Dounia Bouzar, Désamorcer l’Islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam.

Éd. de l’Atelier, 2014, 221 pages, 20 €

Daniel Fayard

p. 62-63

Bibliographical reference

Dounia Bouzar, Désamorcer l’Islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam. Éd. de l’Atelier, 2014, 221 p.

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Bibliographical reference

Daniel Fayard, « Dounia Bouzar, Désamorcer l’Islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam. », Revue Quart Monde, 231 | 2014/3, 62-63.

Electronic reference

Daniel Fayard, « Dounia Bouzar, Désamorcer l’Islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam. », Revue Quart Monde [Online], 231 | 2014/3, Online since 01 March 2015, connection on 27 November 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7865

Voilà un ouvrage dont il faut recommander la lecture à tous ceux qui sont inquiets de la méfiance grandissante, voire de l’hostilité, à l’égard de l’Islam dans nos sociétés de l’Europe occidentale. Subrepticement, un amalgame s’est introduit dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens entre l’ensemble des musulmans qui y résident et des jeunes de ces communautés qui, prônant un « Islam pur », adoptent des points de vue et des pratiques qui les propulsent dans des oppositions frontales, parfois violentes, même à l’encontre de leurs propres parents.

Comment faire la différence entre l’Islam, religion du lien et du partage, et le radicalisme, religion de la rupture ? « Est radical tout individu qui utilise la religion pour s’auto-exclure ou en exclure les autres ». Pour l’auteure, ancienne éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse, s’il faut bien sûr lutter contre les préjugés négatifs injustifiés envers la religion musulmane, il importe au plus haut point de prévenir ces dérives sectaires qui entravent la socialisation des individus concernés, empêchent la construction d’un vivre ensemble et constituent de ce fait un danger pour la cohésion sociale.

Dounia Bouzar est devenue anthropologue du fait religieux, spécialisée dans la gestion de la laïcité au sein des institutions et des entreprises. Elle a été membre du Conseil français du culte musulman, est experte « Discriminations » au Conseil de l’Europe et siège à l’Observatoire national de la laïcité. C’est dire la pertinence et la compétence de son diagnostic, de ses analyses, de ses réflexions et de ses préconisations dans le contexte contemporain de l’émergence de ces nouveaux mouvements religieux de type fondamentaliste.

Elle fait comprendre comment et pourquoi des jeunes (15-30 ans) « se radicalisent » en se convertissant d’abord à des modes vestimentaires de différenciation (le niqab pour les filles, la barbe ostentatoire pour les garçons) et à des comportements ségrégationnistes entre les hommes et les femmes, puis éventuellement à des invectives moralisantes aussi bien contre les dépravations des mœurs occidentales que contre les pratiques jugées laxistes de leurs propres coreligionnaires, surtout à des auto-identifications d’appartenance à la filiation sacrée ou purifiée de ceux qui croient avoir raison contre tous parce qu’ils prétendent détenir la vérité salvatrice révélée par le Prophète.

Comment se fait-il que ces mouvements radicaux arrivent à faire autorité au sein même du monde musulman ? À cause de leur prétention à « être fidèles au vrai Islam » et à la justification de la liberté de conscience. L’auteure démontre quelles sont aussi bien les véritables prescriptions de la religion islamique que les valeurs de la démocratie. Mais son expérience lui enseigne qu’il est difficile d’argumenter théologiquement ou politiquement avec ceux qui sont déjà enfermés dans leurs certitudes. Aussi met-elle l’accent sur la nécessité de prévenir autant que possible ces dérives, en étant très vigilant sur la qualité et le maintien des liens avec les adolescents pour éviter qu’ils ne s’isolent et ne se replient sur eux-mêmes, faute de reconnaissance et de valorisation. En ce sens elle fait confiance aux relations socialisatrices prodiguées par des parents et des éducateurs, eux-mêmes à la fois bien intégrés dans la société laïcisée et suffisamment formés à une bonne connaissance de l’Islam.

Daniel Fayard

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