Frédéric Viguier. La cause des pauvres en France

Paris Les Presses de Sciences Po, 2020, 361 p.

Daniel Fayard

p. 60-61

Bibliographical reference

Frédéric Viguier. La cause des pauvres en France, Paris Les Presses de Sciences Po, 2020, 361 p.

References

Bibliographical reference

Daniel Fayard, « Frédéric Viguier. La cause des pauvres en France », Revue Quart Monde, 258 | 2021/2, 60-61.

Electronic reference

Daniel Fayard, « Frédéric Viguier. La cause des pauvres en France », Revue Quart Monde [Online], 258 | 2021/2, Online since 01 June 2021, connection on 18 October 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10342

Cet ouvrage est issu d’une thèse de sociologie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (2010). Il propose une analyse de l’évolution, en France depuis 1945, de ce que l’auteur appelle la cause des pauvres. Celle-ci va, à partir du début des années 1960, se différencier progressivement de celle des travailleurs salariés qui prévalait précédemment dans le champ politique et médiatique. Un nouveau mouvement social a en effet surgi pour prendre la défense spécifique des pauvres et une nouvelle approche a commencé à s’élaborer pour circonscrire de plus grandes situations de pauvreté. Ils vont commencer à interpeller d’abord les consciences puis à pénétrer peu à peu les esprits dans le monde de la haute administration en charge de la protection sociale et dans celui des professionnels du travail social. Cela va se produire pour une très grande part sous l’influence et l’impact d’associations pionnières comme Emmaüs et ATD Quart Monde. Cette dernière est d’ailleurs érigée par l’auteur en figure emblématique de cette émergence historique.

Il s’ensuivra, quelques années plus tard sous l’effet de divers facteurs conjoncturels, l’affermissement, non sans réticences ni tergiversations, d’un nouveau courant de pensée qui va sensibiliser à son tour le monde politique. Ce qui permettra le développement d’une plus grande prise en compte par les Pouvoirs publics, notamment à partir des années 1980, de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale au point de lui attribuer en 1994 le label « Grande cause nationale ». Durant toute cette période, de nombreux rapports ont été entrepris sur ce sujet, qui engendreront plusieurs avancées législatives.

Dans sa conclusion, l’auteur s’interroge cependant sur l’avenir de la cause des pauvres. Si historiquement elle a largement démontré sa capacité à renverser l’ordre social des causes, elle y est parvenue grâce à des relais qui lui ont été nécessaires : « de la puissante aspiration ouvrière à la dignité sociale des travailleurs qui inspira jadis les premiers leaders charismatiques de la lutte contre la pauvreté (dont Wresinski), à la force de la doctrine sociale de l’Église, en passant par l’ethos de hauts fonctionnaires du social épris de justice sociale ». Qu’en est-il de ces relais aujourd’hui ? Les espérances militantes et les avocats de la cause des pauvres trouveront-ils de nouvelles alliances ?

Daniel Fayard

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