Avec les parents, faire grandir les enfants

Barbara Minot

p. 37-39

References

Bibliographical reference

Barbara Minot, « Avec les parents, faire grandir les enfants », Revue Quart Monde, 267 | 2023/3, 37-39.

Electronic reference

Barbara Minot, « Avec les parents, faire grandir les enfants », Revue Quart Monde [Online], 267 | 2023/3, Online since 01 March 2024, connection on 25 April 2024. URL : https://www.revue-quartmonde.org/11129

Le texte qui suit est le témoignage d’une expérience riche. Il est suivi par un encart expliquant la nature du lieu d’accueil.

Un lieu conçu comme une maison

« J’étais très contente de découvrir ce lieu étant donné qu’on est isolés, qu’on n’a pas de familles aux alentours, c’est bien de pouvoir se retrouver avec des parents et d’autres enfants. »
M., maman de trois enfants.

La Maison des Familles œuvre afin de rompre l’isolement des familles les plus démunies, de permettre le plein épanouissement de l’enfant et revaloriser les capacités des parents. Pour cela, la Maison des Familles propose avant tout un lieu ressource, de sécurité et de stabilité. Un lieu pour rompre l’isolement dans la durée, pour retrouver des liens et se (re)créer un réseau de soutien, un lieu pour reprendre confiance, pour se (re)construire, pour réfléchir et grandir ensemble, un lieu pour prendre le temps ; du temps pour soi, du temps pour ses enfants, du temps pour l’autre. Un lieu où parents, bénévoles et professionnels s’allient pour le plein épanouissement des enfants.

Ce lieu chaleureux est représenté par les couleurs des familles et de l’équipe. À la Maison des Familles, les murs parlent d’eux-mêmes. La Maison est illustrée par les familles qui la font vivre à partir des photos, peintures, dessins, messages. Cette appropriation permet de sentir faire partie d’un groupe, d’apporter sa touche personnelle et de se remémorer des moments vécus au cours de l’année, de se rappeler des familles présentes qui sont un peu moins présentes aujourd’hui.

L’accueil libre

Dans notre société, le temps est une notion que nous cherchons à rattraper, à dépasser. Cette recherche constante de vouloir toujours davantage de temps peut influer sur la relation de qualité avec les enfants et les parents. Rousseau, dans son livre Emile ou de l’éducation disait : « Dans la relation éducative, ce qui importe n’est pas de gagner du temps, mais d’en perdre ». Dans les Maisons des Familles, nous avons cet atout de pouvoir prendre le temps avec les familles, prendre le temps de la rencontre, de la découverte de l’autre pour ensuite instaurer une relation de confiance.

Ce lieu imaginé comme une maison, est un accueil qui met en avant les projets collectifs, de vivre ensemble. Cependant pour faire du collectif, l’accueil individuel, singulier est primordial et plus important encore. Chacun passe la porte avec ce qu’il est, et nous prenons en compte la situation et l’histoire de chacun. C’est par ce biais que nous allons tirer les fils de cette rencontre et créer un collectif correspondant à chaque individu.

« Je viens aujourd’hui beaucoup pour moi, je souffle, je viens partager mes expériences. »
T., maman de quatre enfants.

L’un des premiers outils d’implication des familles est Le Conseil de Maison. C’est un temps de co-construction de la Maison des Familles et chaque personne vivant le quotidien de la Maison est invitée à participer à ce temps. Il permet de faire mémoire collective, de valoriser la parole des familles et la mettre au centre du fonctionnement, réguler le groupe si besoin, et de construire des projets ensemble. La Maison des Familles a à cœur de valoriser le pouvoir d’agir des familles et mettre en avant leur parole auprès des travailleurs sociaux lors de rencontre partenaires, auprès des comités des financeurs en témoignant de leur vécu, aux réunions législatives…

Une maman de la Maison des Familles en témoigne aujourd’hui :

« C’était un temps stressant au début mais je me suis sentie écoutée. Ils avaient vraiment envie d’entendre mon histoire, ce que j’avais à dire. Et j’ai découvert un autre aspect de la Maison des Familles. »

Cette expérience favorise la parole des familles et a un réel impact sur les partenaires.

