André Téchiné. L’adieu à la nuit

Film, France, 2019

Marie-Hélène Dacos-Burgues

p. 49

Bibliographical reference

L’Adieu à la nuit, France, 2019, film d’André Téchiné, avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet-Klein, Oulaya Armamra, Stéphane Bak, Jacques Nolot. Scénario d’André Téchiné et Léa Mysius, inspiré du livre de David Thomson, Les français jihadistes.

References

Bibliographical reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « André Téchiné. L’adieu à la nuit », Revue Quart Monde, 251 | 2019/3, 49.

Electronic reference

Marie-Hélène Dacos-Burgues, « André Téchiné. L’adieu à la nuit », Revue Quart Monde [Online], 251 | 2019/3, Online since 01 September 2019, connection on 16 December 2019. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8076

Dans ce film1 il s’agit d’engagement pour une cause qui n’est pas la nôtre. Au fond il s’agit de faire comprendre les dilemmes que pose à une famille la dérive d’un de leur jeune vers le jihad.

Catherine Deneuve est Muriel, une grand-mère exceptionnelle d’ouverture, complice. Elle gère presque seule un haras dans les Pyrénées du Sud-ouest de France. Ce haras servira de décor à tout le film. Son petit-fils Alex, admirablement joué par Kacey Mottet-Klein, taiseux, secret, douloureux et mystérieux vient lui rendre visite avant de partir pour le Canada.

Une jeune fille, Lila, Oulaya Armamra, lumineuse, qui travaille au haras, se trouve être l’amoureuse d’Alex et surtout sa complice pour un projet dangereux. Peu à peu la complicité des deux jeunes gens – complicité qui ne s’affiche pas comme telle – apparaît de plus en plus inquiétante, tout comme la personnalité de Lila, véritable moteur de cet appel à répondre à la « lumière divine ». Avec d’autres, les amoureux veulent partir faire le jihad en Syrie.

Le film est intéressant car il ne se situe pas dans la caricature des personnages ni des situations. On perçoit bien la réalité du monde, la nature exaltée d’une certaine jeunesse mal à l’aise dans notre société, la difficulté des choix à faire à la sortie de l’adolescence, et surtout la facilité avec laquelle l’emprise d’un idéal religieux sans nuance s’installe. Que la religion soit si séduisante qu’elle puisse proposer un enracinement dans des idées contraires à la vie, est toujours un motif de surprise et d’inquiétude.

Un ancien jihadiste repenti, Fouad, joue un certain rôle dans l’histoire, comme pour montrer la difficulté des processus de déradicalisation.

Il ne m’a pas semblé anodin que la grand-mère, une française rapatriée « pied-noir », cultive une certaine nostalgie de son pays natal : l’Algérie. Cette nostalgie, malheureusement, semble s’être retournée contre elle, et contre la vie, comme si son petit-fils, en recherche de racines, avait pris ce qui était à sa portée, ce qu’il trouvait sur le sol français…, son amoureuse, ses idées, et l’envie stupide d’un retour vers un sol aimé, de l’autre côté de la Méditerranée (même si la Syrie n’est pas l’Algérie) ! Un film dont il faut saluer la complexité.

Lorsqu’on sait que, selon l’Observatoire national du suicide, en 2018, en France, le suicide2 est la deuxième cause de mortalité des 15-24 ans (après les accidents de la route), et la première cause de mortalité des 25-34 ans, on est en devoir de s’interroger sur ce qu’on propose à notre jeunesse.

1 L’Adieu à la nuit, France, 2019, film d’André Téchiné, avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet-Klein, Oulaya Armamra, Stéphane Bak, Jacques Nolot.

2 Selon Valeurs mutualistes, N° 316, 2e 2019.

1 L’Adieu à la nuit, France, 2019, film d’André Téchiné, avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet-Klein, Oulaya Armamra, Stéphane Bak, Jacques Nolot. Scénario d’André Téchiné et Léa Mysius, inspiré du livre de David Thomson, Les français jihadistes.

2 Selon Valeurs mutualistes, N° 316, 2e 2019.

Marie-Hélène Dacos-Burgues

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