Des personnes âgées tutrices

HelpAge International

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Electronic reference

HelpAge International, « Des personnes âgées tutrices », Revue Quart Monde [Online], 196 | 2005/4, Online since , connection on 20 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/184

Face au fléau du SIDA, il apparaît nécessaire de prendre en compte les ressources, les forces, les connaissances des éléments les plus vulnérables, ici le groupe grands-parents/orphelins, de reconnaître leur rôle et de leur donner les moyens de vivre et de préparer l’avenir. (Extraits d’un document de 30 pages “ Reconnaître et soutenir les efforts des personnes âgées tutrices d’orphelins et enfants vulnérables ”, édité en juillet 2004 par l’organisation internationale HIV/AIDS Alliance - www.aidsalliance.org)

Index de mots-clés

Vieillissement, Santé, Orphelins

[...] Beaucoup de parents meurent, victimes du sida, laissant derrière eux, aux soins de grands-parents ou d’autres membres de la famille, un nombre de plus en plus important d’enfants orphelins et d’enfants vulnérables. Naturellement, ces personnes âgées auraient pu s’attendre à ce que leurs propres enfants s’occupent d’elles plutôt qu’à devoir prendre soin d’eux jusqu’à leur mort et s’occuper ensuite des jeunes enfants qu’ils ont laissés. Pourtant l’immense contribution de ces personnes âgées au bien-être de leur famille et les difficultés qu’elles rencontrent à cause de cette épidémie sont rarement reconnues. Elles sont souvent considérées comme une charge alors que, sans leur aide, de nombreux enfants feraient face à de multiples dangers, qui rendraient leur survie précaire.

[...] Tous les orphelins ne sont pas vulnérables. Nombreux sont ceux dont on s’occupe bien et à qui on porte attention. Il est donc important de cibler les plus vulnérables. En Afrique, la famille élargie peut en principe accueillir un certain nombre d’orphelins, mais leur nombre est devenu si élevé que de nombreuses communautés ne peuvent plus faire face. Dans certaines familles toute une génération de jeunes adultes est décédée… laissant ainsi de plus en plus d’enfants à la charge des grands-parents…Ceux-ci ont souvent trop peu de ressources physiques et financières pour pouvoir répondre aux besoins de jeunes enfants

[...] Une étude récente montre que nombreux sont les enfants qui préfèrent vivre avec leurs grands-parents après le décès de leurs parents. Ils ont le sentiment qu’ils leur procureront davantage d’amour et d’affection que d’autres membres de la famille, ce qui est pour eux plus important que les avantages matériels. De plus les enfants et leurs grands-parents s’apportent mutuellement soins et soutiens.

[...] “ Notre grand-mère est tellement merveilleuse ! Elle nous aide de tant de façons différentes ! Elle nous nourrit, nous habille et nous élève bien. En la voyant, nous voyons notre mère. Si elle n’avait pas été là, nous aurions été dispersés dans d’autres familles et nous n’aurions pas été traités de la même façon. Nous sommes tellement heureux qu’elle soit encore avec nous ” (Catherine, 15 ans, aînée de 8 petits-enfants dont la grand-mère, Irène, 80 ans, prend soin au Malawi).

[...] “ Notre grand-mère s’est occupée de ma sœur et de moi après la mort de notre mère il y a deux ans. Puis elle a fait une mauvaise chute et elle ne peut plus marcher à présent. Maintenant, nous l’aidons dans la maison et nous nous occupons d’elle. ”

(Naomi, 14 ans, dont la grand-mère de 82 ans s’est occupée, au Kénya).

[...] Comme le sida se transmet dans la plupart des cas au sein de la tranche d’âge comprise entre 15 et 49 ans, au départ on a accordé peu d’attention à son impact sur les enfants et les personnes âgées…qui ont rarement l’occasion de participer à la conception des programmes et des politiques dont ils sont les bénéficiaires. C’est pourquoi ces programmes ont moins de chance de répondre à leurs besoins… Or l’amélioration du bien-être des personnes âgées peut avoir un effet considérable sur le bien-être des enfants dont elles prennent soin.

