Préface

Rédaction de la Revue Quart Monde

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Préface », Revue Quart Monde [Online], | 1994/, Online since 19 April 2010, connection on 29 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4586

* Monsieur Bernard Landouzy, Préfet de Région Aquitaine, Préfet de la Gironde

(mai 1994)

A l’heure où la situation des jeunes sur le marché du travail exige plus que jamais la mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques et sociaux, permettez-moi de louer l’initiative d’ATD Quart Monde qui mena, début 1993, au colloque « Aucun jeune sans avenir. »

Nul ne contestera aujourd’hui que la réussite scolaire et professionnelle des jeunes en grande difficulté est une priorité pour tous. Aussi les Actes de ce colloque traduisent-ils pleinement cette prise de conscience, cette volonté de réagir qui doit animer chacun, face à des phénomènes d’exclusion croissants. Mais ce colloque a apporté bien plus, parce que des jeunes ont pu y trouver des interlocuteurs, une reconnaissance et peut-être aussi des repères pour mieux construire leur avenir.

Il appartient pourtant aux pouvoirs publics d'apporter une réponse qui ne soit pas de pure circonstance. Il est de la responsabilité de l’Etat de donner aux jeunes les plus démunis les capacités nécessaires pour s’insérer durablement dans le réseau des relations économiques et sociales ; cela signifie non seulement accroître leur niveau de formation mais aussi laisser s’épanouir leurs qualités sociales, leur identité. Ce souci de motivation, d’implication totale des jeunes dans leur avenir doit constituer le premier maillon de la chaîne des dispositifs de formation et d’aide à l’insertion. Pour cela, il est essentiel d’offrir aux jeunes menacés par la marginalisation un véritable projet professionnel, début d’une insertion durable dans la vie active, dans la vie en société, dans la vile culturelle, dans les loisirs…

Dans cette optique, la loi quinquennale pour l’Emploi du 20 décembre 1993 consacre la volonté permanente des pouvoirs publics de tout mettre en œuvre pour lutter contre le chômage des jeunes, facteur essentiel de leur exclusion. En posant le principe de la décentralisation de l’ensemble des dispositifs de formation des jeunes, elle a le souci de réformer en profondeur notre système de formation professionnelle et de le rendre plus proche des attentes de la jeunesse. Elle n’en nie pas pour autant le rôle majeur de l’Etat comme coordonnateur des actions menées, comme animateur des politiques d’insertion professionnelle et sociale en faveur des jeunes qui cumuleraient plusieurs handicaps.

D’ailleurs, Michel Giraud, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, a récemment réaffirmé la nécessité de conforter les tâches et le champ d’action des structures d’accueil pour les jeunes, au premier rang desquelles les missions locales et les PAIO (Permanences d’Accueil, d’Information et d’Orientation), créées au début des années 80. L’objectif est de conforter la souplesse de l’action locale tout en assurant, sur l’ensemble du territoire, l’égale qualité des services rendus.

N’oublions pas, cependant, que le défi de la qualification et de l’accès à l’emploi pour tous implique que les entreprises partagent au premier chef cette éthique de responsabilité et de solidarité, qu’elles soient conscientes que former des jeunes, c’est aussi investir dans l’avenir. L’entreprise doit, à l’heure actuelle, demeurer le lieu de plus approprié pour apprendre un métier.

Pour cela, de plus en plus de jeunes doivent pouvoir bénéficier de contrats d’apprentissage et de formation en alternance. La loi quinquennale prévoit d’ailleurs de doubler leur nombre en cinq ans, en élargissant la formule des primes forfaitaires et des crédits d’impôts accordés aux entreprises qui y ont recours ; de même, elle invite les branches professionnelles à négocier chaque année sur les modalités de recours à ces contrats spécifiques ainsi que sur les conditions générales d’accueil des jeunes dans les entreprises. Pour cela encore, la coopération entre l’école et l’entreprise devra aussi être abordée avec un regard neuf.

Face au défi lancé « Aucun jeune sans avenir », le rôle de l’Etat est bien d’assurer l’homogénéité des initiatives menées, de rendre toujours plus dynamique et novateur le partenariat des différents acteurs publics et privés : dans cette logique, la loi quinquennale prévoit d’ailleurs l’instauration de véritables plans régionaux de développement des formations des jeunes, première étape d’une politique concertée d’information et d’orientation.

C’est en valorisant le rôle et les démarches de chacun, en favorisant leurs synergies, en forgeant un cadre d’intervention pérenne et partenarial, que l’Etat pourra lutter au mieux contre les pièges du scepticisme.

