Réinventer l’économie

Introduction

Martine Hosselet-Herbignat

p. 3

References

Bibliographical reference

Martine Hosselet-Herbignat, « Réinventer l’économie », Revue Quart Monde, 238 | 2016/2, 3.

Electronic reference

Martine Hosselet-Herbignat, « Réinventer l’économie », Revue Quart Monde [Online], 238 | 2016/2, Online since 15 October 2016, connection on 30 November 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/6603

« Mes parents n’étaient pas instruits mais ils nous ont toujours envoyé à l’école. […] Ça n’a pas bien marché. Je ne comprenais même pas ce que le maître disait, un peu comme s’il parlait de loin. Je recopiais ce qu’il y avait au tableau sans comprendre. Je pensais toujours à ce qui se passait à la maison ou à jouer. Je n’avais qu’une idée : travailler pour aider la famille. »

Ainsi parle, en France, R. Russel, qui, quelque cinquante années de travail plus tard, constate :

« J’ai fait comme (mon père), j’ai toujours travaillé, même quand ma vie privée était un véritable cauchemar […] Mais j’aurais voulu pouvoir prendre des responsabilités, ne plus être celui à qui on dit simplement ‘Fais ci’, ‘Fais ça’ »…

Cette histoire de résistance est celle des travailleurs les plus désarmés et méprisés.

Les travailleurs très pauvres des pays en développement, qui emploient leurs forces dans ce qu’on appelle « l’économie informelle »1, connaissent eux aussi l’absence de métier à faire valoir, l’insécurité des gains, un travail souvent très dur, parfois à des heures impossibles, dans des lieux et des conditions pénibles, voire dangereuses. Leur lot commun est de ne pas pouvoir se défendre avec l’aide de la loi contre l’exploitation ou contre la violence, de ne pas avoir accès ou avoir un accès très limité à un plancher de protection sociale.

Le regard qu’ils portent sur le monde leur confère une expérience et un savoir singuliers. Ne serait-ce pas précisément cette expertise-là qui manque, aujourd’hui comme hier, dans les grands enjeux de société, notamment sur le plan économique et environnemental ?

« Quand je suis arrivé à ATD Quart Monde et que j’ai entendu Joseph Wresinski, le fondateur, parler du travail, des gestes et des savoir-faire manuels qui sont créateurs de beauté et de fierté, du partage du travail qui permet à chacun d’être honoré dans ses capacités, je connaissais d’expérience la justesse de l’approche »2.

Alimenté par des apports du séminaire international Campus 20153, ce dossier approfondit la question de savoir comment fonder le développement économique, social et humain sur l’intelligence de tous. Qu’apprenons-nous des personnes et populations exclues, sur l’argent, sur le développement durable, sur l’organisation du travail ? En quoi l’expérience d’ATD Quart Monde nous révèle-t-elle de nouveaux apports possibles pour une économie respectueuse des personnes et de la terre ? Comment aujourd’hui certains acteurs économiques et sociaux cherchent-ils à comprendre et à mobiliser l’intelligence et l’expérience des plus pauvres ? Bonne lecture.

1 Voir l’article page 13.

2 Gérard Bureau. Voir l’article page 28.

3 Séminaire d’été Campus, en août 2015, qui s’est tenu au Centre international du Mouvement ATD Quart Monde, à Pierrelaye (Val d’Oise, France).

1 Voir l’article page 13.

2 Gérard Bureau. Voir l’article page 28.

3 Séminaire d’été Campus, en août 2015, qui s’est tenu au Centre international du Mouvement ATD Quart Monde, à Pierrelaye (Val d’Oise, France).

CC BY-NC-ND