“ S’occuper d’orphelins, c’est comme recommencer la vie à nouveau car je dois travailler dans la ferme, nettoyer la maison, nourrir les enfants, acheter les uniformes scolaires ” dit un homme de 65 ans dans le Manicaland, au Zimbabwe, devenu le responsable principal de trois enfants d’âge scolaire. “ Je pensais que je n’aurais plus à faire cela. Je ne suis pas sûr que j’ai l’énergie pour faire face. ”

[...] Les grands-parents sont en général très préoccupés par le fait que leurs petits-enfants puissent aller à l’école mais les frais de scolarité et les autres coûts constituent souvent un grand problème… Souvent ils ne peuvent pas assister aux réunions entre parents et professeurs à l’école pour défendre leurs petits-enfants orphelins lorsqu’ils ont des difficultés à l’école ou pour s’assurer qu’ils sont dispensés des frais de scolarité.

Un besoin de soutiens

[...] Le chagrin, le choc et le traumatisme vécus après la mort de leur(s) enfant(s) accroissent les difficultés des personnes âgées pour faire face aux besoins des jeunes enfants dont elles s’occupent et qui souffrent eux-mêmes de la perte de leurs parents. Ceci peut conduire à des tensions dans les relations auxquelles il est difficile de faire face sans soutien psychologique… Les efforts et les difficultés que les personnes âgées rencontrent dans les soins qu’elles apportent à leurs enfants et petits-enfants sont rarement reconnus, ce qui leur donne le sentiment de n’avoir ni soutien, ni gratitude.

[...] “ Je m’occupe de huit enfants et ils ont besoin de nourriture, de vêtements et de médicaments lorsqu’ils sont malades. Ils doivent aller à l’école. Mon mari est un ouvrier journalier. Moi, je brasse la bière et je vends de la nourriture. Je me lève tôt le matin, prépare le thé, fais cuire le porridge, prépare les enfants pour l’école et rassemble ce que je dois apporter au marché. Là, je reste assise longtemps et je rentre à la maison vers 15 heures pour préparer la bière et faire le dîner. Je me sens toujours fatiguée car je suis trop vieille pour faire tout cela. Mais on n’a pas le choix. ” (Juliana, 60 ans, Juba, Soudan)

[...] “ Les enfants sont en mauvaise santé et l’un d’entre eux souffre de malnutrition. Je ne peux pas fournir les soins nécessaires parce que je n’ai pas d’argent et aucun parent ni ami ne m’aide. Parfois, quand il n’y a pas d’argent et que les enfants sont malades et affamés, j’ai tout simplement envie de m’en aller. ” (Oliver, 65 ans, vit avec sa femme, six enfants et deux orphelins à Juba, au Soudan)

[...] La violence, les abus, la discrimination et l’exclusion des activités de la communauté peuvent conduire les personnes âgées à se sentir particulièrement vulnérables à un moment de leur vie où elles ont le plus besoin du soutien de la communauté.

[...] Les personnes âgées tutrices peuvent être malades ou épuisées à force de s’occuper de leurs enfants et petits-enfants. Mais elles n’ont pas accès aux soins de santé à cause de la distance, des coûts élevés des soins et des transports.

[...] A cause des préjugés et des tabous, l’information sur le sida et les programmes d’éducation ne ciblent pas les personnes âgées. Celles-ci ont besoin d’information et d’éducation présentées convenablement à la fois pour se protéger elles-mêmes et pour aider les enfants dont elles s’occupent à se protéger. Avec une formation adéquate, les personnes âgées peuvent devenir des ressources inestimables pour la prévention et l’éducation.

[...] Les droits, rôles et besoins des personnes âgées sont rarement pris en considération dans les politiques gouvernementales, les documents légaux ou les programmes de réduction de la pauvreté. Les programmes conçus pour répondre aux besoins des personnes âgées, des orphelins, des enfants vulnérables touchent rarement tous ceux qu’ils devraient toucher.

[...] “ J’ai la tuberculose et j’obtiens les médicaments gratuitement au centre de santé. Quand Viola ou moi, nous tombons malades, je commence à supplier le personnel du centre de santé de me donner les médicaments gratuitement. Ils le font parfois…Je suis très inquiète et triste. J’ai besoin que quelqu’un m’aide à répondre à nos besoins. ” (Grace, Juba Soudan)

Quelques lignes directrices.

