Ounie Leconte, Une vie toute neuve

Film coréen, 2009

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 59

Bibliographical reference

Ounie Leconte, Une vie toute neuve, Corée du Sud, 2009, écrit et réalisé par Ounie Leconte

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Ounie Leconte, Une vie toute neuve », Revue Quart Monde, 214 | 2010/2, 59.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « Ounie Leconte, Une vie toute neuve », Revue Quart Monde [Online], 214 | 2010/2, Online since 01 October 2010, connection on 09 April 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/7906

Le film Une vie toute neuve aborde un sujet assez nouveau : celui de l’abandon vécu du côté de l’enfant. L’action se situe en Corée du Sud. Ce film ne fait pas de théorie. Il sait se mettre à hauteur d’enfant, au niveau de son ressenti intime. Il ne se situe pas dans une vision caricaturale de la pauvreté et de la misère. Il n’y a d’ailleurs aucune explication à la situation. L’enfant - une petite fille de neuf ans - ne sait pas pourquoi elle est dans un orphelinat où elle croyait faire un séjour court, même si elle se souvient du jour de son arrivée et même si elle donne au psychologue de l’institution une explication plausible. Son refus est immédiat et total. Elle ne compose pas. C’est une enfant butée, arc-boutée sur ce refus qui l’habite totalement et constitue tout son être au monde. Elle réagit au jour le jour, dans cette espèce d’obscurité dans laquelle elle est plongée. Tous ses actes, toutes ses révoltes ne donnent lieu à aucun commentaire de la part du personnel ni des religieuses qui l’ont accueillie. On laisse faire. La liberté lui est même offerte, comme seule solution à sa souffrance. Le film a le grand mérite de ne charger d’opprobre ni les parents, ni l’institution mais aucune planche de salut pour cette enfant ! C’est le temps que dure cette période de vie et les amitiés nouées à l’orphelinat qui aident Jinhee à accepter la réalité comme son amie l’a fait bien avant elle. Au sujet de cette amie il faut remarquer le sens extraordinaire du jeu d’une enfant qui apprend très vite les codes pour se faire adopter, s’exerçant même à la langue : « See you tomorrow » ! En définitive, après le départ de l’amie adoptée, ainsi privée de son amitié, Jinhee qui n’acceptait pas l’idée qu’elle était abandonnée, finira par accepter l’idée d’être adoptée et rejoindra Paris et sa famille adoptive française. On sait que ce film est en grande partie autobiographique pour la réalisatrice qui a fait des études à la Fémis et s’est interrogée sur sa propre histoire. De là d’ailleurs la qualité d’un film-reportage.

Derrière les questionnements très légitimes des parents naturels et des parents adoptants il y a quelque chose de plus secret et de plus important. Ce sont les souffrances des enfants qui sont abandonnés ou se croient abandonnés. Cette période de leur vie, où ils doutent de l’amour de leurs parents naturels et où ils ne sont pas encore installés dans un amour familial de remplacement, est tellement riche de conséquences qu’il serait cruel de persister dans le déni. Ce film, par son réalisme, et par le fait qu’il ne montre ni la vie des parents naturels, ni celle des parents qui vont adopter, en se centrant sur la petite fille, oblige à sortir d’une approche centrée sur l’opposition classique mauvais soins / bons soins et donc invite à voir ce qu’on refuse trop souvent de voir. Disons en outre que le film interpelle sur le placement des enfants. Les allers-retours des enfants placés qui vont d’une institution à une famille d’accueil avec parfois retour dans la famille d’origine posent la même question, à savoir comment un enfant, à qui l’on impose ce genre de situation, réussit-il à couper (ou selon les cas, à raccommoder) les liens qui le fondent et avec quels dommages, lorsqu’il n’est pas aidé à comprendre ce qui lui arrive ? Un film à voir pour sortir des débats sur le délaissement d’enfant et les difficultés de l’adoption.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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