Françoise Garibay, Michel Seguier (coord.), Pratiques émancipatrices, Actualité de Paolo Freire, Nouveaux regards

Éd. Syllepse, Paris, 2009, 275. p.

Patrick Brun

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Françoise Garibay, Michel Seguier (coord.), Pratiques émancipatrices, Actualité de Paolo Freire, Nouveaux regards, Éd. Syllepse, Paris, 2009, 275. p.

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Patrick Brun, « Françoise Garibay, Michel Seguier (coord.), Pratiques émancipatrices, Actualité de Paolo Freire, Nouveaux regards », Revue Quart Monde [En ligne], 212 | 2009/4, mis en ligne le 01 avril 2010, consulté le 05 décembre 2022. URL : https://www.revue-quartmonde.org/9055

Cet ouvrage est l’œuvre d’un collectif d’auteurs qui se définissent eux-mêmes comme « chercheurs-acteurs, à la fois universitaires, passeurs de frontières et gens de terrain » ; il conviendrait d’ajouter militants des « pédagogies émancipatrices ».

C’est en effet comme héritiers de Paolo Freire (1921- 1997) et pour acquitter une dette de reconnaissance qu’ils se sont réunis à la mort de l’auteur de la Pédagogie des opprimés. Trois colloques sous l’égide de l’Unesco ont ensuite ponctué l’élaboration de cet ouvrage et fourni la matière des expériences de terrain qui en constituent le cœur : 2002 à Recife ; 2002 et 2003 à Paris.

Le livre est comme un dialogue entre trois composantes : Paolo Freire et son œuvre, le collectif des auteurs, acteurs et fondateurs de « pédagogies émancipatrices » et les quatorze expériences qu’ils rapportent (dont les leurs), issues d’Amérique latine ou de France. L’Afrique est peu représentée sinon par une démarche exemplaire de recherche-action menée à Goma au Congo et rapportée par Michel Séguier qui en est l’un des responsables.

Le thème transversal de ce livre, « englobant » l’ensemble des pratiques est le concept d’émancipation. Ce concept désigne à la fois la prise de conscience critique des déterminations psychologiques, sociales, et politiques dont chacun est sujet et la dynamique du changement. A nos yeux, le principal mérite de l’ouvrage est d’avoir tout à la fois illustré la démarche émancipatoire par la présentation des quatorze récits d’expérience et d’en avoir déployé toutes les dimensions. Le chapitre sept en particulier nous a paru particulièrement éclairant en présentant les notions clefs qui lui sont associées : « capacitation », « réciprocité formatrice », « empowerment » s’éclairent mutuellement comme éléments d’une « praxis » c’est-à-dire d’une action réunissant prise de conscience critique et capacité transformatrice. La recherche-action, comme la pédagogie émancipatrice (associée à l’éducation populaire) sont des terrains d’élection de leur mise en œuvre.

Ces termes ne seront pas familiers pour tous. Un lexique à la fin du livre aurait du reste pu avec profit en reprendre les définitions. On se perd un peu parfois dans leur maniement.

Il n’en reste pas moins que la référence aux situations présentées permet une heureuse alternance entre récits d’expériences et explicitations théoriques.

Le croisement des savoirs et des pratiques trouve naturellement sa place dans ce livre sous la plume de Paul Taylor, universitaire ayant participé à Quart Monde Université et spécialiste de Paolo Freire. Des liens sont ainsi créés entre des démarches qui ont en commun de viser la transformation des relations entre détenteurs de pouvoirs et de savoirs reconnus et populations pauvres. Par la médiation du livre s’opère la rencontre intercontinentale entre les promoteurs de transformations sociopolitiques par le moyen des « pédagogies émancipatrices ».

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