Médias et pauvreté

Martine Hosselet-Herbignat

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Martine Hosselet-Herbignat, « Médias et pauvreté », Revue Quart Monde [Online], 213 | 2010/1, Online since 05 August 2010, connection on 05 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/4672

Index chronologique

2010/1

Posons les éléments de la scène. Le décor en serait le monde. Le monde à l’état d’un village où les nouvelles se propagent en temps réel, où ce qui se passe en bas de ma cité m’arrive avec un léger décalage sur les images qui défilent en continu sur mon écran de télévision.

Pour bien comprendre qui sont les acteurs, il conviendrait de déplacer l’éclairage sous différents angles. Il y aurait d’abord des journalistes, reporters, photographes, dont c’est le métier de rendre compte du monde, de porter leur regard au plus près et au plus juste de l’actualité. Il y aurait à l’autre bout des médias : le public, vous et moi, qui attendons d’être informés. Or, de chacun de nous, individu appartenant à une culture, un pays, un continent, une histoire sociale, les médias ont une fâcheuse tendance à faire une « masse » indifférenciée. « Le lecteur, l’honnête homme, l’honnête femme, le curieux, ont disparu au profit de la cible. Devenus ‘gâteau’, les lecteurs ont été découpés en tranches. […]Bien sûr, le résultat est devenu indigeste. »1

Évolution indigeste mais également hautement dommageable. En particulier si on se place du point de vue de ces autres acteurs : hommes, femmes, enfants, subissant la pauvreté et la misère sur toutes les scènes du monde. Ceux-là savent que les appels à la sensiblerie ou à la pitié, que les « scoops » les déshumanisent et ne rendent pas compte de leur courage, de leur inlassable résistance à tout ce qui détruit l’homme.

Soyons honnêtes : il est des journalistes qui se sentent à l’étroit dans ce scénario. « … J’eus de nombreuses remises en questions concernant mon rôle de reporter et le monde des médias auquel j’appartenais.» confie Yang Sol. Camilla Panhard cite quant à elle, Primo Levi et son expérience des camps de concentration, lui permettant de découvrir dans les personnes interviewées leurs efforts pour « conserver la charpente de leur humanité. » Philippe Merlant et Luc Chatel épinglent quelques-unes des raisons du malaise : une véritable fracture due à l’origine sociale des étudiants en journalisme ; de moins en moins de temps passé sur le terrain ; l’urgence chronique pour traiter les sujets ; les dégâts du casting, …

Comment réduire le fossé ?... Les professionnels ayant fait l’effort de se confronter à d’autres univers apprécient les ateliers de « croisement des savoirs » entre journalistes et militants de la lutte contre la pauvreté, à l’instar de la rencontre entre une trentaine de journalistes européens lors d’un atelier en octobre 2009, dans le cadre de la conférence européenne sur Pauvreté : entre réalité et perceptions, le défi de la communication. Un défi que les militants, de leur côté, entendent relever : « Nous voulons travailler avec vous, pour chercher ensemble comment intéresser les gens. » Sage bon sens,  si l’on s’en réfère à Ricœur, cité par Charles Courtney, pour qui « l’identité narrative ne cesse de se faire et de se défaire ».2

1 Patrick de Saint Exupéry, Le rêve du « meilleur gâteau du monde », sur le blog www.leblogde21.com, 9 janvier 2010.
2 Paul Ricœur, Temps et Récit III, Le temps raconté, Éd. du Seuil, Coll. L’ordre philosophique, 1985.
1 Patrick de Saint Exupéry, Le rêve du « meilleur gâteau du monde », sur le blog www.leblogde21.com, 9 janvier 2010.
2 Paul Ricœur, Temps et Récit III, Le temps raconté, Éd. du Seuil, Coll. L’ordre philosophique, 1985.

Martine Hosselet-Herbignat

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