L’obéissance aux machines fait de nous des machines obéissantes

Mark Hunyadi

p. 18-22

References

Bibliographical reference

Mark Hunyadi, « L’obéissance aux machines fait de nous des machines obéissantes », Revue Quart Monde, 259 | 2021/3, 18-22.

Electronic reference

Mark Hunyadi, « L’obéissance aux machines fait de nous des machines obéissantes », Revue Quart Monde [Online], 259 | 2021/3, Online since 01 March 2022, connection on 06 December 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10394

D’intermédiaire entre l’homme et la nature, la technique devient progressivement médiation obligée avec le monde. Une nouvelle rationalité s’est imposée : l’obéissance aux machines, qui impacte notre liberté d’action individuelle, collective, institutionnelle. Rendre à l’homme de demain le pouvoir de s’arracher aux forces aliénantes suppose la mise en place d’une institution qui reste à imaginer.

L’homme est né comme animal technique, et les outils qu’il se fabriquait lui ont toujours servi d’intermédiaires avec le monde qui l’entourait. Par la technique, il prolongeait sa propre puissance, et se reliait à la nature. Mais depuis le début du 21e siècle, avec le développement invasif du numérique, on assiste à un phénomène absolument inédit dans l’histoire de l’humanité : la technique n’est plus seulement un intermédiaire entre l’homme et la nature pour accomplir toutes sortes d’actions, elle devient la médiation obligée avec le monde. C’est très différent. Cela veut dire que nous devons de plus en plus passer par des dispositifs numériques pour accomplir les actions les plus simples de notre vie quotidienne. Que ce soit dans le rapport à l’administration (état civil, impôt), à une banque, que ce soit pour consommer, pour nous déplacer (GPS) ou pour postuler à un emploi, pour avoir simplement accès à des biens et services, nous dépendons de la technique comme jamais auparavant...

Mark Hunyadi

Né en 1960 à Genève de parents qui s’étaient réfugiés de Hongrie quatre ans plus tôt, Mark Hunyadi est actuellement professeur de philosophie sociale, morale et politique à l’Université catholique de Louvain (Belgique). Il a fait ses études à Genève, Paris et Francfort, auprès de Jürgen Habermas avec qui il a travaillé pendant deux ans, avant d’obtenir son doctorat à Genève en 1995 (direction : Jean-Marc Ferry). Il fut professeur de Philosophie morale et appliquée à l’Université Laval de Québec de 2004 à 2007. Il a fondé en 2010 le Centre Europé à l’UCL, où il fait également partie de Louvain Bionics, un centre de recherche consacré à l’interface entre robotique et médecine. Il rend compte régulièrement de l’actualité philosophique dans le Supplément littéraire du Temps (Lausanne/ Genève).
Ces quinze dernières années, il a consacré de nombreux travaux à l’éthique des technologies (notamment le numérique), un thème qu’il développe entre autres dans sa collaboration avec l’Institut Mines/Télécom à Paris, où il est professeur associé, et dans son enseignement comme professeur invité (pour trois ans) à l’EHESS de Paris. Son dernier livre est consacré à la confiance, et a paru en novembre 2020 sous le titre Au début est la confiance (Éd. de Bord de l’eau).

CC BY-NC-ND