Pour expliquer la pauvreté aux riches

Isabelle Maes

p. 49-54

References

Bibliographical reference

Isabelle Maes, « Pour expliquer la pauvreté aux riches », Revue Quart Monde, 273 | 2025/1, 49-54.

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Isabelle Maes, « Pour expliquer la pauvreté aux riches », Revue Quart Monde [Online], 273 | 2025/1, Online since 01 September 2025, connection on 01 September 2025. URL : https://www.revue-quartmonde.org/11636

Tim ‘S Jongers est belge et a grandi dans la pauvreté. Aujourd’hui, aux Pays-Bas, c’est un expert reconnu en matière de pauvreté. Son propos est d’expliquer la pauvreté aux gens qui ont de l’argent. Quelques alliés flamands d’ATD Quart Monde ont constitué un petit groupe de lecture pour discuter de son livre1. Isabelle Maes y a vu l’occasion de mettre à l’épreuve son propre engagement.

Lutter contre la pauvreté ? On ne se précipite pas sur les gens qui y vivent. C’est à ceux qui sont aux commandes qu’il faut s’adresser, aux maîtres du jeu. Tel est le message de Tim ‘S Jongers, un Belge qui a grandi dans la pauvreté, dans des quartiers privés de verdure, des taudis infestés de rats, et d’autres misères du même genre. À peine âgé de onze ans, pour une poignée de sous qui venaient bien à point à la maison, il passait ses soirées à nettoyer les niches des chiens dans un chenil. Un stress chronique longuement subi n’a pas manqué de nuire à sa santé, mettant sa croissance en péril. À dix-neuf ans il mesurait à peine 1 mètre 60 et deux ans plus tard 1 mètre 75. Mais il devait connaître bien d’autres années difficiles.

Quelqu’un lui a dit un jour qu’il était assez doué pour aller à l’université et c’est ce qu’il a fini par faire à 30 ans en survivant à coups de petits boulots dans un refuge de sans-abri. Au niveau de l’émotion aussi c’était dur, « confronté jour après jour, comme il l’était, à de pénibles retards culturels ». Du refuge pour la nuit jusqu’à l’université, il y avait sept minutes à vélo. « Comment se peut-il que deux mondes soient à la fois si proches et si éloignés l’un de l’autre ? » Et dire que les étudiants en science politique étudient dans la perspective d’occuper des postes de décision où il y va de la vie de gens d’un autre monde, qu’on a à peine rencontrés, et qu’on n’a pas eu l’occasion d’apprendre véritablement à connaître.

Aujourd’hui ‘S Jongers dirige aux Pays-Bas la Fondation Wiardi Beckman, le bureau scientifique de la social-démocratie. Il se dit lui-même « citoyen du grand écart » : un pied toujours dans la pauvreté – car elle vous colle à la peau – et l’autre dans le monde de ceux qui ont « de grandes espérances », toutes gens aux métiers bien payés qui leur valent le respect de tous. C’est le « monde nouveau » auquel il est permis à ‘S Jongers de participer. À condition bien sûr qu’il fasse siennes des mœurs et des conventions elles aussi nouvelles. « Dans ce monde nouveau on parle sur un autre ton, on a un autre regard sur le monde, on est consommateur d’autres medias et on s’habille autrement. » Aux yeux de son monde d’avant, c’est un traître. « Quelqu’un qui se sent supérieur et qui de toute évidence se conduit en conséquence. C’est ainsi qu’on se voit coincé entre deux mondes qui se connaissent à peine, et qui se comprennent bien moins encore. »

Entrer en dialogue avec ceux qui ont la direction de la société

Son appel à s’adresser à ceux qui « sont aux commandes » m’est familier. « Je ferai en sorte que ces familles puissent gravir les marches du Vatican, de l’Élysée, de l’ONU. » C’est ce que Joseph Wresinski disait à une époque où le mouvement était encore jeune et où il s’arrachait à la boue des baraquements à Noisy-le-Grand. L’idée que « jamais ce peuple ne sortirait de sa misère, aussi longtemps qu’il ne serait pas accueilli, dans son ensemble, en tant que peuple, là où discutaient et débattaient les autres hommes. Il devait être là, à égalité, partout où les hommes parlent et décident non seulement du présent, mais du destin de l’homme, du futur de l’humanité »2 ne le lâchait pas. Débats et discours n’ont pas manqué entre temps aux Nations unies et au Parlement européen, ni les entretiens avec des ministres, des députés, des rois et des présidents, avec le pape et d’autres autorités religieuses à l’occasion de conférences sur le climat et au sein de conseils municipaux. C’est une voie qu’ATD Quart Monde n’a cessé de pratiquer.

