La leçon de Marcinelle

Joseph Cardijn

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Joseph Cardijn, « La leçon de Marcinelle », Revue Quart Monde [Online], 183 | 2002/3, Online since 05 February 2003, connection on 17 October 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/2437

En août 1956, à Marcinelle, faubourg de Charleroi ((Belgique), une catastrophe minière d’une gravité extrême emporte avec elle plusieurs dizaines de mineurs, dont une majorité originaire du sud de l’Italie, de la Sicile et de la Sardaigne. L’abbé Joseph Cardijn, fondateur et président international de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), demande que le charbonnage du Bois-du-Gazier, où tant de travailleurs ont donné leur vie, devienne un « mémorial de l’engagement dont les morts de Marcinelle sont les garants. »1 Démarche proche de ce que sera celle du père Joseph. Le même sens de l’irréductible humain n’animait-il pas les deux hommes ?

Index chronologique

2002/3

Nous espérions, contre tout espoir, qu’on retrouverait les autres mineurs, qu’on les reverrait, qu’on les entendrait faire eux-mêmes le récit de leurs souffrances atroces... et enfin de leur sauvetage !

Cet espoir nous est désormais enlevé. Nous ne reverrons plus, sauf miracle, les seuls témoins authentiques, les victimes de la catastrophe. Mais leur sacrifice ne peut être ni oublié, ni perdu !

Marcinelle, où tant de travailleurs sont morts : jeunes et adultes, pères de famille, flamands et wallons, italiens et autres, chrétiens et non-chrétiens, devra rester un lieu de rencontre pour l’entraide et le respect mutuels, et surtout pour la grande solidarité internationale qui seule peut garantir la vraie justice et la vraie fraternité.

Marcinelle doit être une étape et un jalon sur la route du vrai progrès et du vrai relèvement humain. Etape et jalon, marqués du sceau du sacrifice et mis à l’abri de l’oubli et de la profanation. Ce sera le temps qui oblige aux examens de conscience et à la reddition des comptes. Tous nous en avons besoin : journalistes, politiciens, patrons, dirigeants ouvriers, prêtres et religieux, travailleurs et autorités publiques ; tous nous avons à nous demander si nous prenons au sérieux la vie des hommes les plus humbles et les plus petits. Nous sommes si exposés à abuser du progrès et des techniques pour nous évader de nos responsabilités !

Ce n’est qu’au prix de tous les sacrifices nécessaires que nous bâtirons le monde de la vraie paix, qui est d’abord le monde du respect.

Marcinelle doit l’apprendre à tous et surtout aux jeunes. Il faut qu’ils puissent revenir à Marcinelle, s’y réunir, y descendre, y prier, y renouveler leurs engagements pour que le sacrifice des  morts d’aujourd’hui ne soit jamais perdu.

Pour que le puits et le charbonnage de Marcinelle ne soient pas perdus pour la classe et la jeunesse ouvrières, qu’ils soient comme un mémorial de l’engagement dont les morts de Marcinelle sont les garants : le monde du travail doit devenir le monde de la justice, du respect, de la solidarité et de la paix.

Texte publié dans le quotidien La Cité, 15 août 1956

1Un musée à la mémoire des victimes de cette catastrophe a été inauguré à Marcinelle en août 2001
1Un musée à la mémoire des victimes de cette catastrophe a été inauguré à Marcinelle en août 2001

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