[...] “ Dans la plupart des ONG, les personnes âgées ne font pas partie des priorités et sont souvent oubliées par les partenaires au développement. La seule fois où nous avons entendu parler des personnes âgées, c’est lorsque HelpAge Zimbabwe est venue dans cette région. ” (Tutrice)

[...] Reconnaître et soutenir le rôle effectif et potentiel joué par les personnes âgées tutrices. Les personnes âgées tutrices prennent soin de leurs enfants adultes malades et de leurs petits-enfants après le décès des premiers. Ce faisant, elles offrent une contribution considérable aux familles et à la société, souvent à un coût personnel important. Cette contribution doit être reconnue et soutenue afin que ces personnes âgées puissent continuer à maintenir la cohésion de la famille et s’occuper des enfants dont elles ont la charge.

[...] Soutenir l’accès à l’éducation et à la formation.

Beaucoup d’orphelins dont les tuteurs s’occupent sont obligés d’abandonner l’école par manque de moyens pour payer les frais de scolarité. Faciliter la présence des enfants à l’école augmente leurs chances dans la vie et donne un répit aux personnes âgées tutrices. Poursuivre, si possible, ce soutien à l’éducation tout au long de leur cursus (préscolaire, primaire, secondaire et supérieur).

Quelques actions possibles.

[...] Sensibiliser la population aux besoins des personnes âgées tutrices qui s’occupent d’orphelins et d’enfants vulnérables, en particulier les dispensateurs de soins. Ceci encouragerait la communauté à soutenir plutôt qu’“ ostraciser ” ces familles et également à aider les enfants à effectuer certaines tâches quand leurs grands-parents ne peuvent pas le faire.

[...] Au Zimbabwe, HelpAge a donné aux hommes et femmes âgés des chèvres et des poules, des matériaux de construction pour les enclos des animaux, des médicaments et de la nourriture pour la volaille. Ils disposaient également des conseils du vétérinaire local et des services en agriculture...  

[...] Dans la province du Tete au Mozambique, les comités de crédit communautaire dirigés par les personnes âgées et des membres de la communauté ont soutenu jusqu’à maintenant plus de 300 tuteurs et jeunes dont deux tiers étaient des femmes. Des fonds ont été utilisés pour établir de petites entreprises comme la vente de petits animaux, de vêtements usagés, de poissons d’eau douce, de bière traditionnelle, de nourriture locale (par exemple tomates et feuilles). Certaines personnes âgées ont également été formées pour faire des paniers, de la poterie, du tricot, des chaussures.

Le comité de crédit alloue des fonds à des projets qui profitent à la communauté. Les intérêts générés par les fonds sont utilisés pour soutenir les personnes âgées et les foyers de la communauté les plus démunies. La plupart des personnes âgées tutrices qui ont reçu des fonds ont acheté des articles scolaires pour leurs orphelins, payé les frais d’hôpitaux, le cas échéant, ou rendu visite à leur famille qui habite ailleurs.

Amina, âgée de 65 ans, s’occupe de sept petits-enfants depuis le décès de sa fille et de son gendre à cause du sida. Amina explique ce qu’elle a fait avec l’argent du comité de crédit : “ Nous avons acheté de la farine à Tete pour faire du pain qui est la nourriture que je vends, et qui est la plus populaire. Je rêve d’avoir un magasin un jour mais je sais que je dois faire des bénéfices pour en acheter un. A présent la plupart de mes bénéfices servent à acheter à manger aux enfants. ”

[...] En Ethiopie, où la pénurie alimentaire est courante, un projet novateur a été introduit par HelpAge International et l’Ethiopian Rural Self Help Association pour soutenir les éleveurs de moutons. Le projet se base sur un modèle traditionnel de “ passation ”, où les personnes les plus aisées financièrement donnent les premiers agneaux de leurs moutons à une personne plus pauvre. Puis, cette personne donnera les premiers agneaux des moutons à une autre personne. Si les moutons sont sains, cela peut se poursuivre indéfiniment. Avec l’aide du département vétérinaire du gouvernement, un comité de bénévoles a acheté deux agneaux pour 50 personnes âgées de plus de 55 ans, qui pouvaient toutes s’occuper des agneaux elles-mêmes ou avec l’aide de membres de leur famille et leur a donné la formation requise. Deux ans plus tard, 165 personnes ont participé à ce projet. Elles ont eu 560 moutons en tout mais en ont vendu beaucoup plus. Leurs revenus et leur qualité de vie s’en sont beaucoup améliorés.

HelpAge International

HelpAge International est un réseau d’organisations à but non lucratif qui travaillent avec et pour les personnes âgées défavorisées à travers le monde. (www.helpage.org)

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