Expliquer la pauvreté

La pauvreté expliquée aux gens qui ont de l’argent est (traduit en français) le titre du livre le plus récent de‘S Jongers. Il y réussit brillamment. Le livre est un best-seller, tant en Flandre qu’aux Pays-Bas. Des interviews de ‘S Jongers ont paru dans des journaux et des revues et elles ont surtout été diffusées par la télévision. Elles communiquent une vision en profondeur et démontrent qu’une simple augmentation de l’effort déjà consenti ou une adaptation de celui-ci aux moyens disponibles ne suffisent pas pour se débarrasser d’une pauvreté essentielle.

S’il a pu se faire entendre à ce point, c’est grâce à la vivacité de son style, à l’usage qu’il fait, avec mesure, de termes et d’images qui frappent par leur fraîcheur et leur exactitude. Il sait la langue du pouvoir et il la parle, et il illustre son discours d’exemples tirés de sa vie personnelle, non sans une certaine retenue, car rien n’est pire qu’un peep show du monde des pauvres. Sa montée en flèche dans l’échelle sociale frappe l’imagination, mais ilest le premier à pointer qu’il fait exception à la règle, et il lui en a coûté énormément, sans qu’il ait eu le sentiment d’une ascension dans l’échelle sociale. Bien plutôt celui de crapahuter dans un sombre tunnel en y laissant une part de lui-même. Et qui parle d’échelle ne doit pas perdre de vue le sol sur lequel une échelle est posée. Y est-elle stable ? Si elle ne l’est pas, a-t-elle du moins été dressée avec amour, ou est-ce au contraire un repaire boueux infesté de serpents ? Au financement nécessaire il convient d’ajouter l’« assainissement du sol ». Il faut inspirer une confiance en la possibilité de s’épanouir.

ATD Quart Monde aussi entend expliquer la pauvreté aux gens qui n’en font pas l’expérience : non pas seulement à ceux qui sont aux commandes mais aussi à ceux qui, dans le voisinage, au travail et à l’école peuvent faire la différence. Nous en arrivons là aux alliés.

Être alliés

Je suis alliée. Jeune enseignante au début des années 1980, j’aspirais à m’engager en dehors de mon métier. Mon regard se portait sur les organisations que je connaissais, mais bien vite les choses ont pris une autre tournure. J’étais aussi bibliothécaire à la bibliothèque d’Épierres-Helchin. Un dépliant m’y est tombé sous les yeux, qui mettait un petit livre en valeur : Livre blanc. ATD Quart Monde en Belgique. Je me le suis commandé, ce qui m’a mise dans la liste d’adresses du Mouvement, qui m’a invitée à un week-end d’information.

J’y ai rencontré des personnes d’un milieu différent et j’ai lu d’autres livres, tels que Que l’injustice s’arrête de Lucien Duquesne. Tous développements qui m’ont fait voir des choses qui jusqu’alors ne m’étaient pas apparues. Cela m’a touchée.

La lecture du livre de ‘S Jongers m’a donné l’occasion d’une confrontation personnelle avec mon engagement à ATD.

Je me suis rappelé le week-end d’information d’autrefois. On m’y a demandé de noter ce que moi-même je pourrais faire. Herman Van Breen, un volontaire, me l’a rappelé quelques semaines plus tard. On peut dire qu’il l’a fait avec une insistance bien appuyée, mais en y revenant, je reconnais que cette insistance a été déterminante. Elle a réveillé en moi ce qui m’avait touchée. On avait besoin de moi. J’avais promis d’en parler aux gens de mon entourage. La section des jeunes du parti politique où je militais se proposait de travailler le thème des « groupements d’oubliés ». J’y ai attiré l’attention sur le « quart monde » en faisant écho au plaidoyer d’ATD Quart Monde pour faire interdire légalement qu’on expulse des gens pendant les mois d’hiver. J’ai écrit au juge de paix de ma région pour lui demander d’y surseoir en attendant que la loi y mette ordre. Il m’a répondu fort aimablement.

On m’a sûrement plus d’une fois rabrouée ou remise à ma place par l’une ou l’autre réaction apitoyée, mais je me rappelle surtout les fois où j’ai été entendue, moi, jeune fille de vingt ans sans expérience. Je me fondais sur le savoir d’un Mouvement qui m’inspirait de plus en plus de respect et je me suis laissée convaincre d’aller parler à des soirées d’information dans la région. Cela m’a permis de me constituer un réseau, et de réunir régulièrement un certain nombre de personnes intéressées. Nous avons formé ainsi un groupe d’alliés. Nous nous sommes adressés aux organismes de services publics de la région pour évoquer le problème des coupures d’eau, de gaz et d’électricité. Nous avons pu nous faire entendre au Conseil régional de bien-être de Courtrai.

