Stéphane Cazes, Ombline

Film franco-belge, 2012

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 51-52

Bibliographical reference

Ombline, film franco-belge de Stéphane Cazes, 2012, 95’, avec Mélanie Thierry, Nathalie Becue, Corinne Masiero

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Stéphane Cazes, Ombline », Revue Quart Monde, 224 | 2012/4, 51-52.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Stéphane Cazes, Ombline », Revue Quart Monde [Online], 224 | 2012/4, Online since 01 June 2013, connection on 01 October 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/5474

Ce premier film ne s’interdit aucun défi. C’est un film sur l’amour maternel, sur la vie des femmes en prison, sur la rédemption. Et il est réussi.

La prison, on est dedans pendant tout le film comme dans un documentaire. Ombline y est incarcérée pour avoir agressé les policiers qui ont causé la mort de son compagnon, un jeune dealer. Sa peine est d’une durée de trois ans. Le film couvre la totalité de cette peine, et la sortie de prison. La jeune femme n’est pas une délinquante récidiviste. Le malheur s’est abattu sur elle sans qu’elle sache bien comment. Une enfance difficile, l’absence d’une famille structurée et aimante (pas de mère, père en prison), des rencontres pas très heureuses et le problème d’Ombline - elle réagit très violemment face aux injustices - l’ont entraînée là où elle est. L’actrice qui joue le rôle n’ayant pas le physique d’une femme abîmée par la galère, cela laisse ouvertes de réelles possibilités d’identification et donc d’empathie avec le personnage. La confrontation de la détenue avec le système carcéral est très émouvante parce qu’il nous est donné de voir ce que personne ne voit jamais, l’univers carcéral avec les yeux d’une prisonnière, mais aussi parce qu’Ombline, certes paumée, n’est pas « détestable » dans sa façon de faire. Au contraire, le spectateur est porté tout au long du film par le point de vue de la détenue et non par le point de vue des matonnes et de l’institution. Un beau rôle, bien habité par Mélanie Thierry. Condition de cette réussite : d’abord la connaissance approfondie du sujet traité, mais aussi le fait que l’actrice ait passé trois mois à Fleury-Mérogis, y organisant des ateliers théâtre pour les femmes. Elle s’est imprégnée de leur vécu et cela se sent bien. Les compagnes ou amies d’Ombline en prison et hors de prison, sont plus typées et très vraies.

Le film n’est pas seulement un documentaire, c’est une formidable plongée vers l’humain, vers cet instinct maternel, par ailleurs si controversé. Car en prison, Ombline se découvre enceinte, accouche et élève son fils pendant les dix-huit mois réglementaires. Après on le lui prendra, elle le sait. L’amour d’Ombline pour son fils est tout entier tendu vers ce moment fatidique où l’on viendra le chercher. C’est d’ailleurs le moment-clé, le moment à partir duquel le film commence. Cet amour total, sensuel, non réfléchi mais entièrement pensé comme étant d’emblée la seule chose juste sur cette terre de misère, cette attention permanente pour le petit être qu’elle a mis au monde, sert aussi de point d’accroche aux travailleurs de la prison… pour contrôler Ombline, pour obtenir d’elle qu’elle change, pour orienter ses efforts. Ombline aime son fils. On le lui laisse, c’est bien, mais on ne lui permet pas d’avoir un environnement correct pour lui. Et les règles restent les règles. Ayant enfreint les règles, la détenue doit faire du cachot, privant ainsi son fils de son lait. C’est une codétenue qui va l’allaiter. Et Ombline finit par entrer dans le cadre prescrit. C’est donc aussi un film sur la rédemption que la société attend d’une détenue « perfectible ».

Nous y voyons quelque chose de plus. On donne à Ombline l’injonction d’être acteur de sa propre vie. Les méthodes utilisées ne semblent pas vraiment les mieux adaptées et Ombline les dénonce. Au fond, ce sont des personnes qui osent déroger à leur individualisme (la codétenue amie) ou à leurs obligations de service qui aident vraiment Ombline. Alors que la dureté est là, omniprésente, la solidarité collective entre détenues trouve malgré tout à s’exprimer. Il n’est pas prévu d’accoucher le week-end, les détenues par leur raffut, obtiennent qu’on évacue Ombline. Ensuite la présence de ces femmes avec enfants dans une nursery assez bien équipée, n’élimine nullement la difficulté pour elles de se faire entendre… Les cris qu’elles poussent en tapant sur les portes fermées : « Surveillantes, surveillantes » en sont la ponctuation permanente, très souvent par compassion pour une autre.

La grande difficulté est de programmer la sortie de l’enfant à dix-huit mois. Ombline ne veut pas qu’il aille en foyer. Son amie du dehors veut bien prendre en charge l’enfant à sa sortie de prison. Or elle peine à donner des gages de sa fiabilité. Parce qu’elle est tout à coup amoureuse, elle disparaît, obligeant le travailleur social à la juger inapte ; et parce qu’au fond elle aurait du mal à s’inventer un charisme maternel qui lui fait défaut, elle renonce à aider son amie.

D’autres personnages accompagnent Ombline : les matonnes peu sympathiques sauf une, les autres détenues, chacune avec ses rêves et ses difficultés, des travers ou des perversions, l’une rêveuse et optimiste, l’autre réaliste : elle va abandonner son enfant, une autre enfin qui est une véritable terreur. La famille d’accueil finalement est, elle, très humaine. En laissant à Ombline sa place de maman à part entière, cette famille lui permet enfin d’envisager sa propre sortie et une reconstruction réelle. Les enfants sont « craquants ».

Ce film est soutenu par la Ligue des Droits de l’Homme.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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