N° 130, 1989/1   •  Tous citoyens, une ambition
Autrement Vu

L’œil du cyclone

Gérard Bureau
  • publié en novembre 1989
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1989/1
Texte intégral

Sans cesse, de par le monde, les familles les plus pauvres sont victimes de catastrophes naturelles parfois si minimes pour les autres que la presse n’en dit mot. Ainsi, presque chaque année, à l’Île de la Réunion, les dépressions délogent les habitants des quartiers démunis comme une répression continuelle. Les cases de tôles et de bois récupérés ne résistent ni aux vents ni aux pluies. Et là comme ailleurs, les pauvres n’ont d’autres refuges que les terrains non-constructibles.

Dans les quartiers complètement détruits par le cyclone Firinga, il n’y avait plus que le silence. Un silence suffocant. À fuir ou à tourner en rond, faute de savoir quoi faire.

Je retrouvais là la même attitude que celle des familles guatémaltèques, en 1986, après une sécheresse complète. Elles n’avaient pas engrangé le dixième des récoltes ordinaires. Mais elles demeuraient sans révolte ni désespérance. Elles gardaient le silence, et dans les yeux, le même regard de résistance tacite éprouvée depuis des siècles.

Une fois tu le fracas des plans d’urgence et de secours, les plus pauvres rebâtiront avec les débris des autres, comme ils l’ont toujours fait. Sans mot dire. Sans maudire.

« C’est par son silence qu’un peuple provoque au combat » disait le père Joseph. En ces temps préoccupés d’écologie et de défense de l’environnement, comment rejoindre cette souffrance muette de ceux qui n’ont pas droit à habiter la terre ?

Pour citer cet article Gérard Bureau, « L’œil du cyclone », Revue Quart Monde, Année 1989, Tous citoyens, une ambition, Autrement Vu, mis à jour le : 09/02/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/4063.