N° 236, 2015/4   •  Se gouverner “têtes ensemble”
DOSSIER

Se gouverner “têtes ensemble”

Introduction

Martine Hosselet-Herbignat
  • p. 3
  • publié en décembre 2015
Texte intégral

En 1976, Eugen Brand, Suisse engagé comme volontaire à ATD Quart Monde depuis quatre ans, rencontre pour la première fois Markus, assis sur l’escalier à l’entrée de sa cité d’urgence à Bâle où a lieu un Pivot culture1. Du haut de ses dix ans, le petit garçon l’interpelle : « Pourquoi je te ferais confiance ? » Mais au moment de se quitter à la fin de l’après-midi, Markus lui lance : « Si tu veux, je peux t’aider ! »

En 1997, un jeune de république démocratique du Congo vient faire ses études en suisse. il y rencontre Tapori, le mouvement des enfants qui veulent être les « amis des sans amis », initié par ATD quart monde. Rentré chez lui, il met sur pied, avec d’autres jeunes, plusieurs groupes d’enfants Tapori.

Le projet d’ATD Quart Monde est un contrat de confiance mutuelle qui se construit jour après jour entre celles et ceux qui se trouvent dans les situations les plus extrêmes d’exclusion et de discrimination, et l’ensemble de la société. C’est aussi la raison première de la gouvernance que ses membres cherchent à bâtir, à la suite et dans les pas du fondateur, le père Joseph Wresinski, décédé en 1988.

Dans les vingt-cinq années allant de début 1988 à l’automne 2012, Eugen Brand a fait partie durant près de vingt ans, de 1988 à 1993, et de 1999 à 2012, des équipes à qui a été confiée une délégation générale de responsabilité du Mouvement.

Ces dernières années, un retour sur son expérience passée a réuni autour de lui différents groupes d’une vingtaine de personnes, originaires du monde entier, dans des ateliers de trois jours, puis lors d’un séminaire en France en novembre 2014. Des dialogues se sont engagés, dans lesquels les participants étaient encouragés à se faire eux-mêmes l’écho des moments fondateurs et des compréhensions de leur propre expérience de la gestion du pouvoir. Ils ont ainsi contribué à approcher ce que l’on peut considérer comme des facettes multiples de l’expérience de gouvernance du Mouvement.

Ce dossier de la Revue Quart Monde a pour ambition de partager modestement la substance très riche des compréhensions qui sont apparues au cours de ce processus qui a pris le temps de la consultation de ceux dont la voix est rarement recherchée. Eugen Brand fait voir les liens, non pas tant avec le management d’une organisation, qu’avec l’intelligence puisée dans la vie intérieure de personnes et de groupes aux prises avec la violence de leur condition et avec le sens qu’ils cherchent à leur vie personnelle et collective. Une intelligence et un sens, fruits d’une démarche « têtes ensemble »2.

Notes

1 La bibliothèque de rue consiste à introduire le livre, l’art et d’autres outils d’accès au savoir, notamment informatiques, auprès des enfants de milieux défavorisés et de leurs familles. Cette activité est accessible à tous, car se déroulant sur leur lieu de vie : à l’air libre, dans un square, sur une place, un marché, sur le palier d’un escalier, au pied des arbres, sous un lampadaire, dans des endroits isolés en campagne ou à la montagne. Dans certains lieux, ce partage des savoirs a comme base un local permanent, qu’on l’appelle « Pivot culturel ».

2 Selon la belle formule de nos amis haïtiens : « Tèt Ansanm ».

Pour citer cet article Martine Hosselet-Herbignat, « Se gouverner “têtes ensemble” », Revue Quart Monde, Année 2015, Se gouverner “têtes ensemble”, DOSSIER, mis à jour le : 25/05/2018,URL : https://www.revue-quartmonde.org:443/6493.