La misère, ni taboue, ni fatale

Louis Join-Lambert

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Louis Join-Lambert, « La misère, ni taboue, ni fatale », Revue Quart Monde [Online], 145 | 1992/4, Online since 05 May 1993, connection on 19 October 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/3528

« S’unir contre la misère », titrait le précédent dossier (1992/3) Il montrait pourquoi et comment s’unir d’abord avec ceux qui la vivent et apprendre d’eux leur expérience et leur refus. Voici, avec cette livraison un peu exceptionnelle dans sa forme, le deuxième volet d’un même dossier.

Le 17 octobre dernier, M. Javier Perez de Cuellar lançait un appel aux Nations Unies. « Proclamez, leur demandait-il, le 17 octobre comme Journée mondiale du refus de la misère. Nous avons besoin d’un rendez-vous annuel pour faire, ensemble avec les plus pauvres, silence devant le malheur qu’engendre la misère et pour renouveler notre engagement de bâtir un monde de paix. »

Des dizaines de milliers de personnes se sont jointes à cette initiative à travers le monde. Il s’agit d’un « enjeu qui unit », selon les termes mêmes d’un signataire de l’appel que nous rapporte Michèle Gérardin de l’Ile Maurice.

Les participants à cette journée mondiale de 1992 ont été nombreux. Nombreux en Europe, particulièrement à Paris, ils l’ont aussi été dans des villes du monde entier reliées par radio avec le Trocadéro, à Paris, où a été proclamée en 1948 la Déclaration universelle des Droits de l’homme. Des Philippines, du Guatemala, du Burkina-Faso, etc., de plus de trente pays pauvres ou riches des témoignages ont été transmis auxquels se sont joints ceux de nombreux invités à Paris. Invités fort divers, responsables politiques, économiques, personnes vivant en grande pauvreté, militants associatifs, artistes, etc.

Ce dossier présente un choix assez arbitraire, parmi ceux de ces témoignages qui ont été rassemblées durant douze heures d’antenne radiophonique. Les témoignages parlés, enregistrés et retranscrits ici sont aussi, le plus souvent, des réflexions brèves et fortes liées à des engagements concrets pour respecter et faire respecter la dignité de tout homme. Leur diversité même manifeste que l’existence de la misère ne laisse personne indifférent.

On les lira, par exemple en retrouvant les principaux moments des deux premières heures de cette « Radio 17 octobre » Les invités de Paris ont été en lien, pendant ces tranches horaires, avec la Thaïlande, la Suisse, l’Inde, Noisy-le-Grand, lieu symbole en France du refus de la misère par le Quart Monde, le parvis des Libertés et des Droits de l’homme autour de la Dalle à l’honneur des victimes de la misère.

D’autres témoignages disent que « la misère peut être abolie à condition que tous s’y engagent davantage » Parmi eux, ceux de l’abbé Pierre, de Bernard Kouchner, de Jean Mattéoli, de Marie-Claire Lienemann, d’Harlem Désir, de Didier Pineau-Valencienne ou de Stéphane Paoli.

Une analyse de la condition des Tsiganes en Europe aujourd’hui a été incluse au centre de ce dossier. Elle montre que l’Europe ne peut se contenter de demi-volonté face au rejet ethnique et à la misère. En matière d’exclusion, la loi, nécessaire, ne suffit pas comme l’illustre l’application de la législation sur le logement en France analysée dans l’article suivant.

Le titre de ce dossier « La misère, ni taboue, ni fatale » a été particulièrement inspiré par quatre interviews stimulantes. Malgré les images de la télévision, malgré les analyses des sciences humaines sur la pauvreté, la misère est exclue de la pensée comme le souligne le philosophe français Michel Serres. L’anthropologue péruvien Aurelio Ugarte explique ici le courage qu’il faut pour ne pas enfermer l’expérience de la grande pauvreté dans le silence.

Par ailleurs, le biologiste Albert Jacquard récuse avec force la fatalité apparente de la misère. A celle-ci, Jacques Higelin, chanteur, oppose la vie, sa force et le sens qu’on lui donne.

Je le cite en dernier parce qu’il annonce ainsi le dossier du prochain numéro qui portera sur les enjeux de l’écologie pour les plus pauvres.

CC BY-NC-ND