* Monsieur Jacques Valade, Président du Conseil régional d'Aquitaine ( juin 1994)

« Aucun jeune sans avenir, une société pour demain », c’est le thème de la journée publique qui s’est tenue le 29 janvier 1993 à l’Hôtel de Région, à l’initiative du Mouvement ATD Quart Monde et de Mme de Gaulle-Anthonioz, sa présidente.

« Aucun jeune sans avenir… », c’est aussi une profession de foi à laquelle il est urgent que nous souscrivions. Pour cela, il nous faut compter avec la volonté des hommes et des femmes de relever les défis redoutables que nous impose une époque troublée. Cette volonté est le fait de toutes celles et tous ceux qui refusent la fatalité du chômage et de l’exclusion.

Les engagements pris lors de ce colloque régional  sont porteurs d’espoirs. Il ne tient qu’à nous - décideurs locaux, pouvoirs publics, socioprofessionnels, formateurs, associations et simples citoyens - de tout mettre en œuvre afin d’honorer ces promesses et satisfaire les attentes légitimes de milliers de jeunes.

La formation occupe aujourd’hui une place prépondérante dans le débat national sur l’insertion professionnelle et l’accès à l’emploi. Débat pour lequel les Régions sont très largement et très activement sollicitées. L’Aquitaine consacre ainsi près de la moitié de son budget à l’éducation et à la formation pour que la jeunesse puisse acquérir les qualifications et le savoir-faire indispensables à une entrée réussie dans la vie active. L’enjeu est de taille au regard des quelques quatre mille jeunes sans qualification qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi dans notre région. Eux aussi ont droit à une formation professionnelle de qualité.

Cette journée du 29 janvier constitue un défi majeur pour l’ensemble des partenaires et des participants. La jeunesse, qu’elle soit d’Aquitaine ou d’ailleurs, attend maintenant que nous agissions. Sachons ne pas la décevoir.

* Madame de Gaulle-Anthonioz, Présidente du Mouvement ATD Quart Monde France

(juin 1994)

Au moment où les lois de décentralisation se mettent en place, notamment dans le domaine de la formation professionnelle, plusieurs régions ont voulu se donner les moyens d’entendre la voix de leurs citoyens les plus pauvres. Parmi elles l’Aquitaine, et c’est tout à son honneur.

En prenant la parole publiquement le 29 janvier 1993, les jeunes et les familles du Quart Monde d’Aquitaine ont prouvé qu'ils devaient être reconnus comme citoyens : ils ont donné à leur région la chance de ne pas manquer le rendez-vous de l'Histoire, qui passe aujourd’hui par le refus de l’exclusion. Ces jeunes ont témoigné de leur vie, de la véritable course d’obstacles, sans cesse recommencée, pour obtenir enfin un travail et une qualification reconnus. Ils ont mis le doigt sur l’inacceptable : que des mains et des cœurs puissent rester inutiles… Leur témoignage a été relayé par ceux qui cheminent avec eux, dans les structures d’accueil Jeunes, les organismes de formation et les entreprises d’accueil. C’est un avertissement, un cri d’alarme. Depuis lors, la fin du programme PAQUE et l’impossibilité d’accès à l’apprentissage pour les jeunes les plus démunis, ont accru la désespérance d’une génération humiliée. Les récentes explosions de violence dans les banlieues défavorisées en sont un signe.

La loi quinquennale pour l’Emploi donne cinq ans aux Régions pou assumer leurs responsabilités en matière de formation professionnelle pour tous les jeunes. Non pas seulement pour une élite, non pas seulement pour une jeunesse qualifiée (les récents événements nous prouvent une fois de plus que celle-ci sait se défendre…), mais aussi et surtout les jeunes qui paient, pour nous tous, le prix de nos échecs en matière de scolarité, de qualification professionnelle, de droit au travail… Un chemin de cinq ans est ouvert, dont le Contrat de Plan ponctuera les étapes. Qu’aurons-nous répondu à ce défi lancé le 29 janvier 1993 : « Aucun jeune sans avenir… » ?

Ces Actes nous engagent : ils prennent racine dans la vie et la parole de jeunes, qui sont aussi la jeunesse d’Aquitaine. Leur seul tort est d’avoir moins reçu que d’autres. Ils demandent de pouvoir prendre leur place dans la construction de l’avenir. Les engagements qui scellent cette journée sont nôtres. Ils sont ceux de tous les partenaires de la Région.

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