N° 130, 1989/1   •  Tous citoyens, une ambition
Autrement Vu

«Historiquement (non) destinés à l’exclusion sociale»

Jean Tonglet
  • publié en novembre 1989
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1989/1
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Ce 10 février, en ouvrant le courrier, je trouve une invitation à une journée d’études organisée par la Fédération des Centres de Service Social, sur le thème : « Cycles de vie et exclusion sociale ».

La seule lecture du programme des deux journées me laisse déjà perplexe. Consacrer deux journées entières à l’exclusion sociale sans donner un seul instant la place à l’expression des familles victimes de la misère depuis plusieurs générations est déjà un exploit en soi.

C’est parler de l’exclusion sans ceux qui la subissent depuis toujours et qui nous en révèlent chaque jour la portée.

Plus grave encore : le programme précise qu’au cours de cette journée, on s’interrogera sur « les causes et les raisons de la marginalisation et de la paupérisation croissantes d’un plus grand nombre de personnes historiquement non destinées à subir les conséquences de l’exclusion sociale. »

Ainsi donc, si certains sont historiquement non destinés à l’exclusion sociale, d’autres seraient en toute logique destinés à cette exclusion.

Inconscience ou légèreté du rédacteur ? Écart de langage ? Peu importe…

Ce qui est inquiétant, c’est que ce genre de réflexions en rejoint d’autres, et notamment celles d’une étude effectuée en 1987 et 1988, par l’Institut Supérieur du Travail de l’Université de Leuven, étude dont les conclusions sont largement reprises par le Secrétaire d’État à l’Émancipation Sociale.

Selon cette étude, les bénéficiaires du minimex (garantie de ressources en Belgique) et de l’aide sociale se répartiraient en trois groupes.

20% qui grâce à leur formation et leur dynamisme sont capables de se retrouver rapidement en situation de travail.

60% qui pour y parvenir auront besoin d’une remise à niveau et d’un écolage.

20% qui sont non-réinsérables, – « niet op te vissen » dit en néerlandais le Secrétaire d’État, ce qui veut dire littéralement non repêchables – à cause de leur passé, de leur caractère et de leur personnalité…

Éternelle tentative d’un tri impossible entre les bons et les mauvais pauvres, les anciens et les nouveaux, ceux dignes d’intérêt et les autres.

Pour notre part, nous ne pourrons jamais nous résoudre à une déclaration universelle des droits de presque tous les hommes, et nous redirons sans cesse que « tout homme porte en lui une valeur inaliénable qui fait sa dignité d’homme ».

Pour citer cet article Jean Tonglet, « «Historiquement (non) destinés à l’exclusion sociale» », Revue Quart Monde, Année 1989, Tous citoyens, une ambition, Autrement Vu, mis à jour le : 09/02/2010,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/4062.
Auteur

Jean Tonglet