Didier ERIBON. “Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple

Paris, 2023, Éditions Flammarion, 327 pages

Daniel Fayard

Bibliographical reference

Didier ERIBON. Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple. Paris, 2023, Éditions Flammarion, Collection Nouvel Avenir, 327 pages

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Daniel Fayard, « Didier ERIBON. “Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple” », Revue Quart Monde [Online], 268 | 2023/4, Online since 01 December 2023, connection on 23 February 2024. URL : https://www.revue-quartmonde.org/11271

Le lecteur est tout de suite introduit dans le contexte familial si particulier qui caractérise la nécessité d’installer une maman, malgré ses réticences, dans une maison de retraite médicalisée en raison de sa perte d’autonomie physique et cognitive. Où elle décèdera quelques semaines seulement après son arrivée.

Cette maman est ici celle de l’auteur. Elle a été femme de ménage et ouvrière en usine. Lui a fait des études supérieures (philosophie, sociologie) et intégré un milieu social qui l’a éloigné de son milieu d’origine. L’événement de sa disparition réveille en lui des souvenirs contrastés du parcours de sa mère. Il prend la mesure de ce qui l’a différencié de son mode de vie, de son langage, de ses opinions. Il n’a jamais supporté ses jugements racistes par exemple. Mais il évoque aussi, voire analyse avec beaucoup de finesses et d’empathie, les relations et les tensions intra-familiales qui ont marqué leur histoire commune, en rapportant quantité de scènes de la vie quotidienne, parfois sous la forme de dialogues reconstitués de mémoire. Un bel hommage rendu en réalité.

Il s’ensuit tout une réflexion sur le vieillissement, la maladie, le déclin progressif, nos relations avec les personnes âgées, les conditions de leur accueil dans les établissements qui leur sont dédiés. Et la réflexion de l’auteur s’enrichit chemin faisant de celles d’autres auteurs qui ont également cherché le sens de cette étape ultime de la vie : Simone de Beauvoir, Norbert Elias, Édouard Louis, Annie Ernaux, Berthold Brecht, Philippe Ariès, Michel Foucault, Albert Cohen, Pierre Bourdieu et bien d’autres.

Cette réflexion interpelle enfin notre projet de société, comme le résument ces propos conclusifs de l’ouvrage :

C’est la question politique fondamentale : qui parle ? qui peut prendre la parole ? Et si ce geste politique élémentaire reste inaccessible à tant de gens qui comptent parmi les plus dominés, les plus dépossédés, les plus vulnérables, n’est-ce pas aux écrivains, aux artistes et aux intellectuels de parler d’eux et pour eux, de les rendre visibles et de « faire entendre leur voix »… cette voix qu’ils n’ont pas ou qu’ils n’ont plus, voire, pour ce qui est des personnes âgées dépendantes, qu’elles ne peuvent plus avoir ?

Didier Eribon a écrit antérieurement « Retour à Reims » (Éditions Fayard, 2009), un livre analogue consacré à son propre père.

Daniel Fayard

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