Se référer aux dimensions cachées de la pauvreté

Nous nous sommes mis cet été à discuter entre six alliés du livre de ‘S Jongers. Marianne De Laat, qui faisait partie de l’équipe de pilotage internationale de la recherche sur Les dimensions cachées de la pauvreté3, a vu de nombreuses analogies avec ce que les participants originaires de six pays avaient partagé dans cette recherche en croisement des savoirs. Une des dimensions cachées de la pauvreté est la « dépossession du pouvoir d’agir ». ‘S Jongers appelle cela « ne pas avoir prise sur sa vie ». Ce que Marianne retient surtout de ‘S Jongers c’est le fait qu’une telle dépendance n’a pas seulement des conséquences graves pour la personne en question (maladie, stress…) mais qu’elle conduit par ailleurs à un « chagrin social » et à une perte de confiance dans la gouvernance, et finalement la démocratie. Avoir le contrôle (personnel de l’individu) sur sa propre vie est donc aussi dans l’intérêt de la société.

S’appuyer sur les savoirs d’expérience pour fonder les choix politiques

Lorsque ‘S Jongers a pu participer à l’élaboration d’un avis sur la situation des sans-abri, il a réuni experts et personnes concernées et il l’a fait, logiquement à ses yeux, dans un lieu d’accueil social. Bon nombre de responsables de l’autorité présents à la réunion, et qui depuis des années déterminaient la gestion effective du problème dont ils partageaient la responsabilité, n’avaient jamais mis le pied dans un tel endroit.

Un autre avis devait porter sur la réduction des différences entre la santé de ceux qui se trouvent au bas de l’échelle sociale et la santé de ceux qui la dominent. À la fin du 19e siècle, l’aménagement des égouts avait largement égalisé les chances, et de l’investissement dans l’approvisionnement en eau potable avait résulté dans l’ensemble des Pays-Bas un énorme progrès en matière de santé. Les rédacteurs de l’avis étaient à la recherche d’une sorte de nouveau système d’évacuation des eaux usées, d’une sorte de nouveau système de soins (care), par la numérisation par exemple. Ce qui est l’évidence même pour qui vit tout en bas, c’est précisément ce qui avait échappé à tous les autres : que les gens sont incertains de leur existence, qu’ils ne disposent pas d’un logement de qualité, qu’ils ont à effectuer des travaux malsains.

ATD ne saurait cesser d’insister sur la nécessité du savoir acquis par l’expérience sur le terrain, insistance confortée par Olivier De Schutter, rapporteur aux Nations unies pour l’extrême pauvreté et les droits de l’homme. Le 22 juin 2023 il était à Bruxelles l’hôte d’une Université populaire bilingue d’ATD Quart Monde sur les droits de l’homme. Il a écouté francophones et néerlandophones, après quoi il a présenté ses conclusions à l’assistance tout entière.

« On ferme l’oreille aux personnes en situation de pauvreté ou la connaissance qu’on en a n’est pas prise en compte, et c’est pourquoi des mesures bien intentionnées sont parfois sans effet. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la négliger. »

Que le savoir tiré de l’expérience soit dans la recherche une plus-value, c’est là ce qui commence à pénétrer dans les esprits aux Pays-Bas, dit ‘S Jongers. Les autorités politiques ont déjà réuni un ensemble mixte de scientifiques, de professionnels, de décideurs et d’experts par expérience pour s’attaquer à la problématique des sans-abris. Mais on peut faire bien plus. Sans employer l’expression, c’est pour un « croisement des savoirs » que plaide ici ‘S Jongers.

ATD Quart Monde participe depuis des années déjà, en Belgique, à des dialogues auprès du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, une institution créée par l’État fédéral, les Communautés et les Régions, par un accord de coopération signé par tous les Gouvernements et approuvé par tous les Parlements. Là aussi le savoir est « croisé ». Un rapport est rédigé tous les deux ans, fondé sur des conversations en profondeur, soigneusement préparées, par un groupe de personnes tout aussi différencié. Rapport appelé à être discuté dans les différents parlements du pays. Bien du savoir s’y trouve rassemblé, le doigt y est mis sur la plaie, des propositions y sont présentées. Trop peu de choses pourtant ont changé. Le savoir, de toute évidence, ne suffit pas. Les personnes vivant dans la pauvreté ne croient pas en l’innocence du non-savoir des autorités politiques et se demandent si ces rapports ne sont pas rangés sans effet dans un tiroir. Sur quel levier compter pour produire un réel changement ?

Il apparaît alors clairement que ces choix ne s’appuient pas sur le savoir défini ci-dessus. Gouverner « dérive généralement d’un trouble mélange d’idéologie, de conduites visant à marquer des points aux yeux de l’opinion publique, d’affirmation de soi, d’instinct et d’une once de sens commun. »4 Tout cela aboutit à des décisions qui laissent froidement de côté un savoir évident.

