Dossier

Scoutisme : Apprendre aux jeunes pour qu’ils apprennent à d’autres

François Wandewater
  • publié en février 1992
Résumé
  • Français

Histoire et réflexion d’un père de famille, ancien scout, qui, d’abord loin des réseaux du scoutisme, s’estime redevable à la génération suivante de ce qu’il a lui-même reçu dans sa jeunesse. (Propos recueillis par Rosette Proost)

Index

Index chronologique

1992/1
Texte intégral

Revue Quart Monde : Monsieur Wandewater, comment avez-vous connu le scoutisme ?

François Wandewater : J’avais treize ou quatorze ans. J’habitais Anvers. Un jour, dans le tram, nous discutions entre jeunes et un homme m’a demandé : « Cela t’intéresserait-il de faire de la marche ? » Je lui ai répondu : "Oui, mais je suis placé. » L’homme a écrit une lettre pour moi, parce que, à cette époque, je ne savais ni lire, ni écrire. J’ai envoyé cette lettre au juge des enfants qui a aussitôt accepté que je fasse partir de ce groupe. Je me suis inscrit.

Nous étions quatre jeunes de moins de seize ans, les autres étaient plus âgés. Eux faisaient des marches de cinquante kilomètres. Nous nous contentions de quinze ou vingt. Mais dès qu’on a eu seize ans, on a fait pareil.

A Brasschaat, où j’étais placé, un professeur très chouette organisait des activités semblables à celle des scouts, nous allions dans les auberges de jeunesse. Les deux groupes ont alors fusionné.

C’était une bonne chose parce que cela permettait aux jeunes de n’être plus dans la rue.

Cette période de quatorze à dix huit ans a été la plus belle avant mon service militaire. J’ai vu beaucoup de choses, beaucoup de pays, en Allemagne surtout. A l’armée, j’ai beaucoup marché aussi, mais, avec les scouts, c’était par plaisir pendant les jours de congés et les vacances.

Plus tard, je me suis marié, j’ai fait du sport. J’ai été sept ans délégué ans un club de football. J’ai toujours été avec les jeunes. Avec eux c’est toujours nouveau.

C’est important qu’ils ne soient pas tout le temps dans la rue. Le scoutisme n’est pas indispensable, une autre activité peut aussi bien convenir, l’essentiel est qu'on s’occupe d’eux.

RQM : Monsieur Wandewater, vous avez créé une troupe scoute. Comment cela a-t-il démarré ?

Un jour, dans un café, une conversation avec un ancien scout m’a rappelé mon expérience d’adolescent. J’en parlais parfois à mes enfants et mon fils aîné, Francis, il y a cinq ans, a voulu démarrer ici avec mes plus jeunes enfants, leurs cousins et ceux de deux autres familles proches. Je l’ai aidé. Nous avons fonctionné ainsi pendant deux ans cherchant des soutiens auprès de différentes fédérations scoutes, des paroisses etc., sans grand succès. Des volontaires du Mouvement ATD Quart Monde nous aidaient occasionnellement pour des transports d’enfants, etc.

J’avais pris contact, entre autres, avec la Fédération des scouts catholiques (FSC) pour m’y inscrire. Deux jeunes d’une vingtaine d’années m’avaient reçu. Ils m’avaient donné un tas de livres et promis beaucoup mais cela n’avait eu aucune suite.

Pierre, le volontaire ATD responsable de la Maison des Savoirs qui nous aidait parfois, m’a alors fait rencontrer un allié du Mouvement ATD, Yves qui avait des responsabilités dans la FSC.

Deux ans après notre démarrage, Yves est venu nous aider avec Marie-Noëlle, une autre responsable de la FSC. Tous deux ont une longue expérience du scoutisme. J’ai la mienne aussi.

Chefs scouts, comme moi ils veulent faire du scoutisme et nous collaborons. Dans cette collaboration nous apprenons chaque jour, les uns et les autres. Chacun en tire des réflexions. J’apporte mes idées, ma connaissance du quartier entre autres, Yves sa longue pratique de chef scout et Francis, mon fils, fait des propositions d’activités. Pour lui, ça n’a peut-être pas toujours été facile, mais il comprend mieux maintenant tout ce que l’expérience d’Yves et Marie-Noëlle peut apporter.

Avec eux nous rencontrons d’autres chefs à la fédération. Dans ces réunions, chacun partage les expériences qu’il a faites dans différentes régions et nous en tirons des conclusions.

RQM : D’où viennent les enfants de la troupe ? Comment y arrivent-ils ?

