Le risque d’une génération perdue

Rédaction de la Revue Quart Monde

p. 58-59

References

Bibliographical reference

Rédaction de la Revue Quart Monde, « Le risque d’une génération perdue », Revue Quart Monde, 235 | 2015/3, 58-59.

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Rédaction de la Revue Quart Monde, « Le risque d’une génération perdue », Revue Quart Monde [Online], 235 | 2015/3, Online since 01 February 2016, connection on 26 September 2021. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6469

États-Unis : De plus en plus d’enfants migrants clandestins1

Près de 50 000 migrants mineurs ont déjà été arrêtés aux frontières américaines depuis octobre 2013[…] Une crise humanitaire, qui inquiète les médias américains.

47 017 mineurs voyageant seuls ont été appréhendés depuis le 1er octobre dernier, soit une augmentation de 92 % par rapport à la même période en 2013, rapporte le New York Times. L’administration s’attend à ce que ce chiffre monte à 60 000 d’ici à septembre 2014.

Selon l’administration américaine, les immigrants sont persuadés que les enfants voyageant seuls sont traités avec plus d’indulgence que les adultes. Une perception pas très éloignée de la vérité, note le New York Times : « Alors que l’administration Obama a évolué vers une attitude plus agressive d’expulsion des adultes, elle a, dans les faits, expulsé beaucoup moins d’enfants que par le passé ». En 2013, elle a expulsé seulement un cinquième du nombre d’enfants expulsés en 2008. « Ils n’ont pas encore publiquement reconnu le changement de leur politique, mais nous le voyons », déclare une représentante des douanes au quotidien.

« 70 000 enfants vont arriver à nos frontières cette année : que va t-il leur arriver ? » s’interroge Mother Jones. « Ceux qui viennent du Mexique sont directement ramenés de l’autre côté de la frontière, le reste est pris en charge par le département de la Santé et des Services humanitaires qui les place dans des centres temporaires en attendant que leur processus d’expulsion soit lancé ». En 2013, 80 centres accueillaient 25 000 enfants non accompagnés. Sans parents dans le pays, les jeunes restent dans des centres fédéraux. « La plupart de ces centres sont dans des États aux frontières, loin des grandes villes, ce qui signifie pour les enfants une grande difficulté à trouver un avocat pour éviter d’être renvoyés dans les pays dangereux qu’ils ont fuis » explique Mother Jones.

La principale raison de l’exil de ces jeunes reste le risque auquel ils font face dans leurs pays d’origine. Le Star Tribune, journal du Minnesota, rapporte les résultats d’une enquête du Haut-Commissariat pour les réfugiés aux Nations Unies : « La moitié des 400 enfants interrogés ont déclaré avoir été victimes de sévères traumatismes ». La plupart de ces jeunes viennent de trois pays d’Amérique centrale principalement : le Salvador, le Guatemala et le Honduras. Ces pays « ont des gangs de rue puissants, une forte présence du crime organisé et du trafic de drogue, et ont donc le plus haut taux d’homicide de la région et du monde », rapporte le quotidien.

Unesco : Éducation, scolarité et conflits armés dans le monde2

Plus d’un tiers (36 %) des enfants non scolarisés dans le monde vivent dans des zones de conflit, phénomène qui s’est aggravé depuis l’an 2000 et dans lequel les filles sont particulièrement vulnérables, s’alarme jeudi l’UNESCO.

L’éducation en « situation d’urgence complexe », c’est-à-dire dans des contextes de guerre, troubles civils, déplacements de population à grande échelle, représente un « problème d’ampleur croissante », relève l’organisation onusienne dans un rapport de suivi de l’Éducation pour tous (EPT), initiative dans laquelle s’étaient engagés 164 pays réunis à Dakar en 2000.

Ces situations « peuvent entraîner la multiplication d’attaques d’école, de viols et de violences sexuelles, qui accentuent la marginalisation de groupes déjà défavorisés. Garçons et filles risquent d’être recrutés de force, parfois dans leur classe, et utilisés pour se battre en première ligne, commettre des attentats suicides ou servir d’espions ou d’esclaves sexuels », déplore-t-elle, relevant que « les filles sont particulièrement vulnérables ».

Le Nigeria, où plus de 200 lycéennes ont notamment été kidnappées il y a un an par le groupe islamiste Boko Haram, est le théâtre d’attaques contre les établissements scolaires, tandis qu’au plus fort de la guerre en Afghanistan, les écoles pour filles étaient la cible de violentes attaques.

« Je suis partie à cause de tous ces événements, avec les rebelles », témoigne dans le rapport Sita, élève au Nigeria. « Ils ont détruit notre école, on ne pouvait plus y aller. Ils n’aimaient pas la façon dont certaines filles étaient habillées. Ils nous ont hurlé dessus, en disant que nos vêtements étaient indécents. Ils ont cassé nos pupitres, détruit nos livres d’école et nos affaires. L’école est censée être un lieu pour apprendre »

En Syrie, certains craignent que la crise aboutisse à une « génération perdue ». Fin 2013, 2,2 millions d’enfants Syriens en âge d’aller à l’école sur 4,8 millions n’étaient pas scolarisés, de même qu’un demi-million d’enfants réfugiés en Égypte, Irak, Jordanie, Liban et Turquie, précise l’UNESCO.

Contre toute attente, certains pays ont réalisé d’énormes progrès, comme la Sierra Leone, qui après onze ans de conflit a réussi depuis 2005 à diviser par deux le nombre d’enfants qui n’étaient jamais allés à l’école, tout en réduisant le travail des enfants.

Ce n’est qu’en 2000 que l’éducation est devenue un volet à part entière de l’action humanitaire, avec la création du Réseau interagences pour l’éducation en situation d’urgence (INEE), auquel participent agences internationales, ministères, ONG et bailleurs de fonds, aussi bien dans des situations de conflit que de catastrophe naturelle.

Toutefois, « la faible part de l’aide humanitaire allouée à l’éducation continue à poser un problème majeur », souligne l’UNESCO.

CC BY-NC-ND