Les jours barbares

René Frégni

p. 20-23

References

Bibliographical reference

René Frégni, « Les jours barbares », Revue Quart Monde, 254 | 2020/2, 20-23.

Electronic reference

René Frégni, « Les jours barbares », Revue Quart Monde [Online], 254 | 2020/2, Online since 01 December 2020, connection on 20 September 2020. URL : https://www.revue-quartmonde.org/8779

Après avoir lu avec beaucoup d’intérêt son texte Carnets de prison ou l’oubli des rivières1, nous avions demandé à René Frégni de nous parler du temps vécu en prison. Il nous a adressé ce texte, initialement publié le 19/03/2020 par l’hebdomadaire Marianne dans sa nouvelle série littéraire intitulée « La vie et le virus à travers ma fenêtre ».

J’ai passé ma journée à refendre des bûches, sous les quatre grands chênes devant la maison. Ma petite chatte était assise à côté, ses yeux bleus et ronds suivaient chacun de mes gestes. Quand mes épaules étaient plus dures que le bois, je m’appuyais sur la hache et nous échangions quelques mots.

Autour de nous la lumière n’avait jamais été aussi belle. Les prés sont déjà d’un beau vert très gras, piqués de géraniums sauvages et de minuscules myosotis. Plus bas, vers le village, les flaques blanches des pâquerettes éclairent le chemin, les épervières allument mille soleils sur les talus. Les collines ont encore leur fourrure de renard.

Il y a trente-six ans je travaillais dans un hôpital psychiatrique de Marseille, mon corps se couvrait d’eczéma, mes mains, mes bras, mon dos… Un matin je ne suis pas retourné à l’hôpital, je suis parti vers les collines. J’ai posé mon sac dans un minuscule cabanon abandonné.

J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnan...

René Frégni

Né à Marseille en 1947, René Frégni est l’auteur d’une vingtaine de récits et de romans. Son dernier livre paru chez Gallimard en 2019 : Dernier arrêt avant l’automne. Il anime depuis vingt-cinq ans des ateliers d’écriture en prison, notamment aux Baumettes. Il vit à Manosque.

CC BY-NC-ND