Cela a commencé par mes propres enfants et leurs cousins, comme je l’ai déjà dit. Puis, les enfants parlent entre eux. J’ai mis une affiche à ma fenêtre. Elle représente deux enfants, un Africain et un Européen, qui se donnent la main. Un des copains d’une fille de la troupe a vu l’affiche. Sa mère m’a téléphoné. Il va venir à l’essai pendant un mois. Sil désire continuer, il viendra s’inscrire avec sa mère et paiera sa cotisation.

Je marche aussi beaucoup dans le quartier. Je rencontre des parents, je parle avec eux de leurs enfants, des dangers de la rue, de ce que le scoutisme pourrait leur apporter.

La fédération elle-même va faire bientôt une animation de rue dans le quartier pour faire connaître le scoutisme. Je ne sais vraiment pas ce que ça va donner.

RQM : Avez-vous des contacts avec les parents ?

Nous leur envoyons la liste des activités. Nous allons aussi les voir et nous les réunissons pour leur demander leur avis ou ce que leurs enfants apprennent. Nous faisons de même avec les écoles et les instituteurs. Il nous faut travailler avec tous ceux qui rencontrent les enfants. Tout ça n’est pas facile et demande du temps.

RQM : Vous rencontrez des scouts d’autres villes, d’autres pays peut-être ?

Nous avons rencontré dans nos camps des scouts de Haïti et du Zaïre. L’an prochain nous irons aux Pays-Bas pour une rencontre internationale de responsables.

RQM : Qu’est-ce qui est important pour vous dans le scoutisme ?

La jeunesse c’est l’avenir. Cet avenir je ne le vois pas très rose. J’espère avoir tort mais je vois le chômage. Chez les scouts on apprend des choses qui préparent l'avenir, qui donneront aux jeunes des capacités de faire face si le travail vient à manquer.

On y apprend des choses qu’on n’apprend pas à l’école. Je n’ai pas appris à l’école que je n’aimais pas. Tout ce que je sais, je l’ai appris de la nature. Je sais faire la cuisine : quand les jeunes sont dans les bois, ils apprennent à préparer eux-mêmes leur nourriture, à se tirer seuls d’affaire, à se soigner lorsqu’ils sont blessés. Ils apprennent à reconnaître les fleurs, les plantes, les arbres et ce qu’on peut en tirer pour se nourrir. Nous allons souvent dans la nature par le tram ou le bus. A l’école, ils apprennent à lire, écrire, compter… C’est très bien, mais il y a d’autres choses à apprendre : le risque et le respect des autres, l’ordre et la prise de responsabilité. Il faut apprendre, par exemple, qu’on ne peut manger ou boire n’importe quoi, qu’il ne faut rien laisser traîner, surtout des objets qui pourraient être dangereux pour les enfants. Chez les scouts on apprend aussi à donner les premiers soins – nous prenons contact maintenant avec la Croix Rouge….

On peut rester membre du mouvement scout toute sa vie si l’on veut. Chacun est libre. Certains jeunes s’en vont : parfois ils reviennent plus tard. A seize ans, les jeunes peuvent devenir chefs-assistants. A cet âge-là, ils commencent par s’occuper des plus petits. Chez moi, il y en a deux qui vont le devenir. Cela fait des années qu’ils appartiennent à la troupe. Ils doivent se former, apprendre, passer des épreuves.

Chefs scouts, notre travail est d’apprendre aux enfants ce que nous avons appris nous-mêmes. Il nous faut apprendre aux jeunes pour qu’eux-mêmes, plus tard, apprennent à d’autres. Pour moi, c’est vraiment le plus important.

Pour citer cet article François Wandewater, « Scoutisme : Apprendre aux jeunes pour qu’ils apprennent à d’autres », Revue Quart Monde, Année 1992, Jeunes rencontreraient monde pour un avenir commun, Dossier, mis à jour le : 29/10/2009,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3633.
Auteur

François Wandewater

François Wandewater, né en 1941 à Bruxelles, père de cinq enfants, a travaillé pendant plusieurs années comme manœuvre dans différentes usines. Passionné par la jeunesse, il s’occupe d’abord du club de football avec des jeunes, puis organise en 1986 des vacances d’enfants dans son quartier avec l’aide de sa famille et d'amis appartenant au Mouvement ATD Quart Monde. De cette initiative, en 1989, est née la 125ème unité scoute. Elle participe au programme lancé à cette époque par la fédération scoute « Camps pour tous »