Depuis des années, le but auquel on tend est de procurer du travail à un plus grand nombre de gens, et pour certains partis cette exigence est si absolue que présenter des mesures, tant pour sévir que pour récompenser, est plus important que savoir si le résultat généré est réel ou non. On ferme les yeux sur le fait que certaines personnes sont si loin d’un travail rémunéré et que seul un lent processus, fort d’un accompagnement fondé sur la confiance, est susceptible, pas à pas, de produire des résultats – l’« assainissement du sol » de ‘S Jongers. Et lorsqu’il s’agit de personnes ayant charge d’enfants, en plus, on leur barre la route. Les listes d’attente sont longues pour la garde d’enfants. Priorité est accordée aux enfants de parents qui travaillent un minimum de 4/5 de temps ou qui suivent des cours d’apprentissage.

Les droits d’enregistrement à l’achat d’une première résidence diminuent en Flandre. Qui y gagne, l’acheteur ou le vendeur ? Il est apparu dans le passé que les avantages fiscaux font monter les prix de l’immobilier. C’est autant de revenu de moins pour l’autorité publique, qui pourrait employer cet argent à résoudre les problèmes de personnes incapables de s’acheter un logement et qui, en dépit de leurs bas revenus, ne peuvent pas davantage louer un logement social, tant il en manque.

Construire un contre-pouvoir pour résister

De plus en plus nombreux sont ceux qui s’adressent à une banque alimentaire, à l’aide au surendettement et à d’autres organisations qui suppléent à une politique pratiquée à contresens. « C’est là appliquer un emplâtre sur une existence délabrée », dit ‘S Jongers. Et cela alors que nous savons entre temps quelles sont les structures qui créent de la pauvreté, ou qui la maintiennent. Il en vient à se demander s’il ne faut pas passer du stade des intentions bien organisées à celui de la colère elle aussi organisée et constructive. La pauvreté appelle à grand cris à la révolte.

Pour lutter véritablement contre la pauvreté et pour la prévenir « il nous faut une masse constructive de citoyens en colère. » Un contre-pouvoir.

Voilà qui me fait penser au 17 octobre, la Journée mondiale pour l’élimination de la pauvreté. Le but de cette journée est précisément de réunir d’une manière constructive des citoyens en colère, qu’ils aient ou non l’expérience de la pauvreté, de manière à donner une forme à ce contre-pouvoir.

Les personnes vivant dans la pauvreté butent de plus en plus contre des conditions qui les excluent de ce à quoi ils ont droit. Ils ont à affronter la méfiance, on les soupçonne de frauder, et pour quoi que ce soit ils ont à produire des justificatifs. L’usage que fait Tim ‘S Jongers de son expérience, de son savoir scientifique et de son habileté stylistique pour expliquer la pauvreté est le fondement d’un tel contre-pouvoir. Il appelle le lecteur et l’auditeur à lutter contre des conceptions persistantes de la pauvreté, à mettre en question nos propres normes et valeurs, à nous demander si nous faisons bien ce qu’il faut pour nous rapprocher de ceux que nous nous permettons si aisément de juger. Il a été entendu. Il a un impact. Il met en évidence le fait que la pauvreté est une crise de société et que c’est de la société dans son entier que doit venir la solution.

1 ‘S Jongers Tim, Armoede uitgelegd aan mensen met geld (La pauvreté expliquée aux gens qui ont de l’argent), De Correspondent, 2024.

2 Les pauvres sont l’Église. Entretiens du Père Joseph Wresinski avec Gilles Anouil, Éd. du Centurion, 1983.

3 Bray R., De Laat M., Godinot X., Ugarte A., Walker R., Les dimensions cachées de la pauvreté, Éd. Quart Monde, Montreuil, 2019. Voir aussi la Revue

4 Ruben Mooijman, De Standaard, 25 septembre 2024.

1 ‘S Jongers Tim, Armoede uitgelegd aan mensen met geld (La pauvreté expliquée aux gens qui ont de l’argent), De Correspondent, 2024.

2 Les pauvres sont l’Église. Entretiens du Père Joseph Wresinski avec Gilles Anouil, Éd. du Centurion, 1983.

3 Bray R., De Laat M., Godinot X., Ugarte A., Walker R., Les dimensions cachées de la pauvreté, Éd. Quart Monde, Montreuil, 2019. Voir aussi la Revue Quart Monde N° 258 | 2021/2 : Dévoiler les dimensions cachées de la pauvreté, https://www.revue-quartmonde.org/10299

4 Ruben Mooijman, De Standaard, 25 septembre 2024.

Isabelle Maes

Engagée comme alliée depuis 1982, Isabelle Maes était institutrice dans l’enseignement primaire flamand. Elle a été pendant huit ans présidente d’ATD Vierde Wereld Vlaanderen et elle est aujourd’hui membre de l’équipe nationale d’ATD Quart Monde Belgique.

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