eux que des insuffisances et des besoins ? Et si personne, au sein des principales institutions publiques et privées, n’a été formé à penser autrement la société à partir des plus pauvres, comment espérer des changements substantiels pour garantir demain une vraie solidarité entre tous les citoyens ?

Tel est l’enjeu des Universités populaires du Quart Monde. Elles annoncent, avec modestie certes, mais avec pertinence, ce que devrait être, ce que sera l’Université de demain. Dans toutes les disciplines des sciences humaines, chercheurs, enseignants et étudiants se passionneront pour prendre en compte le point de vue des plus pauvres ; ils prendront les moyens de les rencontrer, de les comprendre et de s’associer avec eux.

Je voudrais enfin m’adresser plus particulièrement à tous ces amis des Universités populaires du Quart Monde. C’est vous qui êtes les premiers en ligne. C’est vous qui avez expérimenté dans votre chair, dans votre vie, dans votre douleur familiale ce qu’est la privation de droits. C’est vous maintenant qui pouvez continuer à dire ce que doit devenir cette nouvelle démocratie, où les droits de tous seraient vraiment reconnus, mis en pratique et réalisés. Vous n’êtes pas seuls. Des partenaires vous ont déjà rejoints. D’autres, demain plus nombreux, seront aussi à vos côtés.

1 Pour une biographie de G. de Gaulle-Anthonioz, voir également : https://www.atd-quartmonde.fr/notre-histoire/60-genevieve-de-gaulle-anthonioz/

1 Pour une biographie de G. de Gaulle-Anthonioz, voir également : https://www.atd-quartmonde.fr/notre-histoire/60-genevieve-de-gaulle-anthonioz/

Geneviève de Gaulle Anthonioz

Geneviève de Gaulle-Anthonioz a été présidente du Mouvement ATD Quart Monde France de 1964 à 1998.

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