Lucie Mahieu, Il nous faut drainer la colère. Échos de la Maison d’accueil Saint-Paul

Éd.Academia-L’Harmattan, Louvain-la-Neuve, 2021, 217 pages. Préface de Georges de Kerchove.

Daniel Fayard

Bibliographical reference

Lucie Mahieu, Il nous faut drainer la colère. Échos de la Maison d’accueil Saint-Paul, Préface de Georges de Kerchove, Academia-L’Harmattan, Louvain-la-Neuve, 2021, 217 pages,2021

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Daniel Fayard, « Lucie Mahieu, Il nous faut drainer la colère. Échos de la Maison d’accueil Saint-Paul », Revue Quart Monde [Online], 259 | 2021/3, Online since 01 September 2021, connection on 18 October 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/10441

Coup de foudre, Coups de pute, Coups de gueule, Coup de poing, Coups durs, Coups de pouce, Coup de cœur… Ce sont les titres des chapitres de ce livre, et pour le dernier : Coup-Rage.

C’est dire qu’il nous est donné de passer en revue les divers mouvements d’humeur de l’auteure, distillés sur une vingtaine d’années (2001-2020), la plupart déjà parus sous forme d’articles dans « Écho de la maison Saint-Paul », ce Centre d’accueil d’hommes sans-abri, à Mons en Belgique, dont Lucie Mahieu, assistante sociale, est coordinatrice.

Ce qui la met en colère, et qui mobilise en même temps ses énergies militantes, c’est le grand écart qu’elle constate entre le monde des sans abri, des très pauvres en général, qu’elle côtoie quotidiennement et le reste de la société. Elle dénonce des mécanismes institutionnels d’exclusion qui tendent à laisser de côté, voire à enfermer, les plus fragiles et les plus marginaux ...mécanismes dont nous sommes, consciemment ou non, plus ou moins complices. Elle prend la mesure de l’indifférence ou de l’ignorance dont font preuve beaucoup de citoyens, acteurs sociaux, fonctionnaires et élus à l’égard de cette population qu’elle a appris à rencontrer avec le Mouvement ATD Quart Monde. D’où le choix sans doute de Georges de Kerchove pour signer la préface.

Bien sûr, elle assure une présentation de cette maison d’accueil, de son histoire, de son organisation, de son esprit et, ici ou là, de tels ou tels de ses pensionnaires. Enracinées dans ce lieu et dans ce milieu bien particuliers, à la marge de la vie ordinaire du plus grand nombre, ces données factuelles, indispensables pour en comprendre tant l’enjeu que le défi, ont tendance à devenir un prétexte pour laisser place à une sorte de vitupération intempestive tous azimuts contre un système socio-politique attentatoire au respect de l’égale dignité de tous les êtres humains.

A sa manière, Lucie Mahieu témoigne, avec fougue et passion mais aussi avec une capacité d’analyse et d’argumentation, d’une combativité contre les injustices sociales. Sa colère, toujours sous-jacente, se nourrit du sentiment d’impuissance qu’elle éprouve pour faire changer les pratiques et les mentalités, pour faire évoluer les politiques sociales. Mais, à la lecture de ses écrits périodiques qui lui ont permis de drainer ses colères, le lecteur se rend compte combien elle conserve malgré tout un optimisme chevillé au cœur pour poursuivre son engagement professionnel et militant.

Ce livre est avant tout un manuel pratique à l’usage de ceux qui voudraient sincèrement et radicalement lutter contre les discriminations de toutes sortes.

L’autrice, militante de mouvements pacifistes, médiatrice et formatrice en communication non-violente, nous propose ici de nous mettre au travail sur nous-mêmes. En effet, pour lutter contre les discriminations, il ne suffit pas d’aller à des manifs ou de s’engager dans les associations. Quelle que soit notre bonne volonté, nous courrons à l’échec si nous ne prenons pas d’abord pleinement conscience de nos privilèges et du fait que, dotés de ces privilèges, nous participons au système qui attribue ces privilèges à certains et les refusent à d’autres. Or, selon l’autrice, à tout privilège correspond une oppression, un manque, une privation pour d’autres. Ce travail personnel méthodique vise à prendre notre responsabilité, notion largement développée car elle serait la condition et le moteur du changement du système.

La première partie, la plus longue et la plus riche, s’appuie sur six types de discriminations, (classisme, hétérosexisme, lookisme, racisme, sexisme, validisme). La deuxième partie, plus brève, intitulée « Et maintenant, j’assume, j’agis » donne des repères essentiellement tirés des méthodes non-violentes, qui doivent nous permettre de prendre vraiment nos responsabilités en luttant contre les méfaits de nos privilèges et de contribuer ainsi à changer le monde.

Daniel Fayard

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