N° 126, 1988/1   •  Mettre en œuvre le rapport Wresinski
Dossier

Mettre en œuvre le rapport wresinski

Louis Join-Lambert
  • publié en mars 1988
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1998/1
Texte intégral

L’avis du rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale » a été proposé par le père Joseph Wresinski et adopté par le Conseil économique et social français comme un programme global, cohérent et prospectif de refus de la misère.

C’est un programme réaliste aux yeux des partenaires économiques et sociaux français qui s’articule en deux phases successives :

Une phase d’expérimentation locale doit permettre la mise en œuvre globale et concertée de l’ensemble des propositions. Les « départements pilotes » prévus ont été choisis par le Gouvernement au nombre de douze. Leur responsabilité est d’inventer avec l’aide des plus pauvres, des mesures qui changent vraiment la vie des personnes et familles en grande pauvreté.

Une phase de généralisation commençant au bout de trois ans et ouverte par l’adoption d’une loi d’orientation de manière, dit le rapport, « à conférer à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion le caractère d’une priorité nationale engageant le pays tout entier ».

Soucieux que la dynamique du rassemblement des défenseurs des Droits de l’Homme contre la misère aboutisse aussi à des points d’application politique rapidement, le Père Joseph avait demandé aux parlementaires français de se mettre au travail avant le grand rassemblement du Trocadéro le 17 octobre 1987. Le 12 octobre dernier, un colloque d’une journée s’est tenu au Sénat. Plusieurs des contributions qui suivent en sont issues.

Notre dossier reprend d’abord la présentation que le Père Joseph Wresinski a faite de son rapport à la presse au moment du vote du Conseil économique et social. Il indique de manière claire les enjeux prioritaires à ses yeux.

Puis des élus locaux et des parlementaires donnent leurs point de vue sur la mise en œuvre des deux phases proposées par le rapport.

Les premiers, Christian Proust, Président de Conseil général, et Marguerite Vieille-Marchiset, élue municipale, développent leurs analyses des choix qu’impliquent des politiques globales et cohérentes au niveau local.

Les seconds, Pierre-Christian Taittinger, Vice-président du Sénat, Jean-Michel Belorgey, député, et Jean Le Garrec, député, présentent un premier débat sur la nécessité et le contenu d’une loi d’orientation. Le souci de la dignité et du droit des plus pauvres comme celui de l’efficacité des mesures y dominent dans le contexte de la décentralisation. Peut-être se rapprocherait-on d’un consensus si l’on savait ce qu’apportent les plus pauvres lorsqu’ils sont réellement traités durablement en partenaires.

Les quatre articles qui suivent contribuent à évaluer la portée de ce rapport, d’abord du point de vue de la presse française, ensuite du point de vue de l’état de la réflexion sur la pauvreté d’un pays voisin, la Belgique, enfin du point de vue de la population la plus pauvre elle-même.

Claude Guerrier qui a analysé la presse écrite reprend et ordonne l’ensemble des réactions qui, en vagues successives ont fait écho au rapport et à ses suites. Dans quelle mesure ont-elles permis à l’opinion française de connaître le contenu du rapport et d’en percevoir l’apport à l’action de lutte contre la grande pauvreté ?

Jean Tonglet, donne de son côté une autre étude qui situe ce rapport dans le contexte belge et cherche à voir comment le mettre à profit dans les débats actuels de ce pays. Ce thème de réflexion est pour notre revue une façon de chercher aussi à faire tomber les frontières. Les chances à saisir à l’approche de la réalisation du marché unique européen supposeront de plus en plus souvent d’entraîner plusieurs pays dans une commune direction.

Les deux derniers articles nous ramènent au rôle des citoyens. Didier Robert et Daniel Fayard explicitent le lien entre ce rapport et le grand rassemblement des défenseurs des Droits de l’Homme au Trocadéro.

Pour le premier, le vote du rapport par les Conseillers économiques et sociaux est un événement de très grands importance pour les plus pauvres. Il signifie, en effet, un accord sur la co-responsabilité de la nation pour l’application des Droits de l’Homme dans les situations de misère.

Pour le second, la manifestation d’un tel accord au niveau individuel comme au niveau collectif a des répercutions profondes pour les plus pauvres. Le sentiment d’être égal en dignité change en effet radicalement la façon de se confronter à une situation de misère. Pour les plus pauvres, ce sentiment ne peut passer que par la certitude que d’autres citoyens ont fait le choix durable de les prendre comme partenaires prioritaires pour appliquer et faire appliquer des propositions de ce rapport.

Ainsi la mise en œuvre du rapport Wresinski, parce qu’elle mobilise déjà l’intelligence et l’action de citoyens parmi les plus pauvres comme parmi les autres, est un message de dignité. Aucune autorité politique ou autre ne peut se permettre de négliger une si exceptionnelle chance de mobiliser l’action des plus pauvres eux-mêmes surtout en cette période où ils sont si généralement renvoyés aux formes les plus traditionnelles de la dépendance et de l’assistance.

Pour citer cet article Louis Join-Lambert, « Mettre en œuvre le rapport wresinski », Revue Quart Monde, Année 1988, Mettre en œuvre le rapport Wresinski, Dossier, mis à jour le : 02/02/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/3908.
Auteur

Louis Join-Lambert

Directeur de l’Institut de Recherche et de Formation aux Relations Humaines

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