La volonté de la Maison des Familles est d’instaurer une relation de confiance afin de permettre aux parents de croire en leurs capacités, d’oser prendre la parole car elle est importante et elle mérite d’être entendue autant qu’une autre, d’oser s’impliquer et expérimenter des pratiques éducatives au sein du lieu. Les temps d’échanges « Y’a pas de Parents parfaits » permettent de partager ses expériences et ses questionnements :

« Je me sens moi durant les temps ‘Y’a pas de parents parfaits’. Je me sens moi car je peux parler de mes émotions sans pour autant être jugée. À chaque fois qu’on sort de ce temps je me sens bien et je me libère. J’apprécie énormément que cela reste confidentiel car tout ce qui se dit durant ces moments reste dans ces moments. »
A., maman de trois enfants.

Les Maisons des Familles sont des lieux ouverts à tous du lundi au vendredi en journée, sans inscription, anonyme, pour les parents avec ou sans leurs enfants, quel que soit l’âge des enfants. Les familles ont la possibilité de rester cinq minutes, une heure ou toute la journée…

Ces Maisons proposent d’offrir un « milieu de vie » pour les familles confrontées à des défis ou des contextes de vie difficiles pour : 
 – développer leurs réseaux de soutien,
 – enrichir leurs expériences parentales,
 – éduquer, en confiance et avec d’autres, leurs enfants selon leurs valeurs et leurs aspirations,
 – favoriser des relations entre les parents et les professionnels.

Les Maisons des familles s’appuient sur les ressources individuelles et collectives des personnes en agissant avec et pour les familles afin de développer le pouvoir d’agir de toutes et tous. Elles font également un travail de prévention auprès des familles les plus isolées et en précarité, qui ne se retrouvent pas dans les institutions.

Les Maisons des Familles interviennent en partenariat avec associations, institutions (Maison des Solidarités, PMI, Centre d’hébergements…). En effet, les partenaires sont les bienvenus afin d’accompagner les familles et leur faire découvrir le lieu.

Quatre partenaires ont fondé la Maisons des Familles de Toulouse : Apprentis d’Auteuil, Secours Catholique, ATD Quart Monde et les Cités Caritas.
[…]

La spécificité de la Maison des Familles et son fonctionnement singulier découlent en grande partie de l’équipe d’accueillants qui la composent. Autant que les salarié.e.s, les bénévoles et les stagiaires font pleinement partie du projet et sont essentiels. Il est demandé à l’équipe bénévole de s’engager au minimum sur une demi-journée par semaine et toujours la même, afin d’accueillir les familles dans des conditions optimales, de se sentir impliqués dans le collectif. Cet accueil régulier de l’équipe offre une stabilité essentielle aux familles qui vivent souvent des situations insécurisantes (précarités économique et administrative, violence…) et de mal-logement (logement insalubre, hôtel, squat).

Les principes d’action des Maisons des Familles :
 – Offrir un accueil de qualité sans condition sur un principe de fréquentation libre.
 – Créer des lieux de dialogue et de développement des liens sociaux dans un environnement bienveillant et sécurisant.
 – Agir et penser ensemble en réciprocité.
 – Valoriser, partager, enrichir les expériences parentales et développer des alliances éducatives.
 – Mettre en œuvre un accompagnement global en partenariat.
 – Participer à la prévention et la protection des enfants victimes de carences éducatives et de maltraitances.
 – Défendre les droits et promouvoir les paroles et expériences des familles.

Barbara Minot

Éducatrice de jeunes enfants, Barbara Minot est animatrice de la Maison des Familles de Toulouse depuis quatre ans.

CC